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Cannes seen from above

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Je suis arrivée samedi, et dans l'avion qui m'emmenait à l'aéroport de Nice, le steward a conclu ses recommandations de sécurité par la consigne suivante, (je crois bien que je ne l'avais jamais entendue) : “s'il vous plaît ne faites pas de photos ou de vidéos des autres passagers”, avant même de songer qu'il y eût pu y avoir une star à bord – c'est vous dire combien mon intérêt pour le septième art est purement intellectuel. J’ai immédiatement pensé à ce que c'est que filmer Cannes, à ce que c'est que des films sur Cannes. Deux exemples me sont venus en tête : Hong Sang-soo filmant pendant le festival, et évidemment , des Nuls – personne n'a pour autant annoncé à l’atterrissage : “Aréoport de Nice, Aréoport de Nice, deux minutes d'arrêtâ€. Dommage.N'étant pas logée au Carlton, je n'ai croisé aucun des acteurs qui tournent en ce moment à Cannes, précisément une nouvelle saison de la série White Lotus, cette fiction satirique sur les ultra-riches. Il semble d'ailleurs que les stars américaines soient assez absentes des tapis rouges cette année, en raison de l’absence remarquée des studios hollywoodiens, qui tendent désormais à bouder la compétition cannoise pour être mieux accueillis dans d'autres festivals.On attendait d'autant plus le film de projeté samedi soir, mais en l’absence de celle qui était sans doute sa plus traditionnelle étoile, – Scarlett Johansson qui n'a même pas répondu au coup de fil que le réalisateur a essayé de passer pendant les quelques minutes d'ovation à l'issue de la projection. James Grey, plutôt mal aimé de la Croisette et qui part régulièrement sans rien, livre avec Paper Tigers un bon film, dans lequel il repasse sur ses fondamentaux : Brooklyn, la mafia russe, la police corrompue et le drame familial. C'est comme si James Gray faisait un film sur son propre cinéma : une tendance très largement constatée cette année.

J’y reviendrai sans doute un peu toute la semaine, tant c'est frappant : un film sur une réalisatrice de films d'horreur, un autre, celui de qui rejoue en quelque sorte Fenêtre sur cour, avec une écrivaine voyeuse interprétée par Isabelle Huppert, et puis ce goût pour les réalisateurs étrangers de faire jouer des comédiens français pour ce qu'ils représentent, semble-t-il – dans Moulin, de , montré hier soir.Ce qui est troublant surtout, c'est la convergence de deux films en compétition ces jours-ci et qui sortent cette semaine partout en salles. Des films des Espagnols et , qui racontent tous les deux l'histoire d'un cinéaste en train de créer. Dans Autofiction, le premier met en scène un de ses avatars qui s'inspire de son assistante pour écrire un film sur une cinéaste en pleine écriture, et dans L'être aimé, Sorogoyen qu'on connaît désormais bien en France pour sa série raconte le tournage d'un film d'époque dans lequel un cinéaste très reconnu, interprété par Javier Bardem fait jouer sa fille.Je suis en général méfiante des films qui s’autoréférencent dans des structures parfois artificielles et mortifères – typiquement, beaucoup d'opus hollywoodiens franchisés. En l'occurrence voici deux films en compétition, dont je pense qu'ils pourraient sérieusement repartir avec une Palme d'or, et qui travaillent le cinéma sur le cinéma en produisant autre chose que de la connivence, du faux relief, ou une réflexion un peu pauvre sur l'inspiration. C'est du méta exaltant, en quelque sorte – ce qui ne fait pas de mal alors que Canal+ a annoncé hier son intention de boycotter les signataires d'une tribune anti-Bolloré, accentuant une inquiétude diffuse, en cette édition préélections.Et à propos d'exaltation, tandis que je survolais la Côte d'Azur, j'ai repéré depuis mon hublot un massif de roches rouges, le titre d'un film de , qui sera montré cette semaine à la Quinzaine des cinéastes : tourné à quelques encablures de Cannes, avec de très jeunes enfants comme livrés à eux-même, et qui rejouent une sorte de West Side Story étrange et caniculaire. Peut-être qu'il est se cache là cette année, le film le plus méta et le plus cannois : hors cadre et affranchi.