Pour choisir son nouveau chef du renseignement américain intérimaire, Donald Trump a préféré la fidélité à l'expérience. Le droit américain demande pourtant que ce poste, créé après les attentats du 11 septembre 2001 et parmi les plus stratégiques de l'appareil sécuritaire américain, soit occupé par une personne dotée d'une « connaissance approfondie des questions de sécurité nationale ». Un bagage que ne possède pas Bill Pulte.
L'homme d'affaires de 38 ans a été désigné mardi 2 juin par le président des États-Unis pour superviser les agences de renseignement américaines, de la CIA à la NSA. Il remplace à ce poste Tulsi Gabbard, elle-même décriée lors de sa nomination pour ses positions prorusses, qui a annoncé sa démission le 22 mai dernier.
Celui dont Donald Trump dit qu'il dispose d'une « profonde expérience dans la gestion de sujets sensibles aux États-Unis » est héritier d'une famille qui a fait fortune dans l'immobilier, et entrepreneur lui-même. Depuis mars 2025, il est également à la tête de l'Agence fédérale de financement du logement, chargée notamment de superviser les géants du crédit immobilier Fannie Mae et Freddie Mac.
« Trump récompense son larbin »
Une position qu'il conservera parallèlement à ses nouvelles fonctions, et dans laquelle il s'est fait remarquer pour son zèle à participer aux poursuites judiciaires engagées contre des adversaires politiques du président américain. Parmi eux figure la procureure générale de l'État de New York, Letitia James, mais aussi Lisa Cook, gouverneure de la Réserve fédérale, ou le sénateur démocrate Adam Schiff. Il a aussi particulièrement ciblé le président de la Réserve fédérale (Fed), Jerome Powell, lui reprochant de ne pas avoir abaissé les taux d'intérêt directeurs aussi rapidement que le souhaitait Donald Trump.
Véritable activiste du mouvement Maga depuis 2024, il a notamment arrosé de dons son comité national ainsi que la campagne présidentielle de Donald Trump. Sur X, le vice-président J. D. Vance a évoqué « un gars super qui sait que la bureaucratie dans la communauté du renseignement doit répondre aux responsables élus (plutôt que l'inverse) ».
La question de son incompétence en matière de sécurité, posée à plusieurs reprises à Mehmet Oz – responsable de programmes fédéraux de santé et choisi par la Maison-Blanche pour mener mardi le traditionnel point presse – n'a pas trouvé de réponse auprès de lui. « Bill est un type super », s'est-il contenté de commenter.
Dans l'opposition démocrate, en revanche, la nouvelle a fait grincer des dents. « Trump récompense son larbin (…) en le faisant chef de notre communauté du renseignement. Qu'est-ce qui pourrait mal se passer ? », a ironisé sur X la sénatrice démocrate Elizabeth Warren. Pour Chuck Schumer, chef de la minorité démocrate au Sénat, « un type qui peut engager des poursuites politiques, scandaleuses et sans fondement contre des élus qu'il n'aime pas ne peut pas se voir confier la tâche de protéger notre sécurité nationale ».
Un intérim de 210 jours maximum
Mark Warner, principal membre démocrate de la commission sur le renseignement au Sénat, pointe quant à lui le choix du président de nommer « un responsable qui a prouvé non seulement sa volonté mais aussi son empressement à utiliser l'autorité du gouvernement pour mener des représailles politiques ».
À ce stade, Bill Pulte est nommé directeur par intérim – « acting director » – jusqu'à la désignation formelle d'un nouveau titulaire ou jusqu'à ce qu'il soit lui-même nommé de manière définitive. Cela exigerait toutefois un feu vert du Sénat, loin d'être gagné d'avance. Cet intérim ne peut excéder 210 jours. En attendant, à compter du départ effectif de Tulsi Gabbard, c'est à lui que reviendra la charge de mettre en œuvre la politique de la Maison-Blanche auprès des agences de renseignements, ainsi que de conseiller le président Donald Trump.






