En 1966, alors que la guerre du Vietnam atteint un degré de violence sans précédent, l'intellectuel britannique Bertrand Russell, philosophe et mathématicien d'exception (et prix Nobel de littérature 1950) lance une initiative politique et morale visant à dénoncer les crimes commis par les États-Unis au Vietnam : le tribunal Russell. Cette expérience originale n'a certes aucun pouvoir juridique officiel, mais elle marque l'histoire du pacifisme contemporain, des mouvements anti-impérialistes et de la défense des peuples victimes de l'impérialisme des grandes puissances.
Le tribunal Russell naît dans le contexte de la guerre froide et de la décolonisation. Depuis les accords de Genève de 1954, qui avaient mis fin à la guerre d'Indochine menée par la France coloniale, le Vietnam est divisé entre un Nord communiste, dirigé par Hô Chi Minh, et un Sud soutenu par Washington. Les États-Unis, au nom de la lutte contre le communisme, interviennent progressivement dans le conflit et lancent des bombardements contre le Nord-Vietnam.
Dès 1965, l'opération états-unienne « Rolling Thunder » (« tonnerre roulant ») provoque la destruction de villes, d'infrastructures civiles et de zones rurales entières. Les États-Unis utilisent massivement le napalm, les bombes au phosphore et les défoliants chimiques comme l'agent Orange, produit notamment par les entreprises Monsanto et Dow Chemical. Des millions de Vietnamiens sont exposés à ces substances toxiques, responsables de cancers, de malformations congénitales et de destruction environnementale durable…
Jean-Paul Sartre président exécutif
Face à cette guerre, Bertrand Russell décide de réagir. Né en 1872 dans une famille aristocratique…





