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La Défense française se réinvente pour gagner la guerre des drones

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Le 9 avril 2026, devant la commission de la défense de l'Assemblée nationale, le général Fabien Mandon a confirmé que des hélicoptères Tigre de l'Aviation légère de l'armée de Terre venaient d'abattre leurs premiers drones iraniens de type Shahed aux Émirats arabes unis, au canon de 30 mm. « On critique souvent la lenteur du ministère. En moins d'une semaine, on a réussi à trouver des solutions pour déployer les Tigre et, une semaine après, ils abattent des drones, ce qui n'avait jamais été fait », a déclaré le chef d'état-major lors de cette audition consacrée à l'actualisation de la loi de programmation militaire 2024-2030.

Les forces françaises stationnées à Al Dhafra sont engagées depuis le 28 février 2026 dans la protection du territoire émirati, en vertu des accords de défense bilatéraux liant Paris à Abu Dhabi. L'opération américaine « Fureur épique », lancée ce jour-là contre le régime iranien, a déclenché des vagues de drones Shahed auxquelles Rafale et Tigre répondent chaque nuit en missions d'interception. Le général Mandon a précisé, lors de la même audition, que sur le théâtre ukrainien, les hélicoptères assurent 25 % des interceptions de ce type de drone.

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Un missile à 750 000 euros face à un drone à 55 000 dollars

Un MICA, missile air-air emporté par les Rafale, coûte entre 700 000 et 800 000 euros. Un Shahed iranien est estimé entre 50 000 et 60 000 dollars. Employer les premiers pour détruire les seconds revient, au ratio minimal, à dépenser quinze fois la valeur de la cible.

Patrick Pailloux, nommé délégué général pour l'armement en novembre 2025, a reçu pour mandat de bâtir une « DGA de combat » plus agile. Ce rapport de coûts a fixé l'urgence de son chantier.

Fin 2025, la DGA (Direction générale de l'armement) a créé des centres experts référents (CeR), hébergés au sein de ses centres d'ingénierie et d'essais. Leur principe : regrouper en un même lieu des ingénieurs, des acheteurs et des financiers, dotés d'un budget dédié, pour travailler en plateau avec les armées et les industriels.

Des ingénieurs de l'armement ont été projetés jusqu'aux théâtres d'opérations pour assurer sur place la montée en puissance des solutions développées. La plupart des commandes liées aux opérations en cours ont fait l'objet de lettres passées en moins de 48 heures. En 2025, la DGA a enregistré 38 milliards d'euros de commandes, plus du double de 2024, dont 20 milliards à l'export.

Trois semaines pour la L16, dix-huit mois économisés

DGA Essais en vol a intégré sur les Tigre déployés aux Émirats la liaison de données tactiques L16, standard OTAN d'échange d'informations en temps réel entre unités militaires, en moins de trois semaines. Conduite selon un processus industriel classique, la même opération aurait nécessité entre douze et dix-huit mois.

DGA Essais en vol et le centre expert référent de lutte anti-drone (CeRLAD) ont également réalisé en interne et testé avec succès l'intégration du missile air-air Mistral 3 sur le Tigre. Dans sa version actuelle, l'hélicoptère utilise des Mistral 2 pour son autodéfense ; l'upgrade vers le Mistral 3 était prévu pour le futur standard MK3, un programme fragilisé par le retrait de l'Allemagne de la coopération.

Le Mistral 3, développé par MBDA, affiche une portée maximale de 8 000 mètres et un plafond d'interception de 6 000 mètres. Il vole à Mach 2,7 et son autodirecteur infrarouge passif, en mode « tire et oublie », est immunisé aux contre-mesures connues et capable de traiter des cibles à très faible signature thermique. Son taux de succès au premier tir dépasse 96 %, et il ne contient aucun composant américain, ce qui garantit la pleine souveraineté opérationnelle du système.

Les essais ont été étendus à d'autres plateformes. NH90 Caïman armés d'une mitrailleuse de 12,7 mm et Gazelle équipées d'une mitrailleuse de 7,62 mm ont été testés avec succès contre des cibles représentatives de Shahed.

Roquettes laser et drones chasseurs de drones

Les unités de management de la DGA ont lancé les travaux industriels de développement d'une version anti-drone de la roquette guidée laser ACULEUS-LG de 68 mm, produite par TDA Armements, filiale de Thales. Emportée dans des nacelles TELSON 12 JF de douze roquettes chacune, elle pèse 8,8 kilogrammes, atteint des cibles jusqu'à cinq à six kilomètres avec une précision sub-métrique. Données et énergie transitent par induction entre la roquette et le lanceur, sans connexion électrique.

Le 15 avril 2026, Patrick Pailloux a confié à Dassault Aviation l'adaptation de la conduite de tir du Rafale à cette roquette. Des essais en vol sont engagés sur la base d'Istres, avec des premiers tirs prévus avant fin juin 2026. La solution couvre la fenêtre d'interception entre le canon de 30 mm et le missile, à un coût unitaire sans commune mesure avec celui d'un MICA.

Sur le segment des drones intercepteurs, le CeRLAD a organisé en quelques semaines des campagnes d'essais sur les sites de DGA Essais de missiles à Biscarrosse et au Levant, près de Toulon. Trois start-ups françaises ont déjà vu leurs systèmes déployés sur des théâtres d'opérations : Alta Ares avec ses drones X-Lock et Black Bird, dotés de l'algorithme d'intelligence artificielle embarquée Pixel Lock, affiche un taux de destruction annoncé de 70 % sur cibles de type Shahed ; Harmattan AI a engagé son drone GOBI ; Destinus, son drone Hornet.

Le 23 avril 2026, la DGA et l'Agence de l'innovation de défense ont lancé le partenariat ELISA, Équipement Léger d'Interception de Système Autonome, doté de 18,7 millions d'euros pour une première phase impliquant jusqu'à huit industriels.

2030 : Syderal, le laser de puissance commandé en août 2025

En août 2025, six mois avant le déclenchement du conflit au Moyen-Orient, la DGA avait commandé le démonstrateur laser Syderal à un consortium réunissant MBDA, Safran Electronics & Defense, Thales et CILAS. D'une puissance de plusieurs dizaines de kilowatts, ce système est conçu pour neutraliser des drones tactiques, des roquettes, des obus de mortier et des munitions téléopérées. Son déploiement dans les forces est fixé à 2030.

Mistral 3, roquette ACULEUS-LG, drones intercepteurs d'ELISA : ces programmes de cycle court couvrent l'urgence des prochains mois. Syderal couvre la décennie. Patrick Pailloux a pris ses fonctions il y a cinq mois.