À part les prix scandaleux des places, le chaos des visas, l’interdiction faite aux Iraniens de dormir dans la ville américaine où ils jouent et à un arbitre somalien de participer à la Coupe du monde à laquelle il avait été sélectionné, le coût écologique exorbitant, la menace de voir la police anti-immigration aux portes des enceintes sportives, la nécessité de casser son PEL pour aller au stade en transports en commun, le bouleversement du foot en quatre quart-temps pour plaire au marché publicitaire et le sentiment qu’en étant prête à toutes les compromissions avec Donald Trump, la FIFA a perdu à la fois son pouvoir et son honneur, la Coupe du monde, vraiment, va être une belle fête.
Si elle a rarement eu une telle adversité à surmonter, la Coupe du monde a déjà su tisser sa légende en se trouvant au mauvais endroit, au mauvais moment, une habitude souvent partagée avec les Jeux Olympiques. Cette XXIIIe édition porte tout à la fois ce fardeau, un mystère et sa part de magie. Le mystère tient à l’impact inconnu d’une compétition ouverte pour la première fois à 48 nations, en attendant mieux, un format inédit avec six semaines de compétition, et deux tiers des troisièmes de groupe dans les tout nouveaux seizièmes de finale, qui seront une raison de plus pour les grands noms du jeu de tomber de l’armoire, et pour tous les autres de respirer un parfum d’épopée.
Un niveau de favoris élevé et un nombre de grands joueurs rarement atteint
La magie, comme d’habitude, viendra de tout le reste, de la réunion des plus grands joueurs du monde et de leurs plus beaux rêves, le sentiment des destins sur un fil, les exploits, les surprises, et le formidable espoir, nation par nation. À l’aube d’un match d’ouverture au Mexique, qui ramène en enfance ceux qui se souviennent de 1970 comme ceux qui se souviennent de 1986, la Coupe du monde concentre un niveau de favoris élevé et un nombre de grands joueurs rarement atteint, puisqu’il n’y avait jamais eu autant de vieilles gloires encore vertes, et que quelques jeunes, de Lamine Yamal (18 ans) à Michael Olise (24 ans), débarquent avec l’envie de déboulonner l’ancien monde.
Ensuite viennent les favoris à la surprise, ce qui est vaguement contradictoire, mais semble désigner la Norvège, le Sénégal, la Côte d’Ivoire et l’Équateur, notamment. On n’oublie pas les nations historiques (Belgique, Uruguay, Croatie, Colombie) ni le Maroc de l’après-Regragui, mais dans cette Coupe du monde régulièrement dominée par la densité de l’Europe, et qui s’est ouverte aux autres continents, avec dix nations africaines pour la première fois, les lignes peuvent bouger.
La France doit parvenir à être une équipe et une force
De manière étonnante, jamais un pays n’a remporté la Coupe du monde avec un sélectionneur étranger, ce qui n’arrangerait pas le Portugal (Roberto Martinez), l’Angleterre (Thomas Tuchel), le Brésil (Carlo Ancelotti) ni l’Ouzbékistan (Fabio Cannavaro), mais les États-Unis sont un bel endroit, au fond, pour montrer la force de l’étranger. C’est un bel endroit, aussi, pour une dernière danse, celle de Didier Deschamps, après quatorze années à la tête des Bleus. La France est dans le groupe le plus dur, sans doute (Sénégal, Norvège, Irak), d’une première phase souvent exotique, par ailleurs, et elle devra être très grande pour être à la hauteur des promesses qu’elle suscite, avec des grands attaquants comme s’il en pleuvait, mais une défense qui a une tendance récente à prendre un peu l’eau.






