Du côté du détroit d'Ormuz, la marine américaine croise encore le fer avec les Gardiens de la révolution iraniens, mais de manière sporadique. La guerre avec l'Iran pourrait redémarrer, mais les pays de la région font pression pour que cela ne se produise pas. Dans le fond, chacun souhaite parvenir à un accord et à une paix durable. Pendant ce temps, à l'autre bout de la planète, dans la mer des Caraïbes, un tout autre scénario se met en place.
Le Pentagone se prépare depuis des mois à la possibilité d'envahir Cuba. C'est Donald Trump lui-même qui a évoqué cette option, constatant que le blocus économique et les diverses pressions politiques ont échoué jusqu'ici à opérer un changement de régime dans l'île. La population, bien que ruinée par six décennies de dictature castriste, est attachée au caractère irrédentiste de son île et, par-delà la misère, la posture de défi face aux « Yankees » reste populaire. Si une large partie de la jeunesse méprise les icônes de la révolution, percevant par exemple Che Guevara comme un raciste, homophobe et assassin, elle ne porte pas non plus dans son cœur les Cubains de l'exil vivant à Miami. Fidel Castro reste populaire dans la frange la plus âgée de la population. En réalité, l'ensemble de la population reconnaît qu'il faudrait des réformes. L'île manque de tout, sans qu'on sache si cela tient au blocus maritime imposé par les États-Unis ou à la gestion calamiteuse des comptes publics, fruit d'une gouvernance sous la bannière de la corruption et du clientélisme.
Avec la guerre en Iran qui se prolonge, un cessez-le-feu précaire et des négociations qui n'ont pas démarré, l'administration Trump se retrouve face à un problème de taille : comment redonner confiance aux électeurs qui ont porté Donald Trump au pouvoir ? Un des piliers de Maga était précisément de mettre un terme aux aventures militaires coûteuses pour faire éclore un nouvel ordre mondial autour de plusieurs pôles. En lieu et place de ces promesses, Trump a entraîné son pays dans une nouvelle guerre au Moyen-Orient qui, bien plus que les précédentes, a des conséquences sur l'économie mondiale avec la fermeture du détroit d'Ormuz. Et les élections de mi-mandat arrivent à grands pas. Donald Trump a beau dire que le fait qu'il les gagne ou qu'il les perde n'exerce aucune influence sur son attitude vis-à -vis de l'Iran, il se dit en coulisses qu'offrir aux Américains une victoire contribuerait grandement à redorer son blason.
Une invasion terrestre de l'île a même été envisagée
Pour ça, quoi de mieux que de rallumer la vieille flamme de l'anticommunisme, la grande peur des années de guerre froide ? Justement, il y a un objectif facile, une petite île d'irréductibles guerriers rouges qui résistent depuis 67 ans aux légions américaines. Cette île, c'est Cuba. Elle est toujours communiste. Ses guerriers n'ont plus tout à fait le lustre d'antan, mais leur légende continue d'alimenter mouvements révolutionnaires et vieilles guérillas de par le monde. En plus, Cuba va mal. Ses habitants supportent de moins en moins bien les privations. On se dit qu'ils ont droit à la liberté. C'est du moins ce qu'exprime un de leurs descendants, Marco Rubio, le secrétaire d'État des États-Unis.
Après les frictions de l'époque castriste, ces exilés qui rejoignaient les côtes de Floride dans les embarcations de fortune, ou l'affaire Elian Gonzalez, cet enfant emmené aux États-Unis par sa mère et qu'on avait fini par remettre à son père, Cuba était retombé dans l'oubli de son voisin envahissant. L'île ne sortait plus de sa torpeur médiatique que dans la rubrique tourisme, un des rares domaines à offrir au régime une solide source de financement. Alors que Trump s'y était peu intéressé lors de son premier mandat, l'annonce, le 26 janvier dernier, de sa nouvelle « stratégie de défense nationale » est venue rebattre les cartes diplomatiques dans la sphère d'influence américaine. Cette nouvelle doctrine Monroe, surnommée « Donroe » car on y sent l'empreinte de Trump, entend mettre au pas le Nouveau Monde, jusqu'au Groenland où le président américain n'a pas lâché l'affaire.
Pour Cuba, tout est désormais en ordre. Le 15 mai, l'île a reçu une visite courtoise du patron de la CIA, John Ratcliffe. Les autorités cubaines ont précisé que la rencontre devait permettre de « contribuer au dialogue politique entre les deux nations ». Mais est-ce le rôle du chef de la CIA que de représenter les États-Unis dans le cadre d'un dialogue bilatéral ? D'autant que pendant ce temps, l'arsenal militaire se mettait en place autour de Cuba. Il existe aujourd'hui plusieurs options qui vont de la capture des dirigeants de La Havane, sur le modèle Nicolas Maduro, à une série de frappes de précision. La communication de guerre se met en place également et, avec elle, l'inévitable mention de la menace que représenterait Cuba pour les États-Unis. C'est Marco Rubio qui se charge de cette partie, en annonçant : « Avoir un État défaillant à 90 miles de nos côtes est une menace pour la sécurité nationale des États-Unis. »
Le directeur de la CIA John Ratcliffe (à g.) a rencontré le petit-fils de Raul Castro à La Havane, le 14 mai. © SIPA
L'armada constituée dans la mer des Caraïbes est légèrement plus petite qu'en janvier lorsque les États-Unis ont capturé Maduro. Elle est réunie autour du porte-avions USS Nimitz et de plusieurs destroyers porteurs de missiles guidés et de croiseurs qui peuvent lancer des missiles de précision sur des cibles à terre. Un éventail de drones et d'avions de surveillance de pointe font aussi le tour de Cuba depuis des mois, selon les sites de suivi des vols.Â
Les navires amphibies et escortes comme l'USS Kearsarge, transportant 2 500 Marines, se préparent au large de la Virginie pour un nouveau déploiement après celui en mer d'Oman en mars et en avril. Une invasion terrestre a même été envisagée. Le souvenir du fiasco du débarquement de la baie des Cochons en avril 1961 est sans doute encore dans les têtes de l'état-major américain, avec très certainement un sentiment de revanche à prendre face à l'humiliation que les barbudos de Castro avaient jadis fait subir à l'Amérique. Le Cuba d'aujourd'hui est sans aucun doute beaucoup moins bien armé et motivé qu'autrefois pour faire face à une invasion de son territoire. La décision finale revient à Donald Trump.





