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Climat et intelligence artificielle : lONU mise sur la technologie malgré les risques importants identifiés

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[Article déjà publié le 28
septembre 2025]

Le climat mondial se réchauffe à un rythme qui dépasse les
capacités d'adaptation des sociétés humaines. Chaque année, les
phénomènes extrêmes rappellent la fragilité des infrastructures et
la difficulté de coordonner des réponses collectives. Face à cette
urgence, les gouvernements cherchent de nouveaux leviers capables
d'accélérer la transition climatique, et l'intelligence
artificielle apparaît désormais comme l'un des plus puissants.

L'intelligence artificielle, nouvel outil de la diplomatie
climatique mondiale

Longtemps cantonnée aux laboratoires et aux assistants vocaux,
l'intelligence artificielle s'impose peu à peu comme un rouage
central de la lutte contre le
dérèglement climatique. Elle intervient dans la modélisation
des risques, la gestion prédictive des catastrophes et même la
négociation diplomatique. À l'ONU, elle est déjà mobilisée pour
accompagner les États dans la rédaction de leurs plans de réduction
des émissions. Simon Stiell, secrétaire exécutif de la
Convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques
(CCNUCC), rappelle que ces outils sont désormais capables d'aider à
cartographier les zones vulnérables, optimiser l'implantation des
infrastructures vertes et guider la planification territoriale de
long terme.

Sur le terrain énergétique, l'IA pilote des réseaux dits
intelligents, capables de répartir la charge selon les besoins et
d'anticiper les pics de consommation. Elle permet aussi de
concevoir des procédés industriels à plus faible empreinte carbone,
et de réduire les pertes d'énergie dans les systèmes de transport
ou de production. D'après DigWatch, ces applications
concrètes participent déjà à la modernisation de l'action
climatique.

Quand les promesses technologiques révèlent les failles de la
transition climatique

Malgré ces avancées, l'enthousiasme technophile ne suffit plus à
masquer les déséquilibres qui minent la
transition climatique. Si les investissements dans les énergies
renouvelables ont été multipliés par dix en dix ans, comme l'a
souligné Simon Stiell dans The Guardian, les bénéfices de
ce boom restent inégalement répartis. Certaines régions du monde,
en particulier en Afrique ou en Amérique latine, peinent à financer
leurs infrastructures bas-carbone, malgré un fort potentiel. L'IA
pourrait amplifier ces inégalités si ses outils restent concentrés
dans les mains d'un petit nombre d'acteurs économiques et
géographiques.

Les chiffres parlent d'eux-mêmes. Sur plus de 700 projets
industriels bas-carbone actuellement en développement dans le
monde, seuls quinze par an parviennent à réunir les financements
nécessaires pour entrer en production. Ce constat, relayé par
l'Industrial Transition Accelerator,
révèle une fracture croissante entre pays innovants et territoires
à la traîne. Une fracture que l'IA, sans garde-fou, pourrait
accentuer plutôt que réduire.

Climat et intelligence artificielle : lONU mise sur la technologie malgré les risques importants identifiés

Des centres de données aux décisions
politiques, un équilibre encore fragile

Derrière ce paradoxe se cache une réalité encore peu connue du
grand public. Les modèles d'intelligence artificielle exigent une
énergie colossale pour fonctionner. Chaque requête, chaque calcul
repose en effet sur des
centres de données toujours plus vastes. Leur consommation
grandissante menace l'équilibre énergétique à l'échelle mondiale.
C'est précisément ce que redoute Simon Stiell. Il appelle donc les
plateformes à miser sur les énergies renouvelables tout en innovant
pour limiter leur impact.

Le problème ne se limite pas à la dépense énergétique brute. Il
s'étend à la question de l'infrastructure, de l'accès aux
ressources, et des choix politiques qui orienteront le
développement de l'IA dans les prochaines années. Le secrétaire de
l'ONU plaide pour une régulation internationale rapide, capable
d'encadrer les usages tout en maximisant les bénéfices concrets
pour la planète. L'IA, rappelle-t-il, ne doit pas remplacer les
humains, mais renforcer leur capacité d'action.

À l'approche de la COP30, prévue en novembre au Brésil, cette
position prend une dimension stratégique. Plusieurs grands pays –
Chine, Inde, Russie ou encore Arabie Saoudite – n'ont pas encore
soumis leur nouvelle feuille de route climatique, pourtant attendue
depuis février. L'intelligence artificielle pourrait être l'outil
qui accélère leur engagement, ou le révélateur de leur inertie. Si
elle est bien encadrée, elle deviendra un levier. Sinon, elle
risque d'agir comme un miroir grossissant des retards et des
déséquilibres existants.