A24
Pour son rôle principal, le film « Backrooms » peut compter sur la performance captivante de l'acteur Chiwetel Ejiofor.
• Le film, au budget de 10 millions de dollars, a déjà rapporté 250 millions aux États-Unis, devenant le plus grand succès du studio A24.
• Dans une ambiance que ne renierait pas David Lynch, le long-métrage est une expérience quasi-parfaite qui mérite même d'être vue deux fois.
Le succès surprise du film d'horreur Obsession a-t-il pavé la route du box-office mondial pour un nouveau phénomène horrifique en salle cet été ? On en est persuadé après avoir découvert Backrooms, premier film du (très) jeune mais (très) talentueux réalisateur américain Kane Parsons, en salles ce mercredi 17 juin. Il est toutefois impossible d'évoquer en détail ce bijou d'angoisse avec Chiwetel Ejiofor et Renate Reinsve dans les rôles principaux sans une mise en contexte nécessaire sur la genèse de cette œuvre singulière.
En 2022, un adolescent inconnu et apprenti vidéaste se saisit d'une image publiée deux décennies plus tôt dans les tréfonds d'internet et imagine à partir de là un univers entier. Passionnante web-série sous forme d'expérimentation horrifique en 22 épisodes, le projet de Kane « Pixels » Parsons, alors âgé de 16 ans, tape immédiatement dans l'œil des grands studios. Tous se pressent alors pour recruter ce talent brut et capitaliser sur l'intérêt du public pour ces espaces liminaux. Intérêt alors démultiplié par la mise en ligne de la web-série sur Youtube.
En 2026, les backrooms débarquent donc au cinéma sous la houlette de Kane Parsons dans un long-métrage à petit budget mais aux ambitions déroutantes. Le film a d'ailleurs retourné le box-office américain depuis sa sortie le 7 mai. Avec seulement 10 millions de dollars de budget, il en a déjà récolté 250 millions à quelques heures de sa sortie en France. Le film est déjà le plus gros succès de l'histoire du studio A24, devant Marty Supreme, The Drama, l'Oscarisé Everything Everywhere All at Once ou Civil War.
Immersion horrifique inédite
Backrooms, c'est l'histoire de Clark, incarné par Chiwetel Ejiofor, minable gérant d'un magasin de meubles sans clientèle jusqu'au jour où il découvre que son lieu de travail abrite une porte dérobée menant à un mystérieux espace aux airs d'open space vide et labyrinthique. L'architecte raté qui est en lui est immédiatement obsédé par le lieu et décide de l'explorer pour en comprendre le fonctionnement et l'origine, au point de s'y perdre. En parallèle, sa thérapeute Mary, incarnée par la brillante actrice norvégienne Renate Reinsve, part à sa recherche.
À partir des légendes urbaines entourant ces espaces abandonnés qui questionnent les limites de la réalité et fascinent internet depuis cette fameuse photo prise en 2002 et postée en 2019 sur 4chan, le film propose une expérience horrifique immersive sans commune mesure. Ici, pas de jump scares à la pelle (qui font le succès des franchises Conjuring ou Insidious) ni de subterfuges artificiels du cinéma d'horreur pour vous faire sursauter. Dans Backrooms, tout est une question d'ambiance lancinante, d'atmosphère anxiogène et de décors vertigineux − qui n'auraient d'ailleurs pas déplu à David Lynch.
Bill Magritz
Cette image (bien réelle) qui a donné naissance aux légendes et creepy pastas autour des backrooms a été subtilement intégré dans le film, sans que cela soit surligné dans la mise en scène.
Construit comme une lente exploration de l'espace surréaliste dans lequel Chiwetel Ejiofor enquête, expérimente et découvre, le film comporte une première heure absolument parfaite où Clark s'enfonce inexorablement dans des décors de plus en plus dérangeants. Les aberrations visuelles et architecturales (tout simplement bluffantes) s'enchaînent alors, jusqu'à ce que le personnage prenne conscience d'une réalité plus effrayante encore. Il n'est clairement pas la seule présence dans cet espace sans fin et sans fond.
On vous garantit que certaines images du film (presque parfait sur le plan formel) reviendront vous hanter dans votre quotidien, longtemps après la séance. Backrooms n'est toutefois pas exempt de défauts. On regrette surtout un dernier tiers qui surexplicite beaucoup trop, quitte à trahir la nature mystérieuse de son concept. Un défaut qui, en fin de compte, n'en est pas un quand on sait que Kane Parsons n'a que 21 ans et débute à peine sa carrière. D'autant qu'il relève le pari osé d'ouvrir les portes des backrooms au grand public, l'obligeant forcément à rendre le concept accessible.
Deuxième visionnage fortement recommandé
Travaillant avec soin les différentes couches de backrooms − et leurs esthétiques propres − Kane Parsons apporte un vernis de réalisme supplémentaire à cette simple creepy pasta en refusant de recourir au tout numérique pour ses décors. Fidèle à ses premiers amours, le film du jeune cinéaste revient aussi très vite au genre du found footage qui avait fait le succès de sa série sur Youtube pour ajouter à l'immersion et ainsi réduire l'horreur à l'essentiel : une vue à la première personne, une respiration haletante et une angoisse à chaque croisement de ces interminables couloirs recouverts de la même tapisserie jaune et délavée.
A24
Le film bénéficie également de la présence de l'excellente actrice Renate Reinsve, qui s'essaye pour la première fois au cinéma d'horreur dans sa carrière.
En creux, Backrooms ne parle que de mémoire individuelle et collective, du souvenir de ces lieux qui ont traversé nos vies avant de lentement devenir des images déformées par notre cerveau. Le film explore aussi la question du traumatisme, de l'illusion et de l'auto-persuasion. Avec la mission de brouiller les pistes entre réalité et fiction. On peut d'ailleurs vous promettre qu'un deuxième visionnage ne sera pas de trop pour appréhender le film dans son intégralité et pour en saisir les multiples niveaux de lecture.
En résumé, Backrooms est un petit chef-d'œuvre, bourré de modestie dans ses effets toujours à contre-courant du tout-venant horrifique. L'existence de ce film, qui tient en un peu moins de deux heures, relève même du miracle avec un budget si ridicule. Le résultat est pourtant là , sous nos yeux, créatif, palpable et foisonnant à la fois. En plus d'être particulièrement claustrophobique et cauchemardesque.






