À un mois de la célébration du 250ᵉ anniversaire des États-Unis, la capitale du pays est sens dessus dessous.
Je parle là des lieux au cœur des pèlerinages que font chaque année des millions d'Américains à Washington, en particulier la Maison-Blanche. Son parc, autrefois verdoyant, est toujours en chantier, avec des palissades qui ne masquent qu'en partie la grande cicatrice laissée par ce qu'était l'aile est (East Wing) et le jardin Jacqueline-Kennedy. Des grues tournoient là où ont été abattus des arbres pour construire la salle de bal voulue par le président Trump, malgré les décisions de justice [dont l'effet a été suspendu par une cour d'appel] et l'opposition massive de l'opinion publique à ce projet.
En lieu et place de la pelouse sud (South Lawn) se dresse désormais une arène qui fait penser à un gigantesque chapiteau de cirque ; elle est destinée à accueillir les combats en cage de l'UFC (Ultimate Fighting Championship), qui se dérouleront devant un public de plusieurs milliers de personnes triées sur le volet par Trump. Oui, des combats en cage – non pas pour marquer l'anniversaire du pays, mais les 80 ans du président, le 14 juin. Car tout tourne autour de Trump.
“Jardin des hérosâ€
Non loin de là , la Reflecting Pool, ce miroir d'eau qui s'étend du Lincoln Memorial au mémorial de la Seconde Guerre mondiale et au Washington Monument, est à sec. Plus d'eau dans le bassin, mais des équipes en train de peindre son fond du même bleu que celui du drapeau américain, un autre projet de prestige de Trump, qui dépasse le budget initial de plusieurs millions de dollars et qui ne sera pas livré dans les temps.
De l'autre côté de l'Independence Avenue, les parcs près des mémoriaux Martin-Luther-King et Thomas-Jefferson sont également entourés de palissades qui masquent des ouvrages construits dans le cadre de la création du “Jardin national des héros américainsâ€. Une initiative de Trump menée sans autorisation, à la légalité douteuse, destinée à accueillir 250 statues de personnalités aussi diverses que [l'homme politique] John Adams ou [le basketteur] Kobe Bryant. Autre spectacle consternant : les troupes de la Garde nationale [mobilisée depuis août dernier] continuent inutilement d'effectuer des patrouilles dans les environs.
Sur le Memorial Bridge, qui enjambe le fleuve Potomac, quatre statues équestres en bronze sont en train d'être recouvertes de feuilles d'or 24 carats, pour un coût de 5 millions de dollars. Mais il y a pire encore.
Depuis près d'un siècle, ce pont offre l'un des plus beaux points de vue de Washington, un panorama ininterrompu qui s'étend du Lincoln Memorial, du côté de Washington, jusqu'au cimetière national d'Arlington et à son manoir historique Custis-Lee, perché au sommet d'une colline, du côté de la Virginie. Chaque fois que j'y passe en voiture, je suis émerveillée. Mais pour Trump, ce n'est qu'un lieu qui doit servir sa propre gloire. Là encore sans tenir compte des recours en justice intentés par d'anciens combattants et des démocrates, des travaux sont en cours sur un petit rond-point à l'extrémité du pont pour ériger un immense arc de triomphe de 76 mètres de haut qui “me sera dédiéâ€, a annoncé Trump.
Quel succès triomphal peut bien justifier un tel hommage ? Sûrement pas la guerre en Iran…
Message d'adulation
Les touristes qui remontent la Pennsylvania Avenue en direction du Capitole peuvent apercevoir des bannières géantes à l'effigie de Trump accrochées aux bâtiments des ministères du Travail, de l'Agriculture et même, le comble, à la façade du ministère de la Justice. Ils passent ensuite devant l'US Mint, l'administration qui frappe la monnaie des États-Unis ; elle a été chargée récemment de concevoir un billet de 250 dollars et une pièce de 1 dollar affichant la photo judiciaire de Donald Trump.
Les bannières, la monnaie et tout le reste sont autant d'éléments qui véhiculent un message d'adulation pas vraiment en adéquation avec un peuple qui a exprimé son refus d'une monarchie et sa préférence pour la création d'une république démocratique par la Déclaration d'indépendance il y a deux cent cinquante ans.
L'habitude veut que le printemps à Washington soit la pleine saison pour les voyages scolaires. Cette semaine, j'ai donc vu des dizaines d'autocars déverser leur flot d'élèves dans la capitale. Beaucoup d'enfants étaient vêtus des mêmes tee-shirts mettant en valeur leurs écoles et leurs villes natales loin de là . Je n'ai pu m'empêcher de me sentir désolée pour ces jeunes qui font aujourd'hui le tour des monuments de Washington, au cours de ce qui sera peut-être la seule visite de la capitale de leur vie.
Une métaphore
Pourtant, ce 250ᵉ anniversaire pourrait se révéler très instructif, pour tous les Américains.
En effet, les blessures de la capitale sont une métaphore des penchants destructeurs et antidémocratiques de Trump. Il monte dans son coin des projets, en imagine les détails, choisit ensuite les architectes, les entrepreneurs et même les matériaux, en attribuant les contrats de manière opaque, sans aucun appel d'offres. Tout cela sans consulter le Congrès ni respecter le pouvoir que lui confère la Constitution en matière budgétaire, sauf lorsqu'il a besoin de davantage d'argent, comme pour la salle de bal qui devait – avait-il dit au départ – ne pas coûter un centime aux contribuables.
Il y a cinquante ans, les cérémonies du bicentenaire du 4 juillet avaient eu un écho d'autant plus grand qu'elles s'étaient déroulées peu après le scandale du Watergate. “Le système a bien fonctionnéâ€, entendait-on souvent dire à l'époque. Mais aujourd'hui, le système n'a pas fonctionné pour empêcher Trump d'exercer son règne au mépris des lois ; au contraire, le Congrès et la Cour suprême facilitent ces pratiques.
Pourtant, à point nommé pour ce 250ᵉ anniversaire, des signes indiquent que le système fonctionne bel et bien, mais de bas en haut : les électeurs font montre d'un “esprit de 26†[en référence au fameux “esprit de 76†qui aurait présidé à la Révolution américaine] contre le pire président, le plus monarchique de l'histoire des États-Unis.
Un “roi†peu en phase avec la population
Donald Trump a choisi de jouer le roi dans sa cour de la controverse, où il divise au lieu d'instaurer l'union nécessaire.
Compte tenu des circonstances, sept des neuf artistes pressentis ont annulé leur participation aux festivités prévues par Trump dans le parc du National Mall, du 25 juin au 10 juillet. Le président menace désormais d'y organiser à la place un rassemblement Maga pour célébrer l'événement, incapable qu'il est de prendre le pouls de la population et de lire les sondages catastrophiques.




