Ce n'est pas la première fois que des films consacrés à la deuxième guerre mondiale sont présentés à Cannes. Mais en regardant la sélection officielle des films en lice cette année, on peut parler si j'ose dire de tir groupé ?En dépliant le programme, ce ne sont pas moins de cinq longs métrages consacrés à cette période, où émergent deux figures mythiques :Le chef de la Résistance Jean Moulin, incarné à l'écran par Gilles Lellouche, dans son face à face avec son bourreau Klaus Barbie, dans le film tout simplement appelé Moulin, du réalisateur hongrois Laszlo Nemes,.Et le Général de Gaulle campé par le comédien Simon Abkarian dans le film d'Antonin Baudry intitulé La Bataille de Gaulle, un diptyque qui coure de 1940 à 1942.A ces personnages incontournables du second conflit mondial s'ajoutent le film de Daniel Auteuil la Troisième nuit qui retrace le sauvetage de 108 enfants juifs exfiltrés du camp de Vénissieux dans la banlieue de Lyon.Ajoutons encore Notre Salut, d'Emmanuel Marre, inspiré de la vie de son arrière-grand-père Henri Marre, qui fit tout pour tenter d'arracher la France à l'emprise de Vichy. Et pour être complet le film 1949, signé Pawel Pawlikowski, qui raconte le retour en Allemagne du grand écrivain Thomas Mann et la traversée de son pays ravagé par la guerre.Que nous dit selon vous ce prisme guerrier qui saute aux yeux à Cannes ?Je ne pense pas que le sélectionneur Thierry Frémeaux soit particulièrement porté sur la guerre. Ce qui est intéressant, c'est de voir que plusieurs réalisateurs européens se soient focalisés sans se concerter sur des personnages et des épisodes marquants de la deuxième guerre mondiale. Comme avait pu le faire Christopher Nolan en 2017 avec son film Dunkerque qui n'était pas encore terminé pour Cannes cette année-là . Disons que le festival reflète son époque, ou plutôt le cinéma de son époque, et qu'on le veuille ou non, de l'Ukraine à l'Iran ou au Moyen -Orient, l'heure est aux bruits de bottes, dans un moment où les hommes providentiels sont rares.Comme si le cinéma nous obligeait à ouvrir les yeux sur une réalité d'aujourd'hui vue par le prisme de l'histoire. Vous vous souvenez de la phrase de Godard : la photographie c'est la vérité, le cinéma c'est la vérité 24 fois par seconde. En 2026, m'a dit cette semaine le jeune chercheur en géopolitique Gilles Gressani, nous sommes plus près de 2050 que de l'an 2000. Vrai. Raison de plus, devant cette aspiration vers un avenir incertain, pour aller chercher ce que le passé nous réserve, d'inquiétude mais aussi d'espérance. Si l'actualité est le brouillon de l'histoire, l'histoire, peut être le brouillon de notre futur.Y voyez vous un message inquiétant et pessimiste ?Non, au contraire, et paradoxalement, j'y vois plutôt un encouragement à résister. Dans ces films, Jean Moulin ne parle pas face Barbie, il meurt sans avoir rien dit et donne sa chance et un regain de vigueur à la Résistance. Le De gaulle qui nous est montré est celui qui va inventer la France libre après avoir remporté la bataille de Montcornet, dans l'Ain, en appliquant sa théorie de la défense mobile avec des colonnes de blindés. Quant au sauvetage des enfants de Vénissieux, il montre que des hommes peuvent se dresser au risque de leur vie face aux pires bourreaux. D'une certaine manière, ces films sont des leçons de liberté pour apprendre ou réapprendre à dire non.Dans le 1 cette semaineAprès le monde selon Karl Marx et nos vies selon Sigmund Freud, nous terminons notre printemps des philosophes avec la pensée de Nietzsche. Briser nos chaines avec Nietzche. La résistance encore…





