Alors que l'administration Trump engage le démantèlement d'un important réseau américain de surveillance océanique, l'Union européenne renforce ses ambitions. Entre le lancement d'OceanEye et le rapprochement entre Mercator Ocean International et la COI-Unesco, Bruxelles entend faire de l'observation des océans un levier de souveraineté scientifique, économique et stratégique.
Rarement le contraste aura été aussi saisissant entre la vision des États-Unis et celle de l'Europe. D'un côté, l'administration Trump sape sciemment son écosystème scientifique en coupant des subventions fédérales ou en démantelant des programmes efficaces ; de l'autre, l'Europe veut accélérer, autant pour des questions de souveraineté que de contribution à la compréhension du monde. Cette divergence se voit aujourd'hui avec les océans.
900 capteurs océaniques débranchés
Le 21 mai, l'administration américaine a annoncé le démantèlement progressif d'une partie de l'Ocean Observatories Initiative (OOI), l'un des principaux réseaux d'observation scientifique des océans. Environ 900 instruments, capteurs et bouées déployés dans l'Atlantique et le Pacifique doivent être retirés au cours des quinze prochains mois. Les opérations ont déjà commencé. Les zones concernées s'étendent des côtes de l'Oregon, de Washington, de l'Alaska et de la Caroline du Nord jusqu'aux abords de l'Islande et du Groenland.
Cette décision s'inscrit dans une série de mesures prises depuis le retour de Donald Trump à la Maison-Blanche. La National Science Foundation (NSF), principal financeur du dispositif, a été réorganisée dans un contexte de réduction budgétaire. En avril, les vingt-deux membres du National Science Board, chargé notamment de garantir l'indépendance de la NSF, avaient déjà été écartés.
L'Europe accélère avec OceanEye
Pour les scientifiques, l'enjeu dépasse largement le sort d'un programme de recherche. Les données collectées par ces réseaux permettent de suivre l'évolution des températures océaniques, les courants, les échanges entre l'océan et l'atmosphère ou encore certains effets du changement climatique. Leur interruption fragilise un système mondial d'observation déjà confronté à des besoins croissants en données.
Au même moment, l'Europe affiche une trajectoire exactement inverse. Lors de la Digital Ocean Week, institutions européennes, États membres et acteurs du secteur maritime et spatial se sont réunis pour lancer la phase opérationnelle d'OceanEye, l'initiative présentée par la Commission européenne comme la pierre angulaire de sa stratégie d'observation des océans.
Faire de l'Union européenne le leader mondial de l'intelligence océanique
Dotée d'un investissement initial de 50 millions d'euros, OceanEye vise à renforcer le Système mondial d'observation de l'océan (GOOS), coordonné par la Commission océanographique intergouvernementale de l'UNESCO. L'ambition affichée est considérable : faire de l'Union européenne le leader mondial de l'intelligence océanique à l'horizon 2035, en contribuant à hauteur de 35 % du système mondial d'observation et en sécurisant 35 % du marché des technologies d'observation océanique.

Dans cette stratégie, Mercator Ocean International, dont le siège est à Toulouse, occupe une place centrale. L'organisation, qui opère déjà le service marin du programme Copernicus et participe au développement du Jumeau numérique européen de l'océan, a signé un accord de coopération avec la COI-UNESCO. L'objectif est de renforcer le GOOS, d'identifier ses lacunes et de mieux coordonner les investissements nécessaires à son développement.
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Au-delà du simple partage de données, l'accord vise à mieux articuler les observations réalisées depuis l'espace, grâce aux satellites européens, avec les informations recueillies en mer par les flotteurs, bouées, drones et autres capteurs. L'enjeu est de produire une information plus complète, plus rapide et plus utile pour la recherche, la prévision météorologique, la sécurité maritime ou encore les politiques publiques.
Soutenir l'innovation européenne dans les technologies océaniques
Cette dynamique s'inscrit dans une vision plus large portée par Bruxelles. OceanEye doit soutenir l'innovation européenne dans les technologies océaniques, renforcer l'autonomie stratégique du continent et consolider une économie bleue qui représente déjà près de cinq millions d'emplois dans l'Union. La Commission souhaite également faire émerger un système européen d'observation des océans pleinement opérationnel d'ici 2030.
Alors que les États-Unis réduisent une partie de leurs capacités d'observation, l'Europe fait donc le pari inverse : investir davantage dans la connaissance de l'océan pour mieux comprendre le climat, protéger les écosystèmes marins et renforcer sa souveraineté technologique. Une divergence de trajectoire qui pourrait peser durablement sur l'équilibre mondial de la recherche océanographique.




