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Il y aura bientôt plus de retraités en Chine que d'habitants aux États-Unis: le pays "communiste" dépense…

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Pour tenter d’alléger les pressions causées par le vieillissement accéléré de sa population, Pékin a commencé à relever l’âge légal de départ à la retraite. Mais les défis restent nombreux, à commencer par les profondes inégalités qui persistent entre les retraités ruraux et leurs homologues urbains.

Après une légère embellie l’an passé, le nombre de mariages dégringole à nouveau en Chine. Moins de 1,7 million d’unions ont été enregistrées lors du premier trimestre, une période habituellement propice en raison des congés liés au Nouvel An chinois, soit le plus faible total depuis les confinements de l’année 2020. C’est surtout deux fois moins qu’il y a dix ans.

Ces chiffres sont particulièrement scrutés parce qu’ils fournissent un indice fiable des naissances à venir, dans un pays où avoir un enfant hors mariage reste rare. Logiquement, la chute de la natalité observée ces dernières années devrait se poursuivre, en dépit des aides déployées par les autorités, qui sont allées jusqu’à taxer les préservatifs.

Les racines de cette dynamique, observée dans toutes les économies avancées, sont profondes. Elles sont accentuées en Chine par le ralentissement de la croissance et la dégradation du marché du travail. Le taux de chômage des moins de 25 ans s’élève à plus de 16% et de nombreux diplômés du supérieur peinent à trouver un emploi adapté à leurs compétences. Ainsi, même lorsqu’ils se marient, les jeunes Chinois peinent de plus en plus à atteindre une forme de sécurité financière et retardent donc l’arrivée d’un premier enfant.

Le ralentissement de la natalité est tel que la Chine se dépeuple, même si elle part évidemment de très haut (1,4 milliard d’habitants en 2025). Elle a perdu 3,4 millions d’habitants l’an passé et devrait voir sa population diminuer d'environ 60 millions de personnes au cours des quinze prochaines années (un peu moins que la population française), selon les estimations du Rhodium Group, un institut de recherche indépendant. Dans ce contexte, la pyramide des âges se déforme rapidement. La part des 20-39 ans ne représente plus que 26% de la population chinoise, contre 31% il y a dix ans.

Dans le même temps, le nombre de personnes en âge d’être à la retraite ne va cesser de grimper, alors que le “baby-boom” chinois a eu lieu dans les années 1960, après les famines causées par le Grand Bond en avant de Mao Zedong. Selon les chiffres officiels, ils sont actuellement 300 millions et seront plus de 400 millions en 2035, soit plus que la population des États-Unis. Le système de retraite chinois va donc être soumis à de fortes pressions, d’autant que la Chine va vieillir avant d’avoir atteint le niveau de richesse des pays occidentaux.

Des pressions financières lourdes

“Les décideurs politiques sont confrontés à un double défi: préserver le niveau de vie d’une population âgée en forte croissance – notamment dans les zones rurales où les prestations sont moindres – tout en assurant la viabilité financière du système de retraite face à l’augmentation rapide du nombre de retraités”, observent les chercheurs du CEPR (Centre for Economic Policy Research), dans une note récente.

Les risques ont été pointés dès 2019 par l’Académie chinoise des sciences sociales. Ses membres prévenaient que le système pourrait basculer dans le rouge dès 2035. En conséquence, l’âge légal de départ a été relevé. La borne sera progressivement portée de 60 à 63 ans pour les hommes, de 50 à 55 ans pour les femmes ouvrières et de 55 à 58 ans pour les femmes cadres.

Il y aura bientôt plus de retraités en Chine que d'habitants aux États-Unis: le pays "communiste" dépense…
Un enfant admire les lanternes lors des célébrations de la Fête des Lanternes au jardin Yuyuan de Shanghai, dans l’est de la Chine, le 2 mars 2026. © Liu Ying / XINHUA / Xinhua via AFP

Cela reste inférieur à la moyenne des pays de l’OCDE, mais cette réforme “atténue certaines pressions sur la croissance à long terme et la viabilité budgétaire en augmentant la croissance du PIB de 0,2 point de pourcentage par an et en réduisant les dépenses de retraite de 15,3 % à 11,9 % du PIB d’ici 2050”, précise le Fonds monétaire international (FMI). L’effort restera toutefois conséquent et mobilisera les ressources de l’État.

“Les pressions démographiques sur l’équilibre budgétaire de la Chine sont probablement encore sous-estimées”, observe le Rhodium Group. Ses chercheurs notent que Pékin a dépensé 2.900 milliards de yuans en 2025 (367 milliards d’euros) pour combler le déficit du fonds de sécurité sociale, principalement dirigé vers les pensions de retraite, soit 10,1 % des dépenses du budget général de l’année précédente.

Une différence de 1 à 15

Ces derniers mois, l’attention de la société chinoise s’est particulièrement portée vers les inégalités du système. À proprement parler, il y a en fait deux systèmes de retraite différents en Chine, couvrant chacun une moitié de la population. “Le premier concerne les salariés urbains et fonctionne comme une assurance sociale contributive, dont les prestations sont liées aux salaires, aux cotisations et à la durée de versement”, explique Zichen Wang, chercheur au Centre pour la Chine et la mondialisation (CCG), dans sa newsletter. Les pensions de ces retraités s’élevaient en moyenne à 485 euros (3.825 yuans) en 2024, selon le South China Morning Post.

Un homme marche tandis que deux personnes âgées se reposent sur la promenade du Bund Nord, le long du fleuve Huangpu à Shanghai, le 21 mai 2026.
Un homme marche tandis que deux personnes âgées se reposent sur la promenade du Bund Nord, le long du fleuve Huangpu à Shanghai, le 21 mai 2026. © Photo par JADE GAO / AFP

L’autre système couvre les résidents urbains et ruraux hors du secteur formel, c’est-à-dire notamment les agriculteurs et les travailleurs migrants. Historiquement, ces derniers ont relativement peu cotisé et leurs pensions reposent essentiellement sur la pension de base versée par l’État.

En moyenne, leur montant est très faible: 31 euros (246 yuans), soit quinze fois moins que leurs homologues urbains. Cette disparité ancienne est de plus en plus remise en question, alors que ces retraités ont largement participé au développement économique du pays et notamment à la construction des infrastructures.

L’industrie passe avant les pensions

Certains élus poussent donc pour obtenir une augmentation significative du montant de ces pensions, en proposant par exemple d’y affecter une partie des taxes prélevées sur le tabac. Ils espéraient une inflexion en ce sens dans le nouveau plan quinquennal présenté en mars dernier. Leurs espoirs ont été déçus. La nouvelle mouture ne prévoit qu’une augmentation de 20 yuans par mois (2,5 euros) de la pension de base minimale, pour la porter à 163 yuans (20,6 euros).

“Pendant des années, la notion de ‘prospérité partagée’ a été brandie à l'étranger comme si la Chine préparait un vaste projet socialiste d'égalisation des richesses. En réalité, l'État est resté extrêmement prudent quant aux transferts directs aux citoyens ordinaires”, observe Zichen Wang.

Cela peut paraître paradoxal pour un pays dirigé par le Parti communiste, mais les transferts sociaux ne représentent que 13% du PIB en Chine, contre 30% en moyenne dans les pays européens. Cela contribue largement à la faiblesse de la consommation et renforce l’orientation de l’économie chinoise vers les exportations, qui ne cessent de bondir au grand dam des pays européens.

Le quinzième plan quinquennal n’a pas marqué d’inflexion. “La politique économique chinoise est et restera résolument orientée vers le soutien à l’industrie plutôt qu’aux ménages. Xi Jinping est convaincu que cette approche est non seulement nécessaire pour renforcer la résilience de la Chine à l’ère de la compétition entre grandes puissances, mais qu’elle sert également au mieux le développement économique du pays à long terme”, observe le chercheur Alexander Brown, dans une note du Merics, un centre d’études sur la Chine basé en Allemagne. Les retraités pauvres des campagnes chinoises devront encore attendre.