Après la « diplomatie du loup guerrier » des Chinois, on a maintenant droit à la diplomatie de la mascotte des Américains.
Dans le cas des Chinois, le président Xi Jinping avait demandé à ses diplomates de « montrer les crocs » pour défendre les intérêts et la réputation du pays. On pouvait lire leurs tribunes rageuses, on pouvait les voir sur les plateaux de télévision ou dans des conférences remettre les pendules à l'heure de Pékin avec fermeté.
Mais du moins, il s'agissait de diplomates de carrière, hautement formés et bien informés.
Donald Trump, lui, a envoyé au Canada Pete Hoekstra, un ancien politicien républicain conservateur de peu d'envergure, manifestement ignorant du pays où il a été envoyé.
C'est moins un ambassadeur des États-Unis d'Amérique qu'un perroquet de Donald Trump. Il en a la vulgarité, l'agressivité et, ironiquement, le manque de… diplomatie.
Au lieu d'arrondir les angles carrés du président, M. Hoekstra répète béatement ses lignes les plus méprisantes et méprisables.
On pourrait appeler ça la stratégie du bad cop, bad cop. Une sorte d'innovation.
Il va de soi qu'un ambassadeur doit refléter la politique du gouvernement qui l'a nommé. On voit mal un ambassadeur renier les positions officielles de son gouvernement. Mais la ligne n'est pas vraiment mince, la différence n'est pas particulièrement subtile entre défendre une politique officielle sur le fond et en rajouter dans l'insulte.
M. Hoekstra se comporte non pas en ambassadeur, mais en mascotte MAGA.
Cette semaine encore, l'ambassadeur Hoekstra a republié ce que Donald Trump a écrit sur le Canada comme « 51e État » des États-Unis.
Le même homme est pourtant tout défrisé de voir la réaction négative des Canadiens. L'an dernier, il s'est plaint de la campagne électorale « antiaméricaine » des libéraux. Il est offusqué de voir le boycottage touristique canadien et le retrait de certains produits américains des tablettes.
Ce n'est pas productif, dit-il.
Tout ça pendant que le président du pays le plus puissant au monde insulte le Canada, dit qu'il n'en a « pas besoin », menace de modifier les frontières et nous ressort encore le 51e État.
Menacer d'annexer un pays, militairement ou autrement, je ne sais pas si c'est vraiment plus « productif ». Mais c'est une infraction au droit international. Un ambassadeur sérieux devrait en tenir compte pour évaluer la réaction canadienne.
Les accusations d'antiaméricanisme de l'ambassadeur Hoekstra sont franchement comiques.
Il n'y a pas au monde de pays plus « pro-américain » que le Canada. Je dirais même : il n'y a pas de pays plus américain tout court, à l'exclusion des États-Unis.
Cinéma, musique, mode, télé, automobiles, urbanisme, boulevards de banlieues, grandes marques, style de vie, nourriture…
« Vivre en ce pays, c'est comme vivre aux États-Unis », chantait Charlebois il y a 50 ans. « La pollution, les mêmes autos. Les mêmes patrons, les mêmes impôts. Les petits, les gros. »
Bon, les impôts, ce n'est plus tellement vrai… Et il y aurait beaucoup de nuances à faire, notamment l'existence d'un véritable antiaméricanisme, en particulier dans la classe intellectuelle.
Mais si l'on parle du Canada « en général », malgré tous les désaccords, c'est sans aucun doute le pays qui est le moins suspect d'antiaméricanisme. Sans compter tous les liens personnels qui unissent les deux pays : dans les affaires, les études, le tourisme, et les millions de familles qui ont un pied dans chaque pays.
Les accusations de l'ambassadeur sont simplement la preuve d'une ignorance crasse de ce pays.
Et si jamais le Canada était devenu momentanément « antiaméricain », la cause ne serait pas difficile à trouver quelque part à Mar-a-Lago. Les agressions tarifaires arbitraires américaines coûtent déjà très cher au Canada en pertes de jobs, de revenus et de sécurité. Ce pays, si intimement lié au Canada, est devenu officiellement hostile en haut lieu dans son langage et dans ses actions.
Bien entendu, toute la politique interne canadienne est tributaire de la rupture provoquée par Donald Trump. Les références habituelles sont totalement bousculées. Les élections fédérales et dans les provinces, la tenue de possibles référendums aussi.
Il y a un degré de menaces qui est inacceptable entre pays alliés, même dans de dures négociations. Cette limite a été franchie des dizaines de fois par le président des États-Unis.
L'ambassadeur Hoekstra, à moins d'être dans le coma, ne peut pas faire semblant d'être surpris par les réactions canadiennes de colère.
Le problème pour lui est que les Canadiens ne sont pas antiaméricains. Ils sont antitrumpiens.
Où nous mènera tout ce jeu d'insultes et de menaces ? Peut-être à un nouvel accord de libre-échange modifié. Après tout, l'actuel pacte décrié par Donald Trump a été signé par lui. On peut penser, c'est mon cas du moins, que les deux pays, les trois en incluant le Mexique, sont tellement intégrés qu'ils sont condamnés à s'entendre. Peut-être que dans un an on en conclura que ce fut beaucoup de bruit pour pas grand-chose.
Mais on a vu dans l'Histoire d'autres alliances supposément avantageuses détruites par suite de mauvaises politiques. Tout indique en tout cas que les alliances économiques mondiales actuelles sont en train d'être reconfigurées, et en grande partie à cause de la position de l'administration américaine.
L'ambassadeur Hoekstra ne peut pas à la fois se moquer de la récession au Canada made in USA et s'indigner des réactions canadiennes.





