« Comment se passe votre vie de néoretraité ?
Quand tu as dédié toute ta vie à quelque chose, ça peut être difficile à vivre mais j’étais préparé mentalement. Ça n’a pas été brutal. Je n’ai pas arrêté sur un coup de tête. À Leeds (2024-2025), j’ai vécu une saison exceptionnelle. Sur le terrain, je me disais déjà de profiter, que ça pouvait être la dernière. Dans une carrière, il y a différentes étapes. Là , au fond de moi, je savais que le moment fatidique arrivait. Le football, il a changé. Quand tu es un joueur d’expérience, avec de la bouteille, c’est difficile de trouver un projet avec beaucoup de temps de jeu, où tu es un taulier autre part que dans le vestiaire. À mon époque, à Saint-Étienne, il fallait ronger son frein avant de monter en pro. Aujourd’hui, si tu as 16 ans et tu es bon, on te lance en pro.
En regardant dans le rétroviseur, quels moments vous reviennent à l’esprit ?
Plutôt des années. Les trois premières à Sainté, les deux premières à Wolfsburg, celle où je reviens des croisés et qu’on se qualifie pour l’Europe, et la dernière à Leeds. Ça représente 40 % de ma carrière. Ce n’est pas beaucoup, il y a aussi eu beaucoup d’embûches mais ça valait le coup.
Steve Mandanda évoque dans son livre la difficulté de l’après-carrière. Comment l’appréhendez-vous ?
J’ai lu certains passages, je me suis retrouvé en lui. Après mon départ de Wolfsburg où on me proposait deux années de contrat (plus une année en option) avec une reconversion, j’ai connu ce vide, ces moments d’angoisse où tu vois les autres partir en stage, avec leurs nouveaux équipements. Ils t’appellent en facetime. Au début, ça se passe bien parce que tu es en vacances, en famille, avec les enfants. Mais après les enfants retournent à l’école, et tu tournes en rond. Nous, les joueurs, on est très assistés. On a un plan, on s’y tient : massage, musculation, terrain, tu rentres à la maison, sieste et ensuite temps libre. Là , d’un coup, tu n’as plus que du temps libre, il te manque quelque chose parce que tu as toujours eu le même rythme de vie. Je me rappelle qu’à Saint-Étienne, Laurent Batlles me confiait son bonheur d’amener ses enfants à l’école. Moi, je jouais à la « play » tard le soir, je ne comprenais pas. Il est important dans une carrière d’avoir des centres d’intérêt, d’anticiper, d’avoir des « satellites » qui prennent de plus en plus de place une fois que tu arrêtes.
Quel type d’entraîneur aimeriez-vous être ?
Aujourd’hui on parle beaucoup de gegenpressing (terme allemand pour contre-pressing, stratégie qui consiste à récupérer le ballon immédiatement après l’avoir perdu en faisant pression sur l’adversaire). Moi je suis plutôt un fervent admirateur du jeu de possession. Les équipes qui ont du succès sont celles qui ont l’art de maîtriser le ballon. Comme tous les joueurs, quand j’étais jeune, je me disais « jamais je ne serai entraîneur, je ne l’aime pas, pourquoi je ne joue pas,… » Mais si tu es vraiment amoureux du football, tu as envie de retrouver cette adrénaline-là , les crampons, les séances… À l’Atlético de Madrid, un Diego Simeone était resté un joueur dans l’âme. Il participait au toro, il faisait les centres pendant les exercices… J’ai envie de me confronter à ça, au management, à faire en sorte que plusieurs individus a priori différents se regroupent derrière une seule idée. »


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