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La valeur du footballeur, du sociologue Manuel Schotté, aux éditions du CNRS.

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Cette semaine, un sociologue explique pourquoi des investisseurs sont prêts à dépenser des millions d’euros dans le football, quand ils n’ont pratiquement aucun espoir de gagner de l’argent en retour.


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La valeur du footballeur, du sociologue Manuel Schotté, aux éditions du CNRS.

Dans l’univers du football, ce sont les salariés qui sont les acteurs le plus valorisés. (SCHOTTÉ / CNRS EDITIONS)

Alors que va bientôt débuter la Coupe du monde de football, voici un livre qui tente d’expliquer les sommes colossales que sont prêts à payer les clubs pour s’attacher les services d’un joueur.

Comment se fait-il que certains footballeurs soient payés plusieurs millions d'euros par mois et transférés pour plusieurs dizaines de millions ? C'est toute la question de La valeur du footballeur, titre de ce livre du sociologue Manuel Schotté.

Ce dernier propose une étude très sérieuse, très détaillée, de tous les ressorts de cet univers économique extraordinaire, un univers dans lequel les individus les plus valorisés sont des salariés. Pourtant, comme le rappelle Manuel Schotté, dans l'absolu, le fait de savoir jouer avec un ballon n'a aucune valeur.

On pourrait imaginer que si des patrons sont prêts à payer leurs salariés très chers, c'est qu'ils leur rapportent au moins autant. Or, c’est plus compliqué que ça. Il y a effectivement beaucoup d'argent en jeu dans le football, c'est lié notamment à son exposition médiatique. Mais ce que souligne Manuel Schotté, c'est que les clubs de football ne visent pas la rentabilité.

Ils visent les titres et le prestige qui les accompagne. Ce qui explique que, contrairement à ce qu'on observe dans les autres domaines économiques, la concurrence ne pousse pas à diminuer les coûts mais à les augmenter. Plus les inégalités se creusent entre les clubs les plus riches et les autres, plus les dépenses augmentent, pour tout le monde : les riches achètent leurs joueurs de plus en plus chers, les autres sont obligés d'augmenter les salaires pour essayer de garder leurs joueurs.

Et tout cela est encouragé par les agents, qui négocient les contrats et qui touchent une partie du montant des transferts.

Mais alors, qui a envie d'investir dans le football si ça ne rapporte pas d'argent ? Voilà l'un des points très intéressant de ce livre, qui décortique le profil des présidents de clubs, en France, depuis les années 1960.

En résumé, il y a deux types de présidents : ceux qui sont des chefs d'entreprise, implantée localement, souvent issus d'un milieu modeste. Ils se retrouvent, grâce au club dans lequel ils investissent, au contact des élites économiques et politiques, tout en gagnant une grande visibilité médiatique (comme on a pu le voir par exemple à Lyon avec Jean-Michel Aulas).

Et puis, il y a les présidents venus de l'étranger, qui ont beaucoup d'argent, mais avec une image sulfureuse, en raison de l'origine de leur fortune ou du régime politique de leur pays. Pour eux, investir dans un club sert à gagner en respectabilité et à devenir des interlocuteurs privilégiés des pouvoirs publics.

Il y a donc plus que de l'argent à gagner dans le football. C'est aussi pour cela qu'on y dépense sans compter.