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"C'est un revers terrible": Benjamin Netanyahu, grand perdant de l'accord de paix entre l'Iran et les…

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La signature de l’accord entre les États-Unis et l’Iran met à mal la relation entre Donald Trump et Benjamin Netanyahu. En Israël, une grande partie de la société et de la classe politique israélienne perçoit l'accord américano-iranien comme un échec. Le Premier ministre israélien verra son mandat remis en jeu lors des législatives et la perspective d’une fin du conflit n’est pas pour l’arranger.

C’est un accord qui fait grincer des dents… En Israël. Plus particulièrement, chez le Premier ministre Benjamin Netanyahu, qui voit d’un mauvais oeil l’accord de paix entre l’Iran et les États-Unis qui doit être formalisé ce vendredi en Suisse. Un plan qui n’arrange pas l’avenir politique du dirigeant, à quelques mois d’élections législatives dans l’État hébreu.

“L'Iran a gagné. Ses exigences ont été prises en compte et le projet israélo-américain a échoué”, analyse auprès de BFM, Daniel Meier, spécialiste du Moyen-Orient et enseignant à l'Institut d'études politiques de Grenoble. C'est en quelque sorte “l'alalie de l'emprise israélienne sur la politique américaine”, assène-t-il.

“C’est la plus grave crise politique depuis les années 1990” entre les deux pays, affirme à BFM Karim Emile Bitar, chercheur et enseignant à Sciences Po Paris et à l'Université Saint-Joseph à Beyrouth. “Donald Trump a le sentiment de s’être fait berner par Benjamin Netanyahu, qui lui avait vendu cette guerre avec des objectifs irréalistes”.

Un deal “sans les Israéliens”

Cet échec, ajouté à une opinion publique américaine de plus en plus favorable au peuple palestinien – selon un sondage réalisé par Gallup et publié par le Financial Times en février dernier – ont incité le président des États-Unis “non seulement à passer ce deal, mais à le faire sans les Israéliens, qui l’ont très mal pris”, ajoute le chercheur.

Dans la signature de cet accord les États-Unis et Israël ne sont pas sur la même longueur d'onde. En tête de ces points de divergence, le report de la question nucléaire constitue un revers majeur pour l'État hébreu, dont l'influence auprès des États-Unis a pris du plomb dans l'aile. En Israël, une grande partie de la société et de la classe politique israélienne perçoit l'accord américano-iranien comme un échec.

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Dimanche, le Pakistan, négociateur à la manœuvre depuis le début du conflit, annonçait l'imminence d'un accord de cessez-le-feu entre les États-Unis et l'Iran. Ensuite, tout s'est très vite enchaîné.

Lundi, JD Vance annonçait la signature électronique du document, “très général”, d’environ “une page et demie”. Et ce en prévision d'une signature en bonne et due forme du fameux protocole d’accord, vendredi 19 juin en Suisse, au Bürgenstock, près de Lucerne, où se réuniront le négociateur en chef iranien Mohammad Bagher Ghalibaf et le vice-président américain JD Vance, et possiblement Donald Trump.

Les deux camps vont désormais se retrouver directement à la table des négociations pour rentrer dans le détail, et aborder les questions les plus délicates comme le nucléaire iranien ou la levée des sanctions américaines asphyxiant l’économie iranienne. Ils se sont donné deux mois pour parvenir à un accord final.

“L'accord de Trump ne nous lie pas”

Benjamin Netanyahu aura quand même attendu lundi avant de réagir. En colère, le Premier ministre israélien affirme ne pas se sentir concerné par les négociations entre Washington et Téhéran.

“Nous avons établi de larges zones de sécurité autour d’Israël. Nous l’avons fait à Gaza, au Liban et en Syrie”, a-t-il déclaré lors d’une conférence de presse. “Je tiens à le dire clairement: nous resterons dans ces zones de sécurité aussi longtemps qu’il le faudra pour protéger notre pays”.

“L'accord de Trump ne nous lie pas”, a écrit lundi sur les réseaux sociaux Itamar Ben-Gvir, ministre israélien de la Sécurité nationale d'extrême droite.

Mais, outre-Atlantique, Donald Trump a “besoin de cet accord” avec l'Iran, explique Daniel Meier. Le président américain doit se sortir du bourbier iranien. Le document prévoit la fin de la guerre entre Israël et le Hezbollah, mais laisse irrésolues plusieurs questions au Liban, notamment le soutien de Téhéran au groupe armé. Selon Karim Emile Bitar, “la principale pierre d’achoppement” est bien la poursuite par Israël des combats au Liban.

“Si cet accord n’est pas finalisé ce sera probablement parce que Benjamin Netanyahu s’efforcera de le torpiller”, avance-t-il.

Pour Daniel Meier, “ce qu’il se passe au sud du Liban passe sous les radars, et, pour l'instant, rien n'a été dit (dans l'accord, NDLR) sur l'occupation par Israël de cette région”. D'autant que “seul l'Iran” a demandé l'arrêt des frappes au pays du Cèdre, “il faut rester prudent”, tant que les termes de l'accord ne sont pas officiellement publiés, tempère le spécialiste.

Toujours est-il qu’en “bombardant Beyrouth le jour de l’anniversaire de Donald Trump”, le Premier ministre israélien n’arrange pas ses affaires, constate Karim Emile Bitar.

“J’ai eu une excellente relation avec Bibi (Benjamin Netanyahu), mais désormais Bibi doit être plus responsable vis-à-vis du Liban”, a lâché le président américain en réaction aux frappes. D’ailleurs, depuis dimanche, Tsahal continue de frapper le pays du Cèdre, et l’armée iranienne a menacé d’une “réponse sévère” si Israël ne cessait pas “ses agressions”.

Mais pour Benjamin Netanyahu, l’enjeu n’est pas là. En Israël, historiquement, les politiques intérieures et extérieures se confondent. Le diplomate américain “Henry Kissinger disait déjà, il y a 20 ou 30 ans, qu’Israël n'a pas de politique étrangère, seulement une politique intérieure”, rappelle Karim Emile Bitar.

“Il sent que les carottes sont cuites”

Et c’est bien dans son pays que le Premier ministre israélien va devoir faire face à une autre inconnue prochainement. Dans les mois à venir – la date n'est pour l'heure pas arrêtée – Benjamin Netanyahu verra son mandat remis en jeu lors des législatives. “Je vais me présenter aux élections et j'ai l'intention de gagner”, a-t-il annoncé lundi 15 juin au soir lors de sa conférence de presse.

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“Il sent que les carottes sont cuites”, ironise déjà Daniel Meier. Le Premier ministre israélien “va être lâché politiquement, il devra dresser un bilan du désastre”, poursuit le spécialiste. Surtout, “la guerre assure la continuité des affaires de ce Monsieur sécurité”.

“Aujourd’hui, Benjamin Netanyahu est critiqué sur sa droite, par les ministres les plus fanatiques, mais aussi par la coalition centriste, qui souhaite lui succéder, alors que l’échiquier politique israélien de plus en plus à droite”, observe Karim Emile Bitar.

“Lui qui était extrême est devenu mainstream”, résume-t-il. Et en Israël, “il y a des courants plus radicaux que lui qui vont l'inciter à désobéir à Donald Trump”.

“Benjamin Netanyahu paye son hubris”, considère l’historienne spécialiste d’Israël, Frédérique Schillo. Selon elle, le Premier ministre israélien tente de garder la face “en construisant un récit”, victorieux. En réalité, “c’est un revers terrible” auquel ne résistera pas la base solide qu’il détient grâce à son parti le Likoud.

“Cette claque diplomatique va se transformer en claque politique”, prédit l’historienne. Et déjà, dans son propre camp, certains lui tournent le dos, à l’instar de Gadi Eisenkot, son ancien chef d’état-major, qui lui reproche son manque de stratégie, notamment sur le plan militaire.

“Une fuite en avant”

En Israël, pour l’heure, Donald Trump est la proie des médias, nous apprend Frédérique Schillo. “Mais cette rage contre le président américain va se retourner contre Benjamin Netanyahu qui sera sanctionné dans les urnes”, pressent-elle. “Aujourd’hui c’est la coalition de gauche, du centre et du centre droit qui est donnée gagnante”, affirme l’historienne.

In fine, le Premier ministre israélien “a tout intérêt, politiquement, à se lancer dans une fuite en avant, en tenant tête aux États-Unis, rester au Liban, à Gaza et à poursuivre sa politique d’expulsion en Cisjordanie”.

Par ailleurs, Benjamin Netanyahu pourrait, s'il était désavoué par les urnes, être “rattrapé par un certain nombre d'affaires judiciaires”. Le chef du gouvernement israélien est notamment accusé de corruption, de fraude et d'abus de confiance dans le cadre de trois affaires. En cas de “défaite aux élections”, il “sera inquiété par la justice pas seulement pour ses affaires de corruption, mais aussi pour la commission d'enquête du 7-Octobre et la faillite des services de renseignements”, ajoute Karim Emile Bitar.