& Atilde;‰DITO – Coachella en vaut-il encore la peine ? Longtemps incontournable, le festival américain serait-il désormais ringardisé par sa nature même ? Et ne préfère-t-on pas désormais davantage de mystère et d’inconnu plutôt que du tapage incessant ?
Il y a dix ans, en pleine vague hipster, la planète n’avait d’yeux que pour le festival américain Coachella, qui en week-ends jumeaux, reprenant la même programmation à chaque fois, permettait de jauger du pouls de l’année musicale, faisant jouer les artistes les plus en vue, les plus demandés. Jouer à Coachella était une bénédiction et y aller, en spectateur, un devoir quasi absolu. Coachella racontait le monde et l’ascension exponentielle des musiciens des années 2010. En 2026, pourtant, la question est partout : qui a encore vraiment envie d’aller à Coachella ? Le festival a été ringardisé par trois choses, qui nous en éloignent. D’abord, le tarif exorbitant de tout ce qui y touche de près ou de loin, du prix des billets pour y accéder, du prix des avions pour s’y rendre, du prix des burgers sur place, des frites afférentes et même, sans doute, des drogues qui y circulent. Coachella est devenu une expérience non plus musicale, mais une épreuve bancaire : pour y survivre, il faut être copain comme pas possible avec son banquier, avoir un crédit illimité, être prêt à échanger, comme dans un mauvais film américain, un rein contre un souvenir de concert. Le coût est trop élevé. Ce qui entraine une deuxième raison : d’autres festivals, plus spécialisés, abondent désormais, qui proposent des artistes soit plus pointus (on pense au festival de musique électronique Rewire ou Variations à Nantes) soit plus formellement engagés (We Love Green, par exemple). On paie moins, on découvre davantage.
Et puis, enfin, qui a envie, encore, de traverser la planète pour se retrouver à enchaîner des concerts et à les voir, au même moment, sur tous les réseaux sociaux ? Comme si, finalement, trop de Coachella (sur écran) avait tué Coachella (dans la vraie vie). Les seules choses qui comptent, au fond, ces temps-ci, ne relèvent plus de la grandiloquence des événements, mais de leur intimité la plus absolue. C’est la leçon des clubs de lecture de Dua Lipa, qui remettent de la valeur dans le moment passé entre les pages d’un livre. Qui va venir nous rappeler l’intimité éprouvée dans un disque ou un morceau écouté en boucle ? Pour ne pas être tout à fait négatif, il y a tout de même eu ce moment à Coachella il y a quelques jours, durant lequel Oklou s’est assise sur la scène, jouant d’une flûte à bec. Un moment suspendu, planant, fragile. Au milieu d’un parterre soudain calmé. Le paradoxe? Cet instant rare se déroulait à Coachella et les images captées de ce moment si joliment intime étaient rarissimes, voire inexistantes sur nos réseaux… Comme si le plus gracile ne survivait ni au souvenir de ce festival ni à la captation tous azimuts.
Et comme par une mise en abyme, ces jours-ci, entre la sortie du nouveau Céline Dion, le raz de marée pour les concerts de la même Céline Dion, survenus entre les week-ends de Coachella, quelque chose d’un peu plus doux est survenu, quelque chose qui joue non pas avec la puissance mais plutôt avec la discrétion voire le silence. Après l’envoi de quelques cassettes VHS (vous vous souvenez de l’époque de la vidéo ?) aux images saturées difficiles à déchiffrer, surmontées d’harmonies électroniques rêveuses, des affiches mystérieuses sont apparues dans plusieurs villes, sur plusieurs continents, montrant des images proches de l’esthétique du duo anglais Boards of Canada dont on n’avait plus eu de nouvelles depuis treize ans et leur album Tomorrow’s Harvest. Et dans la nuit de jeudi à vendredi, en même temps que Céline Dion, un morceau de Boards of Canada justement surgissait, dans une vidéo aux mêmes reflets de tube cathodique diffracté, permettant d’entendre un morceau inédit, et désarmant de beauté. Quelque chose à voir avec le silence ? Face aux tsunamis hyperorchestrés des grands événements, la modestie du duo écossais permettait de regarder le monde avec davantage de mystère. Et de rêve.





