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"Depuis le début, les objectifs sont divergents" : entre les Etats-Unis et Israël, les tensions s'accumulent sur la stratégie à adopter au Moyen-Orient

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L’alliance entre Donald Trump et Benyamin Nétanyahou s’est fragilisée ces dernières semaines, alors que la guerre en Iran et au Liban s’enlise.


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"Depuis le début, les objectifs sont divergents" : entre les Etats-Unis et Israël, les tensions s'accumulent sur la stratégie à adopter au Moyen-Orient

Le Premier ministre israélien, Benyamin Nétanyahou, et le président américain, Donald Trump, le 29 décembre 2025 à Palm Beach, en Floride (Etats-Unis). (JIM WATSON / AFP)

Les relations se tendent encore un peu plus entre les Etats-Unis et Israël. Donald Trump a exhorté l’Iran et l’Etat hébreu à “immédiatement cesser de ‘tirer'”, lundi 8 juin, dans un message sur son réseau Truth Social, après la reprise d’attaques directes entre les deux pays, pour la première fois depuis la trêve conclue il y a deux mois. La veille, le locataire de la Maison Blanche avait pourtant déjà insisté auprès de Benyamin Nétanyahou, comme il l’avait expliqué à Axios. Sans succès.

Cette séquence est le dernier épisode en date d’une montée des tensions entre les deux alliés historiques, engagés dans une guerre contre l’Iran depuis le 28 février. Ces derniers mois, Donald Trump ne cache plus ses désaccords avec le Premier ministre israélien. “Israël ne bombardera plus le Liban. Les Etats-Unis le lui interdisent. Ça suffit !”, avait écrit le président américain le 17 avril, dans une réprimande publique sans précédent adressée à Benyamin Nétanyahou.

Les médias américains, dont Axios, ont même rapporté un échange tendu et injurieux entre les deux dirigeants le 1er juin. “Tu es complètement cinglé ? Qu’est-ce que tu es en train de foutre ? Je t’ai aidé à rester hors de prison”, a ainsi lancé le président américain au sujet de l’offensive israélienne au Liban, comme il l’a confirmé ensuite au New York Post.

La dispute a beau avoir été minimisée par Benyamin Nétanyahou deux jours plus tard sur CNBC, elle met en lumière les divergences stratégiques des deux dirigeants. “Depuis le début, les objectifs sont divergents : on a un Benyamin Nétanyahou dont le seul objectif est à terme la destruction de la République islamique et de ses proxys. Donald Trump voit bien que, de toute évidence, c’est loin d’être aisé. Il est plus pragmatique et veut un accord”, a expliqué Sébastien Boussois, chercheur en relations euro-arabes à l’université libre de Bruxelles, lundi matin dans le “6/9” de franceinfo .

Empêtré dans un conflit qui dure, Donald Trump cherche une porte de sortie à une guerre de plus en plus impopulaire au sein de l’opinion publique américaine. Son administration s’inquiète de vivre des élections de mi-mandat désastreuses en novembre. “La question du coût économique et humain de la guerre est très importante pour l’électorat américain. Un long conflit qui ferait flamber les prix de l’énergie pose un risque majeur pour Donald Trump”, pointait déjà en mars Ludivine Gilli, directrice de l’Observatoire de l’Amérique du Nord de la Fondation Jean-Jaurès.

Face à des sondages très défavorables au camp républicain, le président américain cherche à “se concentrer sur autre chose” que le conflit au Proche et Moyen-Orient souligne Sébastien Boussois. D’autant que la pression politique monte. La Chambre des représentants américaine a adopté, le 3 juin, un texte ordonnant le retrait des troupes américaines dans la guerre contre l’Iran. Un camouflet pour le milliardaire, qui avait promis de ne démarrer aucune nouvelle guerre pendant la campagne présidentielle.

Les intérêts de Benyamin Nétanyahou sont bien différents. Alors que des élections législatives anticipées pourraient avoir lieu en septembre ou octobre en Israël, le Premier ministre a promis de mettre fin à la menace posée par le “régime des ayatollahs” en Iran et de désarmer le Hezbollah au Liban. Le centriste Yair Lapid, chef de l’opposition, l’a accusé de transformer Israël en “protectorat pur et simple” des Etats-Unis. Le Premier ministre est aussi en procès pour trois affaires de corruption. En cas de défaite, il ferait face immédiatement à la justice.

Les dissensions politiques sont-elles en train de se transformer en méfiance entre les deux alliés ? Le Pentagone a relevé le niveau de menace en matière de contre-espionnage concernant Israël à son niveau le plus élevé. L’agence de renseignement militaire du ministère de la Défense, la Defense Intelligence Agency, a déclaré que “la capacité d’Israël à mener des opérations d’espionnage humain et de collecte technique se situait à un ‘niveau critique'”, a relayé NBC News, citant des responsables américains. De son côté, The New York Times a fait état de tentatives israéliennes pour mettre sur écoute des hauts responsables, notamment le principal négociateur du président Donald Trump, Steve Witkoff, et le haut responsable politique du Pentagone, Elbridge Colby.

Les spécialistes tendent cependant à nuancer ces tensions entre l’administration américaine et le gouvernement israélien, loin d’être une première. En juin 2025, Donald Trump s’était emporté contre Israël, alors engagé dans un cessez-le-feu fragile avec l’Iran, dans un message écrit entièrement en majuscules. Devant des journalistes, il avait même lâché le mot “fuck” (“putain” en français), au sujet du conflit entre les deux pays, rapportait alors Politico.

Pour autant, les Etats-Unis soutiennent toujours leur allié israélien, d’autant que les deux dirigeants se connaissent et s’apprécient depuis longtemps. “A chaque fois que Donald Trump dit une chose comme ‘tu es cinglé’, certains se précipitent pour annoncer la fin de leur relation. C’est faux. Leur relation lui permet justement de dire cela”, explique au Monde Anshel Pfeffer, journaliste de The Economist et auteur de la biographie Bibi – The Turbulent Life and Times of Benjamin Netanyahu.

“Il y a déjà eu des articles sur des divergences et des tensions, mais ils ont ensuite lancé une guerre ensemble en Iran”, rappelle aussi Mairav Zonszein, spécialiste d’Israël pour l’International Crisis Group, à l’AFP. “Il y a des désaccords tactiques. Nous trouvons toujours un moyen de les régler, et nous le faisons en tant que grands amis. Nous pouvons être en désaccord le matin et, l’après-midi, mener une action commune”, résumait, confiant, Benyamin Nétanyahou mercredi.