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Pourquoi laccord des États-Unis avec lIran est moins contraignant est plus bancal que celui de 2015

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Pourquoi laccord des États-Unis avec lIran est moins contraignant est plus bancal que celui de 2015

GUILLAUME BAPTISTE / AFP

Donald Trump, ici au château de Versailles avant un dîner célébrant le 250e anniversaire de l'indépendance des États-Unis, le 17 juin 2026.

EN BREF • Donald Trump a signé mercredi à Versailles l'accord avec l'Iran qui prévoit la réouverture du détroit d'Ormuz dès ce vendredi.
• Mais des observateurs soulignent que l'accord offre des avantages à l'Iran sans exiger de concessions significatives, remettant en question son efficacité.
• En 2015, Barack Obama avait signé un accord plus contraignant, notamment sur la question du nucléaire.

« Le voyage a été un franc succès, mais ce dont les gens voulaient surtout parler, c'est du fait que l'Iran ne possédera plus l'arme nucléaire et que le détroit d'Ormuz sera immédiatement rouvert ! ». Ces mots de Donald Trump sur Truth Social, quelques heures avant la signature mercredi soir d'un protocole d'accord avec l'Iran depuis Versailles, sont – comme souvent – bien réducteurs.

Si Téhéran s'est engagé à rouvrir immédiatement le détroit hautement stratégique d'Ormuz, essentiel pour le transport du pétrole mondial, la question du nucléaire reste bien moins tranchée, sujette encore à de multiples inconnues. Ce qui vient déjà démontrer ici les limites de cet accord, moins contraignant que celui trouvé par Barack Obama en 2015, même si Donald Trump n'en démord pas.

« Ces imbéciles, qui pensent que je n'ai pas été assez dur avec l'Iran, alors que la Bourse vient d'atteindre un RECORD HISTORIQUE et que les prix du pétrole sont en train de “chuterâ€, sont soit jaloux, soit malhonnêtes, soit stupides », s'est agacé le président américain ce jeudi sur son réseau social.

Tout d'abord, dans le texte de 14 points signé en France par Donald Trump, il est prévu que les États-Unis suspendent leurs sanctions sur la vente de pétrole iranien. Ceux-ci s'engagent également à lever l'ensemble de leurs sanctions contre Téhéran en cas de conclusion d'un accord définitif, au terme d'une période de négociations de 60 jours.

Au cours de ces deux mois, les deux pays discuteront d'un mécanisme permettant de traiter les stocks d'uranium iraniens « en recourant, au minimum, à une méthode de dilution sur place sous la supervision de l'AIEA (Agence internationale de l'énergie atomique) », a souligné un haut responsable américain, voulant y voir une « victoire majeure » pour Washington. Mais rien n'indique à ce stade que tout sera définitivement réglé à la fin de ces 60 jours, et c'est peut-être bien là le début de potentielles nouvelles déconvenues diplomatiques.

« Chaque partie peut se retirer à tout moment »

« Non, ce n'est pas définitif. C'est un protocole d'accord, et si ça ne me convient pas, on recommencera à leur tirer dessus, à leur larguer des bombes », a même prévenu Donald Trump mercredi en marge du G7. « Chaque partie peut se retirer à tout moment », prévient lui un haut responsable américain, face à la fragilité de la situation.

« Ce n'est pas le dernier mot, il y a encore une multitude de détails à débattre, peut-être même pendant des années », relève de son côté auprès de l'AFP le politologue Larry Sabato, de l'université de Virginie. « En réalité, le niveau d'expertise et de détail requis pour finaliser ne serait-ce que la partie nucléaire de cet accord semble insurmontable pour une administration qui navigue à vue dans ces négociations », pointe, elle, auprès du Guardian Suzanne Maloney, vice-présidente et directrice du programme de politique étrangère de la Brookings Institution.

Quand on compare cet accord de 2026 avec celui trouvé par Barack Obama il y a 11 ans, des différences notables ne tardent pas émerger. Le 14 juillet 2015, après 21 mois de négociations, Téhéran et six grandes puissances (Chine, États-Unis, France, Royaume-Uni, Russie, Allemagne) avaient conclu à Vienne un accord visant à empêcher l'Iran de se doter de l'arme nucléaire, en échange d'un allègement des sanctions internationales. Mais en entrant plus profondément dans les détails.

L'accord de 2015 avait ainsi mis en place un mécanisme détaillé de contrôle et de surveillance du programme nucléaire iranien, garantissant que l'enrichissement de l'uranium reste dans les limites de 3,67 %, sur les 15 prochaines années. Avec Trump, les deux parties conviennent seulement « d'examiner la question de l'enrichissement […] sur la base d'un cadre satisfaisait qui sera convenu dans l'accord final », note Le Figaro.

Même flou autour de l'uranium déjà enrichi. En 2026, le protocole d'accord promet de régler la question de l'élimination des stocks « selon un mécanisme qui sera défini d'un commun accord ». Au contraire en 2015, l'accord contraignait immédiatement l'Iran à diluer son uranium enrichi pour moitié, et à utiliser l'autre moitié pour des besoins civils.

Un « mémorandum », plus qu'un « texte détaillé »

De fait, nombreuses sont les voix qui dénoncent le protocole d'accord signé par Trump, le jugeant trop favorable à la république islamique. « Le mémorandum de Trump n'est qu'un “cadreâ€, la plupart des grandes questions devant encore être réglées lors de futures négociations. L'accord nucléaire de 2015, lui, était un texte détaillé, élaboré sur deux ans », affirme ainsi NBC.

Même Fox News, la télévision préférée de Trump, donne la part belle à ceux qui « affirment que le cadre offre à l'Iran d'énormes avantages financiers, sans exiger le démantèlement de son infrastructure nucléaire ». Pour le Wall Street Journal enfin, Donald Trump « cède bien plus qu'il n'obtient ». Et même côté républicain, le sénateur Bill Cassidy y voit « la pire bourde de politique étrangère depuis des décennies ».

Ce week-end, déjà, l'ancien président démocrate Barack Obama avait estimé « peu probable que tout accord voyant le jour soit sensiblement différent ou constitue une amélioration significative par rapport à l'accord que nous avions au départ » signé en 2015. Ce dernier « a fonctionné pendant une longue période » avant « que les États-Unis ne s'en retirent », avait-il commenté sur la chaîne ABC, faisant référence au retrait acté par Donald Trump pendant son premier mandat, le 8 mai 2018.

Un an plus tard, l'Iran commençait à s'affranchir de certains engagements. Les efforts diplomatiques internationaux étant restés par la suite infructueux, les sanctions de l'ONU étaient alors rétablies le 28 septembre 2025, avant que l'accord n'expire officiellement le mois suivant.