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GB-La BoE maintient son principal taux et présente des hypothèses d'impact de la guerre en Iran

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(Actualisé avec déclarations du gouverneur de la BoE)

par William Schomberg, David Milliken et Suban Abdulla

La Banque d’Angleterre
(BoE) a laissé jeudi son principal taux directeur à 3,75%,
prolongeant la pause décidée en mars quand l’institut d’émission
monétaire avait dit vouloir patienter jusqu’à obtenir une vision
plus claire de l’impact de la guerre au Moyen-Orient sur
l’inflation.

La BoE a cependant présenté des hypothèses concernant
l’impact économique de la guerre en Iran, dont l’une pourrait
nécessiter une augmentation “forte” des coûts d’emprunt.

La décision du MPC, le comité de politique monétaire de la
BoE, a été prise par huit voix contre une, comme le prévoyait le
consensus Reuters, le chef économiste de l’institution, Huw
Pill, s’étant prononcé en faveur d’un relèvement des taux de 25
points de base.

Même s’il existe un risque d'”effets de second tour
importants” liés au choc des prix de l’énergie comme des
demandes de relèvements de salaires ou des entreprises
augmentant leurs prix plutôt que d’absorber la hausse des coûts,
le marché du travail s’affaiblit et une hausse des coûts
d’emprunt sur les marchés financiers contribuerait à limiter
l’inflation, indique le MPC dans un communiqué.

“Le Comité est prêt à agir si nécessaire pour s’assurer que
l’inflation CPI reste sur la bonne voie pour atteindre
l’objectif de 2% à moyen terme”, écrit le MPC, reprenant les
termes employés à l’issue de la réunion de mars.

S’exprimant à l’issue de la décision rendue par le MPC, le
gouverneur de la BoE, Andrew Bailey, a déclaré que les
responsables de l’institution étaient confrontés à un choix
difficile concernant les effets inflationnistes dits de second
tour en lien avec la hausse des prix de l’énergie engendrée par
la guerre. Il a estimé que les membres du MPC pourraient être
contraints d’agir avant même d’obtenir des preuves tangibles
d’un éventuel impact du conflit.

Le gouverneur de la BoE a souligné que plus le conflit en
Iran durerait, plus son impact sur l’économie britannique
risquait de s’aggraver, les effets indirects se faisant surtout
sentir sur les prix alimentaires à mesure que les pressions dans
le monde sur les coûts augmenteraient.

“Les effets de second tour se manifestent plus lentement que
les effets directs et indirects”, a-t-il déclaré, ajoutant que
cela laissait “la politique monétaire face à un choix
difficile”.

“Comme les variations des taux d’intérêt mettent du temps à
produire leurs effets, la politique monétaire ne peut pas
attendre une preuve concluante de l’ampleur des effets de second
tour, mais une réaction trop précoce pourrait engendrer une
volatilité indésirable de la production”, a-t-il ajouté.

Le gouverneur de la BoE a cependant estimé qu’il existait
une marge de manœuvre importante pour absorber les pressions
inflationnistes découlant de la guerre en Iran sans avoir besoin
de relever les taux d’intérêt.

“Je ne peux pas vous assurer formellement qu’il n’y aura pas
d’augmentation (de taux) en fonction des différents scénarios
envisagés”, a-t-il déclaré. “Ce que je peux vous dire, c’est
qu’il existe une marge de manÅ“uvre considérable pour s’ajuster à
cela”, a-t-il ajouté.

Les investisseurs estiment la Grande-Bretagne est
particulièrement vulnérable face à la hausse des prix de
l’énergie en raison de sa forte consommation de gaz naturel.

Les données publiées la semaine dernière ont montré une
augmentation des coûts des intrants pour les entreprises, ce qui
a conduit ces dernières à revoir à la hausse leurs prévisions de
d’inflation des prix pour les 12 prochains mois. Parallèlement,
les investisseurs expriment leurs inquiétudes sur un possible
ralentissement marqué de la croissance du produit intérieur brut
(PIB) du fait de la guerre.

HYPOTHÈSES SUR L’IMPACT DE LA GUERRE

Face à une profonde incertitude quant à la durée de la
guerre et à l’ampleur des dégâts économiques qu’elle engendrera,
la Banque d’Angleterre a abandonné sa pratique habituelle de
publication de prévisions centralisées concernant l’inflation et
d’autres indicateurs économiques clés.

Elle a, à la place, élaboré trois hypothèses basées sur les
prix de l’énergie et différents degrés d’effets de second tour.

Dans l’hypothèse C, la pire, dans laquelle les prix de
l’énergie resteraient élevés pendant une période prolongée,
l’inflation pourrait culminer à 6,2 % (près du double de son
niveau le plus récent) et rester supérieure à l’objectif à moyen
terme de 2% pendant les trois prochaines années en se basant sur
les anticipations actuelles du marché concernant les taux
d’intérêt.

Si ce risque se matérialisait, il justifierait probablement
un resserrement vigoureux de la politique monétaire, a déclaré
la Banque d’Angleterre.

Les hypothèses A et B nécessiteraient cependant une
“orientation politique moins restrictive”, la hausse des taux
d’intérêt du marché depuis le début de la guerre contribuant à
compenser les pressions inflationnistes.

Les trois hypothèses se fondent sur les prix du marché sur
les 15 jours précédant le 22 avril et ne prennent pas en compte
la nouvelle flambée des cours mondiaux du pétrole survenue cette
semaine. Les prix de l’énergie ont touché un nouveau sommet de
quatre ans ce jeudi avec un baril de Brent proche de 125
dollars, dans un contexte de inquiétudes croissantes concernant
la durée de la guerre.

Le gouverneur de la Banque d’Angleterre a déclaré qu’il
accordait la plus grande importance à l’hypothèse B “même si les
effets de second tour sont légèrement réduits”, mais qu’il
accordait également “une certaine importance” à l’hypothèse C.

Environ la moitié des autres membres du MPC ayant voté pour
le maintien des taux directeurs ont également déclaré qu’ils
accordaient plus d’importance à l’hypothèse B.

Certains membres du MPC “pourraient préférer agir
rapidement” pour éviter que l’inflation ne devienne trop élevée,
tandis que d’autres pourraient préférer attendre que ce risque
se concrétise davantage, a déclaré la BoE.

Andrew Bailey avait prévenu à la mi-avril que l’institution
“n’allait pas se précipiter pour prendre des décisions” sur
d’éventuels relèvements de taux compte tenu de l’incertitude
quant à la durée et à l’impact de la guerre.

Avant les annonces de ce jeudi de la Banque d’Angleterre,
les investisseurs anticipaient près de trois hausses de taux
d’un quart de point cette année.

Outre sa forte vulnérabilité aux prix élevés du gaz,
l’économie britannique fait face à des soubresauts politiques,
le Premier ministre Keir Starmer peinant à conserver son emprise
sur Downing Street, ce qui a suscité des interrogations quant
aux projets budgétaires du gouvernement.

DES RENDEMENTS OBLIGATAIRES ÉLEVÉS

Les rendements des obligations d’État britanniques sont les
plus élevés des pays du G7 et le taux du Gilt à dix ans

A la Bourse de Londres, l’indice FTSE 100

.FTSE

, quant à
lui, n’a pratiquement pas réagi à la décision de la BoE,
conservant un gain de 1,33%.

Sur le marché des changes, la livre sterling GBP= avance de
0,39% à 1,3524 dollar.

La décision de la BoE intervient après un statu quo déjà
observé en mars et en février. La BoE a touché à ses taux
directeurs pour la dernière fois en décembre 2025, avec une
baisse de 25 points de base, après des pauses en novembre et
septembre.

Une enquête Reuters, menée du 16 au 21 avril auprès de 62
économistes, indiquait que l’ensemble des personnes sondées
s’attendaient à ce que la BoE maintienne ses taux directeurs à
leur niveau actuel ce jeudi, tandis que plus de la moitié
d’entre elles prévoyaient un statu quo jusqu’à la fin de
l’année, malgré la menace d’une résurgence de l’inflation.

L’inflation des prix à la consommation en Grande-Bretagne a
accéléré en mars pour atteindre 3,3% en rythme annuel, selon les
données officielles montrant les premiers effets sur l’économie
de la guerre en Iran, entrée cette semaine dans son troisième
mois.

Parallèlement, les inquiétudes sur la croissance
économique, même si elle est ressortie sur les trois mois à
février au-dessus des attentes, conjuguées à l’affaiblissement
du marché du travail font craindre une possible stagflation,
justifiant aux yeux de certains responsables de la BoE le choix
du statu quo pour le moment.

La Réserve fédérale américaine (Fed) a également laissé
mercredi ses taux directeurs à leur niveau actuel, dans une
fourchette de 3,50% à 3,75%, tout en faisant état de
préoccupations croissantes sur l’inflation avec la guerre au
Moyen-Orient.

La décision de la Banque centrale européenne (BCE) est
attendue à 12h15 GMT.

(Reportage William Schomberg, David Milliken et Suban Abdulla,
version française Claude Chendjou, édité par Benoit Van
Overstraeten)