Sur le site maya de Chichén Itzá, au Mexique, la Coupe du monde est l'occasion de mettre en lumière un antique sport de balle, lointain ancêtre du football.
Le 20 mars, jour du printemps, le trophée en or 18 carats du Mondial, organisé du 11 juin au 19 juillet aux États-Unis, au Canada et au Mexique, a été exposé au pied de la pyramide de Kukulcán, dans la péninsule du Yucatán.
Le complexe maya de Chichén Itzá est l'une des sept merveilles du monde moderne. À chaque équinoxe de printemps, les foules s'y pressent pour assister à la «descente de Kukulcán», le serpent à plumes. À cette période, le soleil en se couchant projette sur la grande pyramide à degrés des ombres qui semblent faire descendre cette divinité maya du ciel vers la terre.
C'est là aussi que se trouve le plus grand terrain du monde de jeu de balle maya, un rituel religieux apparu vers 900 avant notre ère et prédécesseur culturel des sports collectifs modernes tels que le football, avec lequel il n'a toutefois aucun lien direct.
La descente du serpent à plumes
Vêtues d'un pagne traditionnel qui recouvre le bassin, deux équipes de quatre joueurs s'affrontent pour le contrôle d'un lourd ballon en caoutchouc sur un terrain creusé dans le sol, qui représente les enfers.
Les joueurs ne frappent la balle qu'avec les cuisses ou les hanches, sans utiliser ni les mains ni les pieds. Après quelques passes au ras du sol, effectuées en position assise, l'un d'entre eux se met à courir, freine brusquement et avance avec précision pour asséner un coup sec au ballon. Celui-ci s'élève à trois mètres, cherchant à entrer dans l'étroit anneau vertical situé au centre du terrain. C'est le coup de maître grâce auquel une équipe peut être sacrée championne, explique à l'AFP Ãngel Jesús Be Chi, capitaine de l'équipe mexicaine Mayawayak, qui a remporté la Coupe du monde de jeu de balle maya en 2023.
Cette compétition se dispute tous les deux ans depuis 2015. Sept pays y participent: le Mexique, les États-Unis, le Guatemala, le Belize, le Honduras, le Salvador et le Panama. Be Chi aimerait que son sport soit pleinement reconnu par les autorités mexicaines.
«Tout comme elles soutiennent le football et d'autres sports, afin que nous puissions représenter le pays», explique cet infirmier de 26 ans, qui entraîne aussi une équipe féminine à San Pedro Chimay, une petite localité située à 125 km à l'ouest de Chichén Itzá.
Un ballon de trois kilosÂ
Le ballon pèse près de trois kilos et «au début, ça fait très mal quand on le frappe», reconnaît Melissa Chan, 14 ans, qui joue depuis cinq mois.
Avec le temps, le jeu s'est modernisé en s'ouvrant aux femmes, explique José de Jesús Manrique, président de la fédération internationale du sport ancestral de la balle maya. C'est lui qui, en 2007, a mis sur pied la première équipe afin de ressusciter un jeu tombé dans l'oubli pendant 450 ans, depuis que les conquistadors espagnols l'avaient interdit au XVIe siècle en raison de sa portée sociale et politique.
«Nous voulons redynamiser notre jeu sans en perdre l'essence», explique ce pionnier, qui organise tous les vendredis un match exhibition devant la cathédrale de Mérida, capitale du Yucatán. Ainsi «nous n'accepterons pas que le ballon soit frappé du pied, car pour nous, la balle est sacrée».
Par d'autres aspects, le jeu se rapproche toutefois du football, explique à l'AFP l'archéologue Abimael Josué Cú, responsable de Chichén Itzá. «On peut effectivement voir une sorte de parallèle» avec des sports «commémorant un grand événement politique (…) comme l'accession au trône d'un souverain».
Il était donc important qu'à moins de trois mois du début de la compétition, la Coupe du monde fasse escale ici dans le cadre d'une tournée promotionnelle passant par huit villes mexicaines.
«C'est un symbole formidable pour le Mexique» et «l'image va faire le tour du monde», s'est réjoui l'ancienne gloire du football mexicain Hugo Sánchez en découvrant le trophée, que seuls les champions du monde peuvent toucher. C'est donc Fernando Llorente, sacré en 2010 avec l'Espagne, qui s'est chargé de le sortir de son écrin au pied de la mythique pyramide.
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AFP
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