Home Sport De sport interdit à discipline en plein boom… Lexplosion du MMA en...

De sport interdit à discipline en plein boom… Lexplosion du MMA en France

5
0

Longtemps interdit en France, le MMA connaît une explosion spectaculaire de ses pratiquants. Des salles bondées aux vocations inattendues, ce sport de combat attire désormais tous les profils, entre fascination pour la cage, rêve professionnel et débats sur sa violence.

Ce texte correspond à une partie de la retranscription du reportage ci-dessus. Cliquez sur la vidéo pour la regarder dans son intégralité.


Ils sont des milliers à patienter sous la pluie ce soir-là, en attendant de rejoindre l’ambiance incandescente de l’octogone et ses combats de MMA. Un sport qui mixe judo, boxe, karaté, coup de poing, coup de pied, mais aussi lutte au sol avec étranglement et clé articulaire. Discipline interdite, il y a encore six ans, le MMA français est passé de l’ombre à la lumière. De la clandestinité à la salle bondée.

“C’est du vrai, de la vraie bagarre, de la vraie bagarre et tu joues ta vie sur un ring” confie un spectateur, “Tout le monde croit que c’est de la bagarre, mais en vrai, il y a beaucoup de techniques, notamment au sol.” ajoute un autre, ou encore pour une autre spectatrice “Il y a moins de règles, on n’est pas sur de la boxe anglaise, on est vraiment où, voilà, il y a du sang et ce n'est pas grave.”

Dans un salon de coiffure de Tours, Emilie Richard vient de terminer la coupe de son dernier client. La coiffeuse de 38 ans range ses ciseaux et prépare ses mains à troquer le peigne pour le poing. “La journée, elle coiffe, elle prend soin des autres et le soir, elle tape, elle fait mal” ironise la coiffeuse.

Depuis deux ans, la jeune femme pratique le MMA en amateur, une passion qu’elle partage en famille. Notamment avec sa fille de 10 ans. Après avoir ôté tous ses bijoux et enfilé ses gants, elle passe du brushing au punching. Donner des coups, mais aussi savoir en recevoir. En amateur, les coups de coude et les coups de genoux dans le visage sont proscrits. Mais dans l’octogone, intensité garantie.

Après une heure de session, notre coiffeuse termine lessivée. Mais ravie. Son club, près de Tours, vient de passer la barre des 500 licenciés avec des profils très différents. Il y a Julien, le médecin de 36 ans, mais aussi Philippe, cadre à la retraite de 70 ans. “Je pense que si on ne s’entretient pas, c’est compliqué. Mais physiquement, c’est dur aussi” partage Philippe.

Mais l’immense majorité des pratiquants qui affluent ici depuis 2 ans, dans ce qu’on appelle la cage, sont des jeunes de 18 à 25 ans. Parmi eux, certains sont des déçus du foot comme Bilel, qui s’entraîne désormais ici, quatre fois par semaine.

Le rêve de beaucoup de ces jeunes, intégrer l’une des ligues professionnelles de MMA, participer à des combats payés parfois 16 000 euros l’unité. Comme dans l’UFC, la plus prestigieuse ligue du monde où évolue la Française Manon Fiorot. La Niçoise est récemment passée tout près du titre suprême dans sa catégorie. Elle a perdu un combat qu’elle a disputé avec un nez cassé dès le premier round sans que le match ne soit arrêté.

“J’étais concentrée sur mon combat, je me disais juste, je suis en train de perdre le round, je suis en train de gagner le round, mais je ne faisais pas attention. J’avais le nez cassé, mais je ne prenais pas du tout attention. Déjà, l’arbitre, de toute façon, il n’arrête pas pour un nez cassé. Donc, quoi qu’il arrive, il faut continuer, on n’a pas le choix” confie la combattante UFC.

La Française a depuis cette blessure repris sa marche en avant et rêve plus que jamais de titre mondial. Des blessures et des chocs qui font partie du MMA. Une discipline violente, mais pas plus qu’un autre sport de combat selon son neurologue. C’est la partie passée au sol qu’il juge la plus problématique.“C’est évidemment un sport de combat dans lequel il y a des risques pour le cerveau. Mais il n’y a pas plus de risques pour le cerveau que par exemple la boxe. La dangerosité du MMA, c’est le joueur qui tombe, qui continue à prendre des impacts sur un cerveau fragilisé alors qu’il est commotionné. Il faut absolument que l’arbitre intervienne ultra rapidement” explique le Dr Jean-François Chermann, neurologue.

Malgré les risques, la discipline connaît une hausse record de pratiquants, plus 300 % en moins d’un an. Avec désormais près de 60 000 combattants réguliers, le MMA s’impose dans un hexagone déjà fan d’Octogone.