Il souffle sur l'équipe sud-coréenne de football comme un air de France en 2010 en Afrique du Sud. Depuis plusieurs jours, la sélection nationale se livre en effet à une guerre contre les médias de leur pays, décidant tout bonnement de les boycotter. C'est une vidéo publiée la semaine dernière qui a mis le feu aux poudres. Lors d'un entraînement avant le premier match de la Corée du Sud face à la République tchèque, la chaîne de télévision JTBC a capté en direct et par inadvertance une conversation entre deux journalistes dans laquelle ils se moquaient du capitaine Son Heung-min, véritable légende du football, ancienne star des Tottenham Hotspur en Premier League et désormais joueur du Los Angeles FC aux États-Unis.
Dans cet extrait qui a rapidement disparu de la chaîne officielle mais a été republié sur les réseaux sociaux, on peut entendre un premier journaliste lancer : « Pourquoi court-il comme s'il commandait un peloton ? Il se prend pour un militaire ? » A quoi son collègue a répondu : « Il n'a même pas fait son service militaire. Ces idiots n'y connaissent rien à l'armée. »
Pour rappel, en menant l'équipe sud-coréenne à la médaille d'or en 2018 lors des Jeux Asiatique, les joueurs de la sélection ont obtenu une exemption de service militaire obligatoire, comme c'est souvent le cas pour les sportifs. Mais le sujet reste toujours un symbole de division dans le pays, les jeunes hommes étant forcés durant 18 à 21 mois à s'enrôler dans l'armée alors que les élites, musiciens classiques ou sportifs parviennent parfois à y échapper. Son a ainsi été dispensé du service militaire classique mais a suivi une formation de 3 semaines avec le Corps des Marines en 2020.
Un communiqué de la Fédération
La situation s'est envenimée après que de grands médias latino-américains et mexicains, dont ESPN et Claro Sports, ont consacré des reportages à cette affaire. Des journalistes locaux présents sur place ont ainsi révélé que des critiques supplémentaires auraient adressées à l'entraîneur Hong Myung-bo par certains journalistes locaux étaient récemment parvenues aux dirigeants de l'équipe, exacerbant ainsi les tensions entre les joueurs et les journalistes venus spécialement pour l'occasion.
Et si en Europe, les médias ont l'habitude de s'attaquer à leurs athlètes stars, en Corée du Sud, les propos des deux journalistes ont provoqué le scandale. Aussitôt, le principal concerné, Son Heung-min, a refusé de se présenter devant la presse. Les activités médiatiques ont ensuite été annulées, tandis que la Fédération coréenne de football a publié un communiqué lundi dans lequel elle a déclaré : « La Fédération coréenne de football regrette les propos inappropriés tenus par certains membres des médias lors de l'entraînement de l'équipe nationale de football au camp de base de Guadalajara. Animés par le sens des responsabilités qui leur incombent en représentant la Corée du Sud sur la scène mondiale de la Coupe du monde, les guerriers Taegeuk font de leur mieux pour répondre aux attentes et au soutien du public. Toutefois, la récente fuite de conversations inappropriées entre certains responsables des médias sur un site d'entraînement a provoqué un choc et une déception considérables au sein de l'équipe. »
La KFA a ajouté « respecter le travail des journalistes et le rôle des médias », mais a ajouté : « La Fédération coréenne de football continuera de privilégier la protection de l'équipe et de s'efforcer de créer un environnement médiatique sain. »
Selon des sources locales et des médias mexicains où se trouve le camp de base de l'équipe sud-coréenne, cet incident sans précédent a provoqué la démission d'un membre du comité de presse. Plusieurs représentants auraient ensuite présenté leurs excuses officielles à Son Heung-min. Des excuses qui auraient été acceptées par ce dernier même s'il aurait déclaré ne pas pouvoir se prononcer immédiatement sur une levée du boycott médiatique, estimant qu'il s'agit d'une décision de groupe à prendre.

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