Les États-Unis et l'Iran laissent entendre depuis quelques jours qu'un accord de paix serait à portée de main, le plus sérieux depuis le début de cette guerre, il y a exactement trois mois. Elle devait durer au maximum quatre ou cinq semaines, selon celui qui l'a déclenchée, le président Donald Trump.
Une question élémentaire demeure : les États-Unis peuvent-ils accepter, implicitement ou explicitement, le fait qu'ils n'ont pas atteint et n'atteindront pas leurs objectifs en Iran ?
Indépendamment de la « destruction » des forces navales iraniennes que le secrétaire à la Guerre, Pete Hegseth, brandit continuellement comme preuve du succès américain, l'administration Trump avait fixé des objectifs stratégiques plus larges au début des opérations : l'abandon du programme nucléaire iranien, celui du programme balistique, et la fin du soutien iranien aux groupes armés alliés de la région, tels le Hamas, le Hezbollah et les Houthis.
Le problème, c'est qu'on ne peut réalistement espérer atteindre un seul de ces objectifs sans d'abord renverser le régime iranien et le remplacer par une solution de rechange plus pro-occidentale.
Or, il est impossible de faire tomber un régime en se limitant à une campagne de bombardements aériens. La littérature sur les relations internationales est implacable à ce sujet.
La seule possible exception plus ou moins récente à la règle remonte sans doute aux bombardements sur la Serbie à la fin des années 1990. Des personnes raisonnables peuvent débattre de ce qui aura été le plus déterminant dans la chute subséquente de Slobodan Milošević : les bombardements de l'OTAN, la menace d'invasion terrestre ou la grogne politique intérieure contre le président yougoslave.
Mais il s'agit d'un cas isolé.
C'est une leçon qu'avait visiblement apprise Robert Gates, secrétaire à la Défense sous le républicain George W. Bush puis sous le démocrate Barack Obama, lorsqu'un certain Benyamin Nétanyahou lui aurait proposé de lancer une campagne de bombardements pour renverser le régime iranien… en 2009.
Le premier ministre israélien n'a cessé d'inciter chaque président américain, avant et après Obama, à agir en ce sens, sans qu'aucun, même les plus fervents interventionnistes militaires comme George W. Bush et Joe Biden, ne tombe dans le panneau. Jusqu'à Donald Trump dans ce second mandat…Â
Depuis, le président fait face à ce dilemme : continuer l'enlisement ou accepter la défaite. Ce qui le force à jouer à la girouette. Ainsi, il menace l'Iran de nouvelles offensives militaires, puis il recule, sous prétexte que les négociations avancent. En coulisses, il fait pression sur les négociateurs iraniens pour qu'ils accèdent aux demandes américaines, sans succès. Puis il reprend son ballet d'intimidation. Il parle d'escortes militaires pour les navires dans le détroit d'Ormuz, puis il n'en parle plus. Pour finalement retourner à la case départ des menaces d'anéantissement.Â
Au-delà de la rhétorique quotidienne schizophrénique, les agitations du président depuis trois mois ressemblent aux tentatives d'un homme qui n'a pas de bonnes options, alors qu'il cherche à projeter l'image d'un leader qui en a.
Il pourrait continuer à s'en tenir à une campagne aérienne, mais avec la portée limitée observée depuis le début mars. Sinon, il y a la possibilité d'une invasion terrestre, qui aurait théoriquement plus de chances de succès qu'un renversement du régime. Ce dernier choix serait toutefois susceptible de détruire pour de bon la présidence Trump, puisque seulement 30 % de l'électorat américain estime que le lancement de la guerre était une bonne idée.
Dans ce contexte, il aurait été plus simple pour le chef des républicains de rebrousser chemin, en acceptant tacitement que ce qui était réellement escompté n'ait pas été obtenu. Il aurait alors eu une occasion de sauver la face. Mais comment justifier une opération aussi coûteuse se soldant par un échec ?Â
Et l'autre partie de l'équation, c'est la réaction israélienne. Autant Nétanyahou que le chef du Mossad ont été on ne peut plus clairs depuis le début de la guerre : pour Israël, la mission n'est pas complète tant et aussi longtemps que le régime tient à Téhéran.
Trois mois plus tard, une autre question persiste : Donald Trump aurait-il pu prendre une décision plus dévastatrice pour sa propre administration et son propre parti que de s'être mis le bras dans ce tordeur ?





