Une descente (FC Metz), un maintien (ASNL) et une montée (Thionville Lusitanos). Après les émotions sportives contrastées, rendez-vous en coulisses : les clubs de football lorrain s'affairent pour monter leur budget 2026-2027. Avec des enjeux différents.
La saison prochaine, le FC Metz et l'AS Nancy-Lorraine évolueront en Ligue 2. Un championnat difficile sur le pré, mais également sur le plan financier. En Ligue 1, le budget moyen des clubs atteint 75 millions d'euros (si l'on retire le PSG qui déséquilibre la balance), contre moins de 15 millions d'euros en Ligue 2. « Les deux championnats ne gravitent pas dans la même réalité économique », rappelle Luc Arrondel, chercheur au centre national de la recherche scientifique (CNRS), spécialisé dans l'économie du football. L'ASNL se situe dans ces standards, avec 13 millions d'euros de budget en 2025-2026 en Ligue 2 contre 40 millions d'euros pour son meilleur ennemi une division plus haut, le FC Metz. Le club du président Bernard Serin n'échappera pas aux réalités économiques de la deuxième division : son budget devrait être divisé par deux pour la saison à venir.
Le couperet de la baisse des droits TV
Cela s'explique par la baisse drastique des droits TV : 40 millions d'euros à se partager entre les clubs de Ligue 2 par rapport à 182 millions d'euros dans l'élite. Les rentrées d'argent relatives à la billetterie, à la commercialisation de prestations VIP, au sponsoring… sont moins importantes également. Pour compenser, les présidents ajustent les salaires. Les contrats prévoient généralement des réductions en cas de descente de L1 à L2, parfois jusqu'à 50 %. Malgré tout : « En moyenne, la masse salariale des clubs de Ligue 2 dépasse leurs revenus courants, obligeant les dirigeants à transférer des joueurs pour équilibrer les comptes », explique Luc Arrondel.
« Nous attendons notre passage devant la DNCG, prévu au mois de juin avant de communiquer sur notre budget », indique Krishen Sud, président du club, contacté par La Semaine. L'ASNL peut s'appuyer sur un effectif dont la valeur globale atteint 12,7 millions d'euros (en comptant les joueurs prêtés et en fin de contrat à la fin de la saison). Le prometteur Enzo Tacalfred, qui a signé un contrat de trois ans l'année dernière, est valorisé à 1 million d'euros selon Transfermarkt. La plupart des autres joueurs ont des valeurs qui oscillent entre 300 000 et 800 000 euros.
À Metz, pour absorber les baisses de recettes à venir, il faudra tirer le meilleur prix possible des joueurs encore sous contrat qui seront la cible d'offres. Gauthier Hein, estimé à 5 millions d'euros, Sadibou Sané (4 millions d'euros), mais surtout Believe Munongo (10 millions d'euros) ou Alpha Touré (5 millions d'euros), convoité par West Ham United en Angleterre, pourraient permettre au FC Metz d'équilibrer les comptes pour la saison à venir. Selon Luc Arrondel, la descente n'impacterait pas la valeur marchande individuelle des joueurs du FC Metz. « Le problème est que l'obligation de vendre laisse moins de marge de manœuvre dans les négociations. Si plusieurs clubs se manifestent pour un même joueur, cela peut faire grimper les montants. » Le FC Metz, dont la directrice générale, Hélène Schrub, vient de démissionner, et l'ASNL, vivront un été chaud.
Thionville : Petit Poucet, vraiment ?
Au club de Thionville Lusitanos, les réalités économiques sont différentes. Grâce à sa montée en Ligue 3, championnat professionnel dont les matchs seront diffusés par Ligue 1 +, l'entité bénéficiera d'une visibilité nationale. Idéal pour taper dans l'œil de sponsors qui constituent le cœur de l'économie du club. « Le sponsoring nous permet de dégager 50 % de nos recettes. Nous avons 150 partenaires et nous en recherchons 50 de plus », indique François Ventrici, président de Thionville Lusitanos. Les sponsors sont majoritairement des artisans et des PME qui participent à hauteur de 5 000 à 50 000 euros. En revanche, Thionville Lusitanos ne touchera pas de droits TV, malgré les retransmissions.
« Notre force, c'est notre capacité à garder une structure légère, avec 30 salariés. »
François Ventrici, président de Thionville-Lusitanos.
Cette saison en N2 (quatrième division française), le budget du club nord mosellan culminait à 1,5 million d'euros. Pour celle à venir, le président ambitionne d'atteindre 2,5 millions d'euros. Les affiches à venir contre Valenciennes, Caen, Amiens ou Cannes permettront de remplir le stade. En moyenne, François Ventrici vise 1 500 entrées payantes par rencontre, pour dégager 500 000 euros dans la saison. « Nous devons anticiper les hausses de dépenses liées aux déplacements un peu plus longs, 30 % de surplus, et aux salaires des joueurs qui augmentent d'environ 20 %. » En Ligue 3, pour répondre au cahier des charges, le club devra passer de huit à quinze joueurs professionnels.
« Notre force, c'est notre capacité à garder une structure légère, avec 30 salariés. Même si 80 % de l'effectif devrait rester la saison prochaine, nous allons renforcer l'équipe avec parcimonie pour stabiliser le club en Ligue 3. » À ce niveau, hors de question de miser sur des transferts payants. « Comme chaque année, nous miserons sur les jeunes et les joueurs locaux. » Depuis quelques années, Thionville-Lusitanos se prépare au monde professionnel. Cette montée ne bouleversera pas son fonctionnement.
« Nous craignons un effondrement financier de notre système sportif français »
Le député de la Moselle Belkhir Belhaddad est rapporteur d'une proposition de loi sénatoriale concernant le sport professionnel dans le cadre de son examen à l'Assemblée nationale.
Les clubs de football de Ligue 1 et 2 cumulent 1,5 milliard d'euros de déficit. En quoi la proposition de loi sur le sport professionnel que vous rapportez est-elle une réponse face à l'urgence ?
Belkhir Belhaddad : « La proposition de loi a été largement adoptée en commission le 13 mai dernier. Le gouvernement est en charge de proposer une date d'examen en séance publique dans les semaines qui viennent pour une adoption définitive en commission mixte paritaire cet été. Elle ne concerne pas uniquement le football, mais aussi le basketball, le handball, le rugby, le volleyball et le cyclisme. Elle vise à mieux encadrer l'organisation et la gestion du sport professionnel en donnant notamment un pouvoir élargi aux fédérations et en légiférant autour de ce que les Ligues peuvent faire ou non, avec un contrôle possible des activités par la Cour des comptes.

Nous voulons aussi éviter la reproduction d'erreurs passées. L'exemple typique, c'est le fiasco Mediapro qui a ébranlé la famille du football et l'ensemble du sport français. Aujourd'hui, nous craignons un effondrement financier de notre système sportif français. Tous les clubs n'ont pas la chance de pouvoir compter sur un actionnaire capable d'éponger les déficits. La rétrogradation administrative des Girondins de Bordeaux à l'été 2024, n'est pas un accident isolé : c'est l'avertissement adressé à toute une économie. Aucune ville phare de notre football n'est aujourd'hui à l'abri d'un scénario comparable.
La France risque-t-elle de subir un effet domino qui viendrait impacter le monde amateur ?
La mise en place cette saison de la chaîne Ligue 1 + ne répond pas tout à fait aux objectifs, puisque les 1,2 million d'abonnés ne dégagent pas suffisamment d'argent et donc de droits TV pour nos clubs. Ce qui déséquilibre les budgets des structures professionnelles et impacte effectivement le sport amateur. Depuis la loi Buffet, 5 % des droits TV servent à alimenter le sport amateur et l'agence nationale du sport. L'argent réuni dans ce fonds a, par exemple, permis l'installation du Pumptrack de Semécourt, que nous avons inauguré le 16 mai. Ce constat a conditionné différents travaux parlementaires initiés par les sénateurs Savin et Lafon et que nous poursuivrons à l'Assemblée nationale.
Concernant les droits TV, notamment dans le football, que prévoit votre proposition de loi ?
« Une meilleure redistribution des revenus entre les clubs selon un ratio d'un à trois. Actuellement, il y a un rapport d'un à dix entre les clubs de Ligue 1, avec le PSG loin devant. Aujourd'hui un club comme le FC Metz rencontre des difficultés financières à cause de la répartition injuste des droits TV. Nous prévoyons de créer une société commerciale au sein de laquelle seront prises les décisions. On y retrouvera les clubs, la fédération et CVC Capital [actionnaire minoritaire à 13 % de la Ligue 1]. Chaque membre aura une voix et donc le même poids. »
Votre proposition de loi prévoit des mesures contre le piratage. Un autre moyen de lutter contre la baisse des droits TV ?
« Le piratage représente un manque à gagner de 300 millions d'euros pour le sport chaque année. Il faut renforcer la lutte en donnant plus de moyens à l'Arcom [Autorité de régulation de la communication audiovisuelle]. Notre objectif est de rendre possibles les blocages de diffusion en temps réel. Nous allons instaurer un nouveau délit qui ne visera pas l'utilisateur final, mais les services commercialisés de manière illicite, comme les boîtiers IPTV. »
Vous prévoyez aussi des mesures pour favoriser le sport féminin…
« Le développement du sport féminin est primordial. J'ai introduit un amendement à la proposition de loi pour renforcer la solidarité entre le sport masculin et féminin. Cela implique une meilleure distribution des ressources : un club de Ligue 1 ou 2 ne pourra plus arrêter une section féminine, même si celle-ci n'atteint pas l'équilibre financier. »



