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ÉDITO. Violences urbaines après les matches de football : faut-il faire payer les casseurs ?

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Si, par bonheur, la France se qualifie pour la finale de la Coupe du monde le 19 juillet prochain, faudra-t-il se réjouir par avance d'un troisième titre mondial ou redouter une nouvelle nuit de violences urbaines ? La question aurait semblé absurde il y a encore quelques années ; elle est devenue légitime. Chaque grand événement populaire semble désormais attirer son lot de casseurs, souvent très jeunes, qui transforment les célébrations en séances de pillage et de vandalisme. Au soir du 30 mai dernier, alors que le PSG célébrait son nouveau sacre en Ligue des champions, quelque 800 interpellations ont gâché la fête. Autour des Champs-Élysées, dans la capitale, mais aussi en province, jusqu'au Capitole, les scènes d'émeutes ont marqué les esprits malgré un dispositif de sécurité exceptionnel.

Si l'Espagne ou l'Angleterre tremblent parfois pour leurs centres-villes, la France semble avoir industrialisé le phénomène. Il y aurait donc une fâcheuse spécificité nationale : et un, et deux, et trois abribus démolis… on est les champions ! Le foot pourtant n'y est pour rien et si du mobilier urbain est détruit, c'est d'abord pour détourner l'attention. Les vitrines brisées des beaux quartiers deviennent alors de simples comptoirs du crime en libre-service. Le Premier ministre, Sébastien Lecornu, a récemment cru bon de ressortir des cartons le principe du “casseur payeur” : faire assumer financièrement aux auteurs des dégradations, et parfois à leurs familles, le coût des dégâts causés à la collectivité. Une mesure juste pour beaucoup de Français, lassés de voir les contribuables régler l'addition à la place des responsables, mais aussi controversée puisqu'elle risque de rajouter de la précarité à la pauvreté en actionnant le levier des prestations sociales. On ne saurait condamner toute une fratrie pour les dérives criminelles d'un seul de ses membres.

À Toulouse, le maire Jean-Luc Moudenc a choisi une autre voie : instaurer un couvre-feu à partir de 22 heures pour les mineurs de moins de 16 ans non accompagnés lors de plusieurs matchs jugés à risque pendant le Mondial. Et lorsque LFI crie à la dérive liberticide, le simple bon sens populaire rétorque qu'à point d'heure, un adolescent de moins de 16 ans a sa place chez ses parents, pas dans la rue livré à lui-même.

Entre les propos irresponsables des dirigeants insoumis qui préfèrent fermer les yeux sur les phénomènes de violences urbaines, voire qui les cautionnent par clientélisme, et les gros bras de la droite et de l'extrême droite qui veulent réhabiliter la loi anticasseurs d'Alain Peyrefitte de 1970, il faut trouver une voie qui respecte la protection des biens et des personnes sans aggraver la fracture sociale. À commencer par sanctuariser les zones commerçantes ciblées : la fureur des pilleurs s'éteint d'elle-même dès lors qu'on leur coupe l'accès au butin.