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New Caledonia: is the worst certain?

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Voilà une éclaircie, le début d'une avancée, après des mois de blocage : la réforme du corps électoral en Nouvelle-Calédonie, son élargissement. Cette réforme paraît très technique. En réalité, elle est très politique. Elle vient de franchir deux étapes. Hier, d'abord, le Congrès calédonien l'a approuvée. Puis dans la soirée, à Paris, le Sénat l'a votée : 304 voix pour, et 20 voix contre – seul le groupe communiste s'y est opposé.Cette mesure, Sébastien Lecornu est venu la défendre lui-même, à la tribune, contre ce qu'il appelle le statu quo : “Le statu quo enferme. Il ne peut être une base solide pour l’avenir. Il peut même être demain le ferment de la violence et c’est une ombre qui ressurgit alors sur le caillou”. L'avertissement est clair, deux ans après les émeutes – quatorze morts, à l'époque, et deux milliards d'euros de dégâts. Aujourd'hui, rien n'est réglé. Dans l'archipel, l'économie est exsangue ; la situation politique, paralysée. Le face-à-face entre les indépendantistes et les non-indépendantistes paraît insurmontable.Avec cette réforme, de quoi s'agit-il ? D'élargir le corps électoral des élections provinciales, depuis longtemps bloqué. Le gouvernement veut le mettre à jour, y ajouter 10.569 “natifs” calédoniens. Les non-indépendantistes soutiennent cette réforme, au nom de l'égalité. Une partie des indépendantistes la refuse. Elle craint une dilution du vote kanak. Derrière ces quelques milliers d'électeurs en plus ou en moins, l'identité de l'archipel, son avenir sont en débat.Demain, le texte sera examiné à l'Assemblée, avec un calendrier très serré : dans quelques semaines, le 28 juin, les élections provinciales doivent avoir lieu. Elles ont déjà reportées trois fois. Vous comprenez alors pourquoi tout est si tendu.

Où est la clé ? A Paris ou à Nouméa ? Des deux côtés, bien sûr. Il faut enfin que l'Etat prenne ses responsabilités, qu'il soit cohérent, qu'il reprenne sincèrement le processus de décolonisation, avec un projet global pour la Nouvelle-Calédonie. Ces dernières années, les changements incessants de gouvernements ont malmené l'archipel. Des Premiers ministres se sont beaucoup impliqués – Edouard Philippe, notamment -, et d'autres, pas du tout. Il faut de la cohérence, de la continuité, de la bonne foi. Au ministère des Outre-mer, l'été dernier, Manuel Valls a réussi à conclure l'accord de Bougival. Puis changement de gouvernement – Manuel Valls a été écarté.Cet accord prévoyait la création d'un Etat de Nouvelle-Calédonie, au sein de la République française ; une double nationalité ; de nouveaux transferts de compétences ; et la fameuse réforme du corps électoral. Mais finalement, cet accord, le FLNKS l'a rejeté. Le projet a fait long feu. Il a fini au placard. Pourquoi ? La clé, la solution, est aussi à Nouméa bien sûr. Les acteurs locaux auront-ils le courage d'avance, comme Jean-Marie Tjibaou et Jacques Lafleur lors des accords de Matignon, en 1988 ? Pour eux, c'est risqué – rappelez-vous l'assassinat de Jean-Marie Tjibaou. Mais l'avenir de la Nouvelle-Calédonie est aussi, d'abord, entre leurs mains.L'histoire est lourde. En même temps, elle donne de l'espoir. Il ne faut pas l'oublier : en 1988, quand les accords de Matignon ont été signés, l'archipel était au bord de la guerre civile, après des années de violences et des dizaines de morts. Puis le sursaut a eu lieu. Une solution s'est dessinée. Le cours de l'histoire a changé, pour le mieux. Ce chemin-là existe encore.