L’équipe d’Iran posera ses valises à Tijuana, au Mexique, pour le Mondial de football qui débute dans 3 semaines. Un symbole géopolitique fort, alors que Donald Trump avait fait savoir qu’il ne pouvait pas garantir la sécurité des joueurs iraniens sur le sol américain.
Le Mexique, coorganisateur de la Coupe du monde 2026 avec les États-Unis et le Canada, accueillera l'équipe nationale iranienne pour le Mondial qui débute le 11 juin. Leur camp de base sera à Tijuana, à quelques kilomètres seulement de la frontière américaine.
Les Xolos de Tijuana, le club local, jubilent. Ils ont publié lundi un communiqué officiel:
“C'est avec une grande fierté que nous avons été informés par la FIFA que Tijuana fera partie de la Coupe du Monde comme camp de base de l'équipe nationale d'Iran. Tijuana est une ville ouverte, accueillante et hospitalière.”
Cette solution mexicaine permet aux joueurs iraniens d'être à moins d'une heure d'avion de la Californie, où ils disputeront leur premier match.
Le Mexique, un choix loin d'être anodin
Ce geste diplomatique de Mexico est loin d'être neutre. Le 12 mars dernier, Donald Trump avait lancé un avertissement très commenté sur Truth Social à propos de la présence iranienne au Mondial :
“L'équipe nationale iranienne de football est la bienvenue à la Coupe du monde, mais je ne crois vraiment pas qu'il soit approprié qu'elle y soit, pour sa propre vie et sa propre sécurité.”
Ces dernières semaines, plusieurs médias iraniens évoquaient l'hypothèse que Washington refuse certains visas à des membres de la délégation iranienne, au motif de liens supposés avec les Gardiens de la révolution.
Tijuana, concentré des tensions entre Washington et Mexico
Sur le plan diplomatique, les projecteurs du monde entier seront braqués sur Tijuana, cette ville mexicaine au coeur des tensions entre les États-Unis et le Mexique.
Tijuana, c'est d'abord l'un des principaux points de passage migratoire vers les États-Unis, là où les murs et les dispositifs de contrôle ont été renforcés ces dernières années.
C'est aussi une plaque tournante du trafic de fentanyl vers les États-Unis. Cette drogue de synthèse est à l'origine d'un des pires fléaux sanitaires de l'histoire des Etats-Unis, avec des dizaines de milliers de morts chaque année. Donald Trump accuse régulièrement le Mexique de ne pas en faire assez pour stopper ces flux.
C'est d'ailleurs au nom de cette crise du fentanyl qu'il a justifié une partie de son offensive douanière et sécuritaire contre son voisin mexicain.
Mais Tijuana, c'est aussi une gigantesque zone industrielle tournée vers l'économie américaine: usines d'assemblage, logistique, automobile, électronique…
Autrement dit: migration, drogue, industrie, commerce, frontière, sécurité… Tout ce qui fracture aujourd'hui la relation États-Unis–Mexique se concentre dans cette ville.
Quand le football devient diplomatie
C'est donc dans cette ville hautement symbolique que l'équipe d'Iran va poser ses valises avant de s'envoler pour son premier match, le 15 juin en Californie, contre la Nouvelle-Zélande.
L'Iran n'affrontera pas les États-Unis lors de cette première phase du Mondial: les deux sélections ne sont pas dans le même groupe.
Mais Iraniens et Américains ont déjà offert au football des séquences diplomatiques fortes.
Le plus célèbre reste France 98.
Cela faisait alors 19 ans que l'Iran et les États-Unis avaient rompu leurs relations diplomatiques, depuis la prise d'otages de l'ambassade américaine à Téhéran en 1979.
Le 21 juin 1998, au stade Gerland à Lyon, les deux équipes s'affrontent dans une atmosphère électrique. Défiant le protocole, les joueurs iraniens offrent des fleurs blanches aux Américains. Les deux équipes posent ensuite bras-dessus bras-dessous pour la photo officielle.

L'Iran l'emporte 2-1. Mais surtout, ce match devient un symbole de détente dans un contexte où le président iranien Mohammad Khatami cherchait à ouvrir son pays, pendant que Bill Clinton multipliait les signaux d'apaisement.
Autre épisode marquant: le Mondial 2022 au Qatar. Avant la rencontre entre les deux pays, la fédération américaine avait publié sur les réseaux sociaux une version du drapeau iranien sans l'emblème central “Allah”, officiellement pour soutenir le mouvement de contestation des femmes qui luttaient pour leur droit, né après la mort de Mahsa Amini.
Téhéran avait dénoncé une provocation politique et la fédération iranienne avait réclamé des sanctions auprès de la FIFA.
Les États-Unis avaient finalement gagné 1-0, éliminant l'Iran.


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