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Les médias parlent de la crise du vin de Bordeaux, mais personne ne parle du cognac. Pourtant, 97,5 % de sa production part à l'export, dans 139 pays. C'est le deuxième produit agricole exporté de France. Et en 2025, ses deux premiers marchés mondiaux, la Chine et les États-Unis, se sont retournés contre lui en même temps. Le chiffre d'affaires de la filière a chuté de 39 % depuis 2021.
Le vignoble charentais produit exclusivement des raisins destinés à la distillation du cognac © Petegar
Une ville de 20 000 habitants qui domine un marché mondial
Cognac est une ville ordinaire en Charente, à quelque chose près. Là -bas, le Baudoinia compniacensis colonise façades, tuiles et arbres. Ce champignon dit à lui seul l'échelle de la production : des millions de litres vieillissent ici, dans des chais qui longent la Charente.
Car Cognac est une anomalie géographique. Hennessy, Rémy Martin, Martell, Courvoisier sont toutes nées dans ce petit territoire charentais. Leurs produits partent aux quatre coins du monde, des bars de Tokyo aux tables de Lagos, de Dubaï aux pays du Golfe où la consommation d'alcool est légalement restreinte. Le deuxième produit agricole exporté de France vient d'une ville de 20 000 habitants.
En 2025, la Chine a déclaré la guerre au cognac
Le cognac doit son succès à son ouverture sur le monde. Mais cette dépendance est aussi sa fragilité. En octobre 2024, Pékin a déclenché les hostilités : la Chine a appliqué des droits antidumping de 34 % à 38 % sur les eaux-de-vie européennes, en réponse aux taxes européennes sur les véhicules électriques chinois. Le cognac charentais paie la facture d'une guerre commerciale qui ne le concerne pas.
Le duty free interdit, les façades toujours noires
En décembre 2024, Pékin a interdit la vente de cognac dans le canal duty free, qui représentait près de 20 % du chiffre d'affaires réalisé en Chine. Ce canal était le dernier refuge des exportateurs. Sa fermeture a provoqué une chute de 75 % des expéditions vers la Chine en décembre 2024. Sur l'ensemble de 2025, les exportations ont plongé de 15 % en volume et 24 % en valeur.
Pendant que les guerres commerciales font rage, le cognac continue de vieillir © Noonika
Les États-Unis menacent, la filière dos au mur
La Chine n'est pas seule. Les ventes aux États-Unis ont chuté de 21 % en 2025, sous l'effet de taxes additionnelles. Début 2026, une nouvelle menace de taxation à 200 % plane sur les spiritueux français. Ses deux premiers marchés sont en crise en même temps, ce que la filière charentaise qui emploie 70 000 personnes, n'avait jamais vécu. « Il serait inacceptable que le cognac continue d'être traité comme une variable d'ajustement dans le cadre de dossiers politiques qui ne nous concernent pas », tranche Florent Morillon, président du BNIC.
Quand le monde se ferme, Cognac se retourne vers son territoire
Face aux marchés qui se ferment, la filière cherche de nouveaux relais. L'Inde, l'Asie du Sud-Est et l'Afrique sont identifiés comme les marchés de demain. Mais la reconquête prend du temps. En attendant, Cognac mise sur ce qu'elle a toujours eu : son territoire.
Le spiritourisme représente désormais jusqu'à 30 % du chiffre d'affaires d'une maison, avec 2 millions de visiteurs par an sur 327 sites ouverts au public. Quand la Chine ferme ses portes et que les États-Unis menacent, les touristes européens viennent à Cognac voir comment se fabrique ce spiritueux charentais. Et beaucoup aiment à prolonger leur séjour dans cette ville tranquille du bord de Charente.






