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Olivier Babeau : Sil ne se réforme pas, le football français est condamné au déclassement

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FIGAROVOX/TRIBUNE – Déjà adoptée au Sénat en 2025, une proposition de loi visant à réformer le sport professionnel français va être examinée par l'Assemblée nationale le 29 juin. Face à la chute des droits télé, le football français doit impérativement repenser son modèle, estime le président de l'Institut Sapiens.

Olivier Babeau est président de l'Institut Sapiens .


Le football professionnel français aimait se penser comme un modèle à part : formateur, relativement vertueux, capable de rivaliser avec les grandes ligues sans en épouser toutes les dérives. Cette singularité relève désormais du récit plus que de la réalité.

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Le diagnostic est clair : le modèle économique du football français est entré dans une phase de fragilité structurelle. La chute des droits audiovisuels, qui en constituaient le socle, en est le révélateur. Ce qui pouvait apparaître comme une turbulence conjoncturelle traduit en réalité un décrochage durable dans la hiérarchie européenne.

Car le football n'est pas une industrie ordinaire. Il combine des logiques contradictoires : locale et mondiale, productive et spéculative, sportive et financière. Or, c'est précisément cet équilibre instable qui se fissure aujourd'hui.

Le modèle français reposait sur un compromis implicite : des revenus audiovisuels solides, une formation performante et une certaine discipline économique. Ce triptyque est désormais fragilisé. La contraction des droits TV met à nu une dépendance excessive à une ressource volatile. Dans le même temps, l'ouverture accrue aux capitaux internationaux accentue les écarts entre les clubs, opposant des structures capables d'absorber les pertes à d'autres contraintes à l'équilibre immédiat.

Ce déséquilibre nourrit un phénomène classique de divergence : les plus puissants consolident leur avance, les autres s'ajustent en permanence. Le recours croissant aux transferts comme variable d'équilibre en est l'illustration. Vendre ses meilleurs joueurs pour compenser des déficits d'exploitation ne constitue pas un modèle, mais une stratégie de court terme.

Le football français a voulu s'insérer dans la mondialisation du sport sans en assumer pleinement les règles

Le problème est plus profond. Le football français a voulu s'insérer dans la mondialisation du sport sans en assumer pleinement les règles. Or la compétition ne se joue plus seulement sur le terrain, mais sur les marchés de capitaux, les droits de diffusion et la capacité à capter une audience globale. En Europe, le football français est au milieu du gué, coincé entre des ligues étrangères surcapitalisées et des marchés domestiques atones. Le déclassement n'est donc pas accidentel, il est structurel.

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Pour autant, réduire le football à ses déséquilibres financiers serait une erreur. Il demeure un acteur économique territorial majeur. Derrière chaque club, il y a des emplois, des prestataires, des flux économiques. Par nature non délocalisable, le football irrigue les territoires et contribue à leur attractivité. C'est ce qui rend sa fragilisation d'autant plus préoccupante.

Nous faisons ainsi face à une contradiction : un secteur économiquement puissant, mais structurellement instable. Ce paradoxe révèle un défaut d'architecture. La question n'est plus de savoir s'il faut réformer, mais comment. Stabiliser les revenus audiovisuels, mieux répartir la valeur, sécuriser les infrastructures ou renforcer la formation sont des pistes nécessaires. Mais elles resteront insuffisantes sans clarification stratégique.

Le football français doit choisir. Soit il assume pleinement son intégration dans une industrie mondiale du divertissement, avec les exigences de compétitivité et de capitalisation que cela suppose. Cela signifie la disparition pure et simple des petits clubs qui ne pourront pas survivre. Seuls les gros clubs résisteront. Soit le football français revendique un modèle plus régulé, fondé sur son ancrage territorial et sa fonction sociale. Cela permettra de maintenir un championnat national dynamique avec 18 clubs couvrant et alimentant l'intégralité du territoire. Mais le football français ne peut plus durablement osciller entre ces deux logiques.

C'est dans cet entre-deux que se loge aujourd'hui sa fragilité. Et peut-être aussi, si rien ne change, son déclassement. Le sujet doit désormais être traité sérieusement. La proposition de loi régulant le secteur du football professionnel qui arrive le 29 juin prochain à l'Assemblée Nationale est une occasion à ne pas louper.