Depuis trois éditions, les Bleus ont pris la bonne habitude de démarrer leur Coupe du monde par une victoire. Que ce soit contre le Honduras au Brésil (3-0), puis deux fois contre l'Australie, en 2018 (2-1) en Russie, et en 2022 (4-1) au Qatar. Une mise en orbite jamais évidente quand on sait que les grandes nations sont préparées pour monter en puissance au fur et à mesure de la compétition. Une préparation physique, allégée en début de stage, pour travailler le fond et arriver au sommet de leur forme vers les quarts de finale, là où la difficulté commence.
Si un faux-pas initial n'est pas éliminatoire (cf. l'Argentine, battue par l'Arabie saoudite lors de son entrée en lice, puis championne du monde cinq semaines plus tard, bien aidée par les cinq penaltys obtenus, un record), il est fortement conseillé de soigner son entrée en matière. C'est la garantie, en cas de deuxième match probant, de pouvoir laisser reposer les troupes pour le dernier match de poule. Et d'arriver plus frais et reposés pour les rencontres à élimination directe. Il y en aura, rappelons-le, cinq cette année pour aller au bout.
En 2018 et 2022, les Bleus avaient eu la bonne idée de gagner leurs deux premières rencontres (Australie, Pérou en 2018 ; Australie et Danemark en 2022) et donc de faire tourner l'effectif pour le troisième match, la première place étant déjà acquise. La défaite face à la Tunisie (0-1), à Doha, avait ainsi été reléguée au rang de l'anecdote.
Une défaite en match d'ouverture est, à l'inverse, souvent synonyme d'élimination pour l'équipe de France. Que ce soit face à l'Italie (1-2) en 1978 ou au Sénégal (0-1) en 2002, sans vouloir remonter à Mathusalem et aux éditions de 1966 voire 1954, l'équipe de France ne s'est jamais remise d'un « cocori-couac » initial. Seule exception : 1982. Après une défaite contre l'Angleterre (1-3), les Français menés par Michel Platini avaient atteint les demi-finales et le match mythique de Séville contre l'Allemagne de l'Ouest, un trauma éternel pour des générations de supporters.
Pour cette édition, il est tentant de faire le parallèle avec 2002. La France, championne du monde et d'Europe en titre, se loupe dans les grandes largeurs au World Cup Stadium de Séoul. Privés de Zidane, blessé à la cuisse, les Bleus sous-estiment cette équipe de Sénégalais qui ne jouent qu'en Ligue 1 et non dans les grands clubs européens. Un péché d'orgueil payé cher (défaite 0-1) et un retour prématuré à la maison. Arrivés en Asie, immenses favoris, avec, en leur sein, les meilleurs buteurs des championnats d'Angleterre, d'Allemagne, d'Italie et de France, les Bleus de Roger Lemerre se ratent dans les grandes largeurs.
Placés dans le tiercé de tête des vainqueurs potentiels, selon les bookmakers, avec l'Espagne et l'Angleterre, les Bleus ont donc de sérieux motifs d'inquiétude pour leur deuxième confrontation, en Coupe du monde, avec le Sénégal. Et, ce pour trois raisons. D'abord, première raison, parce que les Lions de la Teranga, champions d'Afrique, possèdent des caractéristiques de jeu similaires (en mieux) à la Côte d’Ivoire, qui a battu les Bleus en match préparatoire : un gros bloc défensif et un jeu en transition super rapide.Â
Ensuite, deuxième raison, parce qu'on ne sait pas bien si les joueurs français ont 100 % la tête au football. Ces derniers jours, les cadres ont passé beaucoup de temps à négocier des places pour leurs proches et leurs primes avec FFF. Certains joueurs ont même envisagé de se rendre, après leur rencontre face au Sénégal, au Madison Square Garden pour assister au match 6 (s'il y avait dû en avoir un) de NBA entre les Spurs et les Knicks. Didier Deschamps a coupé court au débat en programmant un retour à Boston dans la foulée du match. Enfin, troisième raison, parce que l'Histoire, comme le facteur, passe souvent deux fois.

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