
Par Christophe Giltay
Le soccer féminin connaît un essor spectaculaire aux États-Unis, porté par des investissements massifs, une législation favorable et des audiences en constante progression depuis les années 70.
J'ai commencé moi-même à m'intéresser au soccer féminin à l'occasion de l'élection de Bill Clinton à la présidence des États-Unis en 1993. Dans sa biographie, il était indiqué que sa fille Chelsea jouait au soccer, le nom que les Américains donnent au football européen. À l'époque, quelques articles nous apprenaient que Chelsea pratiquait ce sport très populaire chez les filles. Une curiosité car aux States, les hommes, les vrais, ils jouaient au football américain, au baseball et au basket. Ils avaient laissé le soccer au sexe faible.
Sauf que dans ce sport, il s'est révélé tout sauf faible. Lors de la coupe du monde féminine de 1999, les Américaines se sont imposées face à la Chine au tir au but devant plus de 90 000 spectateurs au Rose Bowl de Pasadena, Californie. En tout, elles ont gagné 4 titres mondiaux et 5 médailles d'or aux Jeux Olympiques. Après leur victoire lors du Mondial féminin en France en 2019, leur meilleure joueuse et co-capitaine Megan Rapinoe a décroché le ballon d'or.
Un envol qui date des années 70
En fait, le soccer féminin doit son succès aux luttes féministes des années 60-70. En 1972, le Congrès a approuvé une loi, Title IX, combattant la discrimination des femmes et des filles dans les établissements d'enseignement financés par le gouvernement fédéral. Or, aux Etats-Unis, le sport joue un rôle très important dans les écoles et les universités. Et progressivement, on a commencé à voir sur les campus des investissements dans la création et le développement d'équipes et même dans la commercialisation et la vente de droits médiatiques. Et c'est le soccer qui en a profité.
Avant la loi, en 1971, on dénombrait seulement 313 joueuses pour 13 équipes universitaires. En 2024, près de 30 000 étudiantes jouaient au soccer dans leurs universités. Dans les établissements secondaires, c'est encore plus important, de l'ordre de 400 000 pratiquantes. Souvent, les supportrices dans les stades sont des femmes de la trentaine qui ont appris à jouer au lycée. Alors bien sûr, on est aux Etats-Unis avec tout le folklore. À la mi-temps, il y a des pom-pom girls. Mais dans les tribunes, on ne se bagarre pas et l'on consomme plus de crème solaire que de bière.
Et les hommes ?
Pour l'instant, il y a toujours plus de spectateurs pour le soccer masculin que pour le féminin. Environ 16 000 spectateurs par match pour les équipes féminines, contre 25 000 pour les équipes masculines. Ça tient surtout au public originaire d'Amérique du Sud, où le football est une religion. Mais l'audience ne cesse de s'étendre, d'autant qu'il y a de plus en plus de vedettes médiatisées. Surtout depuis le conflit social mené par les joueuses en 2022, qui a abouti à une égalité de salaire entre les deux sexes. Car comme le dit Philippe, un garçon membre d'un club de supportrices, ce succès c'est logique. On a une équipe nationale féminine qui est bonne depuis des décennies, et en face, une équipe masculine qui ne l'a jamais été
États-Unis





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