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Des mines à déploiement clandestin, des bombes-torpilles "quicksink", des missiles hypersoniques à bas…

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Malgré le discours conciliant de Donald Trump lors de sa visite en Chine et le gel des livraisons d’armes à Taïwan, le Pentagone veut muscler ses capacités de combat. Selon un rapport confidentiel révélé par Bloomberg, l’armée américaine craint une offensive, et réclame des milliards de dollars pour financer des armes destructrices à bas coût, des mines et des missiles hypersoniques afin de contrer la supériorité navale chinoise d’ici un an.

“Je n'ai pas envie que quelqu'un déclare l’indépendance.” Lors de sa visite en Chine au mois de mai, Donald Trump s'est appliqué à ne pas froisser son homologue Xi Jinping, qui l'avait mis en garde sur la question taiwanaise, cette île dont Pékin souhaiterait s’emparer. “Vous savez, nous sommes ensuite censés faire 15.000 kilomètres pour faire la guerre – ce n'est pas quelque chose que je souhaite faire”, avait poursuivi le président américain.

Une déclaration ambiguë. D'autant que quelques jours plus tard, l'administration a annoncé faire une pause dans l’approbation de livraison d'armes américaines à Taïwan, dans le contexte de la guerre en Iran.

Mais en coulisses, Washington chercherait activement à renforcer sa capacité de dissuasion et de combat face à la Chine autour de la question de Taïwan. C'est ce qui ressort d'un rapport de 121 pages transmis au Congrès et consulté par Bloomberg. Signé du commandement des forces des États-Unis dans la zone Indo-Pacifique (l’Indo-Pacific Command), ce document daté du 6 avril adopte un ton particulièrement offensif pour décrire les ambitions militaires de Pékin:

L'Armée populaire de libération (APL) de la Chine “subit une expansion historique dans tous les domaines et s'entraîne pour deux missions principales: imposer l’unification avec Taïwan et contrer les capacités de défense des États-Unis et de leurs alliés, avec un objectif de préparation militaire fixé à 2027”, alerte ainsi l'amiral Samuel Paparo, chef de l’Indo-Pacific Command.

La date de 2027, hautement symbolique puisqu’elle marquera le centenaire de l’APL, est réaffirmée comme l’échéance clé pour laquelle les forces chinoises doivent être prêtes à s’emparer de Taïwan. Une affirmation qui tranche avec une note des services de renseignement plus nuancée, publiée plus tôt cette année.

Un courrier pour convaincre les sénateurs

Pour faire face à cette menace, l’amiral Paparo espère avoir les moyens colossaux à disposition. Dans cette lettre, le commandant exhorte les législateurs à approuver la hausse inédite du budget militaire, demandée par l'administration Trump. Il y détaille notamment comment il compte consacrer 592 millions de dollars au développement, au prototypage et à l’acquisition du système “Quicksink”. Développé par Boeing, ce module de guidage s’ajoute aux bombes JDAM guidées par GPS pour les transformer en “une arme antinavire économique et tout temps, capable de couler des navires en explosant sous la ligne de flottaison pour briser la quille du bâtiment”.

Des mines à déploiement clandestin, des bombes-torpilles "quicksink", des missiles hypersoniques à bas…
Quicksink est un kit qui transforme une bombe guidée classique en arme antinavire capable de couler un navire en provoquant une explosion sous sa coque plutôt qu’en le frappant simplement de dessus. © USAL

Le Quicksink est un système développé pour transformer des bombes aériennes guidées classiques en armes antinavires à faible coût. Au lieu d’utiliser un missile spécialisé, l’idée consiste à équiper une bombe munie d’un kit de guidage afin qu’elle puisse atteindre un navire en mouvement et provoquer une explosion au niveau ou sous la ligne de flottaison. Cette méthode cherche à reproduire l’effet destructeur d’une torpille: l’explosion sous-marine génère une puissante onde de choc et une bulle de gaz qui soulèvent puis déforment la coque du navire, pouvant aller jusqu’à briser sa quille et entraîner son naufrage.

Selon le rapport, ces kits doivent permettre de “contrer les flottes adverses numériquement supérieures à travers l’Indo-Pacifique”. Une référence transparente à la Chine: d’après le Service de recherche du Congrès, Pékin possède aujourd’hui la plus grande marine du monde avec plus de 430 navires, là où l’US Navy n’aligne de son côté que 291 bâtiments de combat.

La guerre des mines sous-marines

Le second axe stratégique concerne le contrôle des voies maritimes, un enjeu devenu brûlant alors que la guerre actuelle menée par les États-Unis contre l’Iran tourne précisément autour du contrôle stratégique du détroit d’Hormuz par Téhéran.

Le Pentagone réclame ainsi 531 millions de dollars pour le programme “Quickstrike”, une famille de “mines larguées par avion en eaux peu profondes, utilisées contre des cibles de surface et sous-marines”.

L’amiral Paparo met également en avant une initiative encore plus secrète baptisée “Clandestine Delivered Mine” (mine à déploiement clandestin), qui utilise les capacités de lancement des sous-marins américains déjà en service. Ce programme doit permettre aux États-Unis “de déployer clandestinement des champs de mines dans des zones clés” et de “compléter les capacités de minage aérien” grâce à de nouvelles mines dites “Hammerhead” (requin-marteau). Ce dispositif, ancré au fond de la mer, utilise des capteurs avancés pour détecter les menaces avant de lancer de manière autonome une torpille légère de type Mk 54.

Le vote du budget prévu à la fin de l’été

Au-delà des mers, le courrier met massivement l’accent sur les technologies de pointe pour aveugler l’adversaire et frapper vite: 3 milliards de dollars pour doter l’Army (armée de Terre) et la Navy de missiles hypersoniques, plus d’un milliard de dollars alloué au missile de croisière hypersonique de l’Air Force, et 951 millions de dollars pour la nouvelle arme de frappe hypersonique à bas coût “Blackbeard” (Barbe Noire).

Enfin, la note mentionne le financement du programme “Cancun”, conçu pour fournir des “contre-mesures électroniques critiques” afin de neutraliser les systèmes de radars transhorizon chinois, ainsi que le déploiement de “Darknet”, un système de communication ultra-sécurisé destiné aux forces américaines.

Pour le moment, ces investissements ne sont que des projections. Leur réalisation dépendra de l'approbation du budget de l'année fiscale 2027, qui devrait être voté à la fin de l'été.