Dix hommes se sont suicidés dans des centres de détention de l’ICE en 2025, le plus haut taux de suicides pour une année civile, selon une enquête de l’agence Associated Press. Selon des rapports d’inspection consultés par l’agence, des manquements aux normes de prise en charge des détenus ont été constatés dans ces centres.
Ils avaient 19, 34, 36, 45 ans. Depuis janvier 2025, soit le retour au pouvoir de Donald Trump, dix hommes se sont suicidés dans des centres de détention de l’ICE, la police fédérale de l’immigration, a révélé une enquête de l’agence de presse AP. C’est le plus grand nombre de suicides dans des centres de l’ICE au cours d’une année civile, précise l’agence. Les années précédentes, ces centres comptaient un, si ce n’est aucun, suicide.
Selon l’enquête d’AP, les suicides représentent près d’un cinquième des morts dans les centres de l’ICE depuis janvier 2025. Des experts cités par l’agence de presse estiment que la majorité du nombre total de morts était des cas “évitables si des soins médicaux avaient été administrés à temps”.
Manquements aux normes de détentions
Les centres de détention de l’ICE sont légalement responsables du “bien-être” de leurs détenus dès leur arrivée en détention. Dans ce sens, une prise en charge de santé physique comme mentale est mise en place, assure Lauren Bies, secrétaire adjointe par intérim au ministère de la Sécurité intérieure à AP.
Les suicides en détention sont “extrêmement rares”, assure Lauren Bies.
Selon les informations de l’agence, des rapports d’inspection de plusieurs centres de détention constatent pourtant de nombreux manquements aux normes de détention.
Un rapport d’inspection datant de février établit par exemple 49 violations des normes de détention dans ce qui était à l’époque le plus grand centre du pays. Il rapporte notamment que le personnel n’avait pas correctement effectué les vérifications requises pour éviter les cas d’auto-mutilation ou de suicide, mais aussi que des objets qui pourraient être utilisés dans ces buts étaient laissés sans surveillance dans le bâtiment.
Mots passés aux gardes
Associated Press rapporte que les dix hommes qui se sont suicidés dans les centres de l’ICE avaient en moyenne 32 ans et étaient majoritairement arrivés en centre de détention depuis moins d’un mois. Sept d’entre eux n’avaient pas de casier judiciaire.
Parmi eux, Brayan Rayo Garzon, arrivé aux États-Unis en 2023 à 26 ans, s’est suicidé moins d’une heure après avoir passé deux notes aux gardes sous sa porte, les suppliant de le laisser parler à sa mère. En espagnol, il a écrit: “je sens au fond de moi qu’elle s’inquiète beaucoup pour moi”.
Sa mère, Adriana Garzon, explique à AP qu’ils avaient l’habitude de s’appeler tous les soirs pour calmer son anxiété. Malade depuis quelques jours, son fils avait été placé à l’isolement, où il n’avait pas le droit de l’appeler. Après quelques jours sans nouvelles, son téléphone a sonné. Les autorités lui ont alors appris que son fils avaient été transporté à l’hôpital après une “tentative de suicide”. Là , un médecin a acté son décès.
Isolement
Comme Brayan Rayo Garzon, Leo Cruz Silva n’a pas été pris en charge assez rapidement. Selon AP, cet homme de 34 ans, immigré illégalement du Mexique, a souffert d’une crise après son arrestation et son placement en détention. Pendant deux jours, en centre de détention, il criait et se cachait sous son lit, affirmant souffrir d’hallucinations. Le troisième jour, les autorités le trouvaient mort dans sa cellule.
Victor Diaz, 36 ans, était lui aussi placé à l’isolement après avoir dénoncé le harcèlement que lui faisaient subir les autres détenus. Il s’est suicidé dans une salle d’attente médicale. Quelques jours plus tôt, dans le même centre, Geraldo Lunas Campos mourrait d’asphyxie après avoir été immobilisé par des gardes à la suite d’une tentative de suicide.
Chaofeng Ge, détenu l’été dernier dans un centre de Pennsylvanie, était arrivé dans une situation de “détresse psychologique”. Après avoir passé cinq jours en détention sans traitement ni la possibilité de communiquer avec autrui, puisqu’il ne parlait que mandarin, il a été laissé sans surveillance. Il a ensuite été trouvé pendu dans une cabine de douche.
“Quelque chose ne va vraiment pas, que ce soit du point de vue de la santé publique ou de la santé mentale”, a commenté auprès d’AP Sanjay Basu, épidémiologiste de l’université de Californie – San Francisco ayant écrit une étude sur l’augmentation du taux de mortalité chez les détenus de l’ICE. Il ajoute que cette croissance est “alarmante”.
Le 3114 est le numéro à contacter si vous êtes en détresse psychique ou si vous avez des idées suicidaires. Vous pouvez également le contacter si un de vos proches est dans ce cas. Il propose une écoute avec des professionnels de santé spécialement formés, et est disponible sept jours sur sept, 24 heures sur 24.






