Les simulations de la Banque mondiale montrent que le PIB réel pourrait augmenter de 17 % par rapport au scénario de base d'ici 2035 et de près de 24 % d'ici 2050.
Décryptage : À travers deux rapports portant sur la croissance, l'emploi et le secteur privé, la Banque mondiale met en avant une feuille de route fondée sur des réformes structurelles et des politiques ciblées pour accélérer la transformation économique du pays.
Le Maroc pourrait générer 1,7 million d'emplois de plus d'ici 2035 et augmenter son PIB réel de près de 20 % au-dessus du niveau de référence, mais ce potentiel ne se concrétisera que si un programme de réformes ambitieux est mis en œuvre. Deux rapports analytiques, produits en étroite collaboration avec le gouvernement marocain et publiés aujourd'hui par le Groupe de la Banque mondiale, fournissent à la fois des données probantes et une feuille de route pour faire de cette transformation une réalité. L'objectif étant d'identifier les changements structurels qui permettraient au Maroc d'évoluer vers une croissance transformatrice, en articulant réformes macroéconomiques et opportunités d'investissement privé dans les secteurs clés de l'économie. Il s'agit notamment de mener des réformes structurelles visant à approfondir la concurrence sur les marchés, à libérer l'investissement privé et à intégrer plus largement les femmes et les jeunes dans l'économie formelle.
Les perspectives de l'emploi à l'horizon 2035
S'agissant du rapport sur la croissance et l'emploi, il a été conçu comme une contribution analytique visant à soutenir le Maroc dans la réalisation des ambitions de son Nouveau modèle de développement (NMD) ayant formulé une vision cohérente pour pour moderniser l'économie et la société marocaines. L'ambition étant de doubler le produit intérieur brut (PIB) par habitant d'ici 2035, porter le taux d'emploi des femmes à 45 %, et formaliser 80% des emplois. Bien que le Maroc ait avancé avec détermination, en mettant en œuvre des réformes majeures dans plusieurs domaines, notamment la protection sociale, la gouvernance des entreprises publiques (EP), la promotion de l'investissement privé, l'amélioration du climat des affaires et fiscalité, la Banque mondiale estime que le maintien des tendances actuelles ne suffira pas à atteindre la trajectoire envisagée par le NMD. Le diagnostic présenté dans ce rapport met en évidence un ensemble de défis interconnectés qui créent une divergence entre les opportunités offertes et les attentes de la population.« Le Maroc a construit des bases solides et, grâce aux recommandations du Rapport sur la croissance et l'emploi, le Royaume peut aller encore plus loin, créer des millions d'emplois, approfondir les investissements privés et créer de réelles opportunités pour les femmes et les jeunes. Le Groupe de la Banque mondiale s'engage pleinement dans cette entreprise aux côtés du Maroc », assure Ahmadou Moustapha Ndiaye, directeur de division à la BIRD pour le Maghreb et Malte. Pour combler les écarts et placer le Maroc sur une voie plus rapide vers ses objectifs de développement, la Banque mondiale propose une série de recommandations articulées autour de quatre axes qui se renforcent mutuellement : des marchés plus efficaces et plus compétitifs, des entreprises plus dynamiques, des investissements publics à plus fort impact et des marchés du travail plus inclusifs. Il s'agit ainsi de renforcer la contestabilité comme base d'une économie plus productive,de supprimer les désincitations fiscales et réglementaires à la croissance, de consolider l'impact des investissements publics et de promouvoir une population active plus mobilisée en mettant en avant la contribution des femmes et jeunes dans la vie active. Tenant compte de ces réformes, les simulations de la Banque mondiale montrent que le PIB réel pourrait augmenter de 17 % par rapport au scénario de base d'ici 2035 et de près de 24 % d'ici 2050. Cela se traduirait par 1,7 million d'emplois supplémentaires et de meilleure qualité d'ici 2035 et 2,5 millions d'ici 2050, avec des salaires réels 15% plus élevés.
Quatre secteurs clés pour stimuler l'investissement privé
Dans son deuxième rapport, la Banque mondiale établit un diagnostic pays du secteur privé (CPSD). Le but étant de débloquer l'investissement privé et de créer des emplois grâce à des mesures publiques adaptées et ce en identifiant les opportunités d'investissement privé inexploitées ainsi que les obstacles connexes. Le rapport y afférent met en évidence quatre secteurs à fort potentiel où les réformes pourraient déclencher un afflux significatif d'investissements privés à moyen terme. On énumère dans ce sens la production décentralisée d'énergie solaire, le textile bas carbone, les cosmétiques à base d'argan et l'aquaculture marine. Des secteurs qui se trouvent à la croisée des programmes de transition énergétique, de modernisation industrielle et de développement régional du pays. Le renforcement de ces fondations communes amplifierait l'impact de réformes sectorielles et soutiendrait davantage le modèle de croissance verte et compétitive du Maroc. Se référant à la Banque mondiale, ces secteurs bénéficient également d'un accès préférentiel aux marchés de l'Union européenne (UE), ce qui représente une opportunité pour tous les secteurs et l'ensemble de l'économie, bien au-delà du seul secteur textile, façonnant la demande dans plusieurs chaînes de valeur. «Le Maroc dispose des atouts sectoriels et de la volonté réformatrice nécessaires pour attirer des investissements privés nettement plus importants», souligne Cheick-Oumar Sylla, directeur de division à IFC pour l'Afrique du Nord et la Corne de l'Afrique. Et de préciser: «Le pays est prêt à passer à la vitesse supérieure, et ce diagnostic met en lumière des opportunités concrètes susceptibles de mobiliser des investissements privés à hauteur d'environ 4% du PIB».
Dans son rapport, la Banque mondiale décrit les mesures concrètes que le gouvernement peut prendre pour remédier à ces goulots d'étranglement. Il s'agit en l'occurrence de clarifier les réglementations spécifiques, de simplifier et en numériser les processus d'autorisation, améliorer l'accès à la terre et à l'énergie verte et renforcer les normes et les systèmes de traçabilité. Des mesures qui selon la Banque, une fois mises en œuvre, pourraient débloquer environ 7,4 milliards de dollars d'investissements privés. Elles soutiendraient par ailleurs la création de plus de 166.000 emplois dans les quatre sous-secteurs examinés au cours des cinq à dix prochaines années.





