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Un outil destiné à effacer la présence de lÉtat ukrainien : ce que prépare Moscou dans les territoires occupés

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Effacer la présence ukrainienne

Pour Elena Davlikanova, chercheuse au Center for European Policy Analysis, la confiscation de ressources et d’actifs économiques ukrainiens dans les territoires occupés s’inscrit dans une stratégie bien plus large que la simple prédation économique. “C’est un outil destiné à effacer la présence de l’État ukrainien, à consolider le contrôle administratif et juridique russe”, explique-t-elle. Cela réduit aussi la base économique de l’Ukraine pour l’après-guerre, et complique toute perspective de restitution ou de réintégration.”

Le grain ukrainien constitue l’un des symboles les plus visibles de ce pillage. Dans un rapport publié en 2023, l’organisation Global Rights Compliance estimait que la Russie avait mis en place une véritable “industrie de confiscation” des céréales ukrainiennes, susceptible de générer plus d’un milliard de dollars par an.

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Les méthodes sont désormais bien connues : les céréales sont chargées dans des ports ukrainiens occupés, notamment Marioupol ou Sébastopol, puis déclarées comme russes après des changements de documents, de destination ou d’itinéraire. Des transbordements en mer permettent parfois de mélanger les cargaisons et ainsi rendre leur origine plus difficile à établir.

Ces dernières semaines, l’Ukraine a tenté de faire pression sur les pays acheteurs, accusant fin avril Israël d’avoir laissé approcher des navires soupçonnés de transporter du grain ukrainien volé. Le Panormitis, au cÅ“ur de la controverse, a finalement quitté les eaux israéliennes sans décharger sa cargaison, selon le ministère ukrainien des Affaires étrangères. L’Égypte a également été visée par les autorités ukrainiennes : le 12 mai, Vladyslav Vlasiuk, commissaire présidentiel chargé des sanctions, a affirmé que plusieurs navires russes avaient récemment transporté du grain depuis Marioupol ou Sébastopol vers des ports égyptiens, en modifiant leur documentation au cours du trajet.

Gisements vendus à bas prix

Les gisements de minerais ukrainiens constitueraient la nouvelle priorité pour Moscou. En mars, Reuters a documenté la mise aux enchères par le gouvernement russe d’actifs naturels situés dans les territoires occupés, à l’image du gisement aurifère de Bobrykivske, dans la région de Louhansk. Les droits d’exploitation auraient été vendus 9,7 millions de dollars à une société contrôlée par le groupe minier russe Polyanka, alors que les réserves estimées, soit 1,64 tonne d’or, représenteraient près de 260 millions de dollars aux prix du marché.

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D’autres concessions concernent des carrières, du granit, de la craie, du grès ou encore des terres agricoles. Le charbon du Donbass a fait l’objet de procédés similaires. Selon Reuters, au moins 508 500 tonnes de charbon, de coke et d’anthracite, pour une valeur de 13,2 millions de dollars, ont été exportées depuis les territoires ukrainiens occupés entre mars 2022 et mars 2025. Les principaux acheteurs identifiés se trouvaient notamment en Turquie et aux Émirats arabes unis, mais aussi en Inde, en Indonésie, en Égypte ou en Algérie. Ces chiffres ne donnent cependant qu’une image partielle du phénomène, les circuits étant occultés par le recours à des sociétés écrans.

Les ports ukrainiens, tels que ceux de Marioupol ou Berdiansk, jouent un rôle essentiel dans cette économie d’occupation, tandis que, sur la terre ferme, Moscou développe routes et voies ferrées pour relier le sud occupé, le Donbass, la Crimée et la Russie. Cette infrastructure sert à la fois la logistique militaire et l’exportation de ressources saisies. Pour Kiev, le danger est double : à court terme, ces ventes procurent à la Russie des revenus supplémentaires et alimentent l’économie de guerre russe ; à long terme, elles contribuent à installer l’occupation dans la durée. Chaque mine exploitée, chaque port réactivé, chaque entreprise intégrée au droit russe rend plus coûteuse et plus complexe une éventuelle restitution.

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