Vers une extension du parapluie nucléaire américain en Europe ? Le Financial Times révèle ce mardi que Washington examine la possibilité de déployer des armes nucléaires dans d'autres États européens membres de l'Otan.
Cette mesure servirait à rassurer ses alliés européens, alors que l'administration Trump souhaite réduire son soutien militaire conventionnel sur le Vieux Continent. Le Pentagone a notamment annoncé début mai le retrait de quelque 5.000 soldats américains d'Allemagne d'ici à un an.
Le flanc Est privilégié ?
Des discussions « hautement confidentielles » auraient donc été engagées, dans la perspective de déploiements supplémentaires d'armes nucléaires, au-delà des pays de l'Otan qui accueillent déjà des bombardiers américains à capacité nucléaire, indique le quotidien britannique, selon trois sources proches du dossier. Il pourrait s'agir de pays situés sur le flanc Est de l'Europe comme la Pologne ou l'un des trois États baltes (Estonie, Lettonie, Lituanie). La Pologne, qui a acquis des avions américains F-35A, appelle depuis plusieurs années les États-Unis à stocker des armes nucléaires sur son sol.
Contacté par 20 Minutes, Etienne Marcuz, chercheur à la Fondation pour la recherche stratégique (FRS), estime que l’administration Trump vise un double objectif avec cette fuite dans la presse : « saper l’inititiative française de dissuasion avancée, et récompenser les bons élèves européens qui consacrent entre 3,5 % et 5 % de leur PIB à la défense, en leur faisant miroiter cette carotte. » Le spécialiste assure cependant qu’un élargissement du parapluie américain dans l’un de ces pays, impliquerait « la construction de dépôts de munition et la formation d’un personnel local ; ce serait énormément de travail. » C’est sans doute pourquoi l’une des sources du « FT » a précisé que, même en cas d'accord, un tel déploiement ne serait « pas imminent ».
Washington conserve l'autorisation exclusive de leur utilisation
Le parapluie nucléaire américain – ou dissuasion élargie – au sein de pays de l'Otan, remonte à  1954, alors que les Etats-Unis et la Russie se livraient à une course aux armements nucléaires en pleine guerre froide. L'objectif était de protéger les alliés du Vieux Continent. Le Royaume-Uni (1952) et la France (1960) ont toutefois fait le choix de développer leur propre programme nucléaire.
Cinq pays – Belgique, Allemagne, Italie, Pays-Bas, Turquie – accueillent ainsi, en tout, une centaine de bombes thermonucléaires B61. Selon l'agence Bloomberg, les Etats-Unis auraient aussi stationné des armes nucléaires au Royaume-Uni en juillet 2025. Washington conserve l'autorisation exclusive de leur utilisation, tandis qu'elles sont stockées et gardées par les troupes américaines. Mais ces pays disposent d'avions à double capacité (DCA) – comme le F-35 – capables d'emporter ces armes nucléaires.
La France développe de son côté sa « dissuasion avancée »
Cette fuite dans la presse intervient alors que la France a annoncé début mars une évolution de sa doctrine avec le concept de la « dissuasion avancée. »
Cette notion associe d'autres Etats européens volontaires à la dissuasion française mais « sans aucun partage de la décision ultime », a insisté Emmanuel Macron lors de son discours à l'Ile-Longue, à Brest. Il ne s'agit donc pas d'un parapluie nucléaire français mais d'une participation de pays étrangers à des exercices nucléaires français, ou encore de partage de renseignement.
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Huit pays ont d'emblée été associés à cette nouvelle doctrine : le Royaume-Uni, l'Allemagne, la Pologne, les Pays-Bas, la Belgique, la Grèce, la Suède et le Danemark. La Norvège, membre de l'Otan mais pas de l'Union européenne, a annoncé le 27 mai rejoindre cette coordination. La Finlande, les pays baltes et la Roumanie ont également montré leur intérêt.





