Ils sont déjà trois à avoir bénéficié d’une seconde chance, cette année, dans le tableau masculin. Le dernier en lice, le Néerlandais Jesper de Jong, s’est imposé lors de son premier tour, lundi, face à Stan Wawrinka.
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Des heures à attendre un coup de fil qui ne viendra peut-être jamais. C’est ce que vivent la plupart des meilleurs joueurs éliminés au dernier tour des qualifications, à Roland-Garros, dans l’espoir de devenir des “lucky-losers”. Comprenez par-là “perdants chanceux”, ou “repêchés” dans le grand tableau.
Ils se comptent pour l’instant sur les doigts d’une main, cette année, porte d’Auteuil. Si le Hongkongais Coleman Wong (109e) et le Lituanien Vilius Gaubas (133e) se sont tous les deux inclinés au premier tour du tableau principal après leur repêchage, le Néerlandais Jesper de Jong (106e) a, de son côté, profité comme il se doit du forfait d’Arthur Fils en écartant le Suisse Stan Wawrinka en quatre manches (6-3, 3-6, 6-3, 6-4). “J’étais tête de série numéro 1 des qualifications, ce qui veut dire qu’à une place près, je rentrais dans le tableau principal. J’ai espéré y parvenir jusqu’au dernier moment, mais ce n’est pas passé.” Après le sentiment de frustration de l’avant-tournoi, c’est peu dire, donc, que ce statut de lucky-loser a été particulièrement réconfortant pour le natif d’Haarlem.
Mais qui peut prétendre profiter de ce système de repêchage ? Pour obtenir le précieux sésame en Grand Chelem, il faut d’abord “pointer” tous les matins auprès du juge-arbitre du tournoi, au plus tard trente minutes avant le début des matchs (donc à 10h30 à Roland-Garros). A partir de là , un tirage au sort est effectué parmi les quatre meilleurs classés qui ont été éliminés au dernier tour des qualifications, puis parmi les trois restants, puis parmi les deux, pour établir une hiérarchie en cas de forfait. S’il y a plus de trois forfaits, fini le tirage au sort : seul le classement mondial est pris en compte. Dernier obstacle : les “lucky-losers” peuvent être convoqués jusqu’à cinq minutes avant le début du match, quinze minutes chez les femmes.
Un protocole rempli d’incertitudes qui peut tendre les joueurs, qui n’ont pas d’autre choix que d’accepter leur non-maîtrise de la situation… ou presque, puisque Jesper de Jong a eu la lourde responsabilité d’effectuer lui-même le tirage au sort. “Je voulais me tirer en premier mais j’ai tiré Coleman [Wong], qui a été immédiatement repêché parce que [Sebastian] Korda venait de se retirer du tournoi. Après ça je tremblais, je suais… Et puis j’ai eu la chance de me tirer moi-même. Quand un autre joueur [Arthur Fils] s’est retiré, je suis rentré dans le tableau.”
Lucky-loser en Grand Chelem pour la première fois de sa carrière, le Néerlandais de 25 ans confie avoir vécu une expérience particulière : “Ce n’est vraiment pas facile. Le tournoi ne te traite pas comme un joueur normal, tu n’es pas autorisé à entrer dans les vestiaires du Chatrier… En attendant de savoir si j’allais entrer dans le tableau, je m’entraînais, certes, mais c’est un état d’esprit vraiment différent. Il y avait des rumeurs, je savais qu’[Arthur] Fils et [Patrick] Kypson pouvaient déclarer forfait, mais je n’en étais pas sûr.”
A Wimbledon, en 2024, la Française Elsa Jacquemot avait eu du mal à gérer son statut de lucky-loser : “La juge m’appelle et me demande si je suis prête et si je suis là . Elle me dit : ‘Il y a déjà un set sur ton court, tu joues juste après’, nous racontait-elle alors, concédant avoir été traversée par des émotions contraires. C’est très dur. Il y a un côté où je suis vraiment contente, mais d’un autre côté, tu dois être sur le court dans trente-quarante minutes. Il faut t’échauffer, te préparer… Tu te dis que tu as une nouvelle chance de performer mais psychologiquement, je n’étais pas prête à jouer.” Elle avait été éliminée dans la foulée par l’Américaine Sloane Stephens (6-3, 6-3).
En 2018, à Roland-Garros, l’Argentin Marco Trungelliti, alors seulement en neuvième position sur la liste des lucky-losers potentiels, avait appris l’annonce de son repêchage quelques heures à peine après être rentré dans sa famille, à Barcelone. Il avait par conséquent repris la route en sens inverse pour rallier la capitale française, dans laquelle il était arrivé peu après minuit, dix heures seulement avant son premier tour disputé face à l’Australien Bernard Tomic. Un match qu’il avait finalement remporté (6-4, 5-7, 6-4, 6-4) avant de s’incliner au deuxième tour face au futur demi-finaliste, Marco Cecchinato.

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