Cinq jours après avoir dit quelques mots en zone mixte au MetLife Stadium de New York, Kylian Mbappé s’est présenté pour sa première conférence de presse de la Coupe du monde, dimanche 21 juin, à Philadelphie. Le capitaine des Bleus a répondu avec son éloquence habituelle, en français, en anglais et en espagnol, à toutes les questions. Il a notamment pris la défense d’Ousmane Dembélé, critiqué pour son manque d’impact en sélection, tout en évacuant les questions trop personnelles.
Vous sortez d’une saison blanche avec le Real Madrid. On vous a reproché de ne pas assez défendre. Est-ce que ça peut vous servir de leçon pour la suite ? Et est-ce que la manière dont le Paris Saint-Germain a joué vous inspire à titre personnel ?
Les équipes qui gagnent inspirent toujours le football actuel. Le monde du football est fait de culture de l’instant. C’est toujours l’équipe qui gagne qui a raison. Depuis que j’ai commencé le foot, on nous a dit de copier le jeu de possession de Barcelone, l’attaque à trois du Real, l’intensité du Bayern, et maintenant on nous demande le contrepressing du PSG. L’équipe qui gagne inspire toujours. Maintenant, le foot de sélection, c’est autre chose.
Le groupe de 2026 ressemble-t-il plus au groupe de 2018 ou de 2022 ? Que retenez-vous de vos deux dernières expériences pour aller au bout cette année ?
Si on parle en termes de terrain, on est une équipe plus offensive qu’en 2018 et en 2022. On est plus portés vers l’avant. En termes de groupe, on est dans la continuité tout au long du mandat du coach pendant 14 ans. C’est l’évolution de sa patte et de sa méthode. Et l’arrivée de pas mal de jeunes talents. Le chemin va être très long.
On a gagné seulement un match. Demain, on a un match qui va être compliqué. Mais on est en chemin pour ce qu’on veut faire. On essaie de ne pas trop regarder trop loin. Une Coupe du monde, c’est très imprévisible. Il faut juste jouer les matchs les uns après les autres et écrire notre histoire à chaque match.
Il y a eu beaucoup de questions concernant votre positionnement. Cela fait un an que vous jouez n°9, est-ce désormais votre poste de prédilection ?
Je ne sais pas. Je me sens bien en ce moment. Je ne pense pas que ce soit dû à la position. Je me sens juste bien physiquement et mentalement. J’ai fait trois Coupes du monde, j’en ai joué une à droite, une à gauche, et pour l’instant je commence devant. Cela montre que la position dans laquelle je joue n’est pas très importante.
Tout est une question d’animation, des profils avec lesquels tu es associé et du type d’adversaire que tu vas jouer. La stratégie peut être totalement différente, même si on est une équipe qui doit imposer son style. On peut répondre à cette question complexe de différentes manières. Je me sens bien sur les trois postes de l’attaque. Du moment que je joue, le reste peut aller naturellement.
Vous restez sur un triplé et un doublé dans vos deux derniers matchs dans la compétition. On est au pays des super-héros, est-ce que vous avez l’impression d’être Captain Coupe du monde en mission pour battre les records ?
J’ai juste l’impression d’être un joueur qui a pleinement conscience de ce qu’il joue, c’est-à -dire une Coupe du monde, de représenter plus de 67 millions de Français. Je vais essayer de donner la meilleure image de mon pays et d’en marquer l’histoire. J’essaye de jouer toujours à fond, de prendre beaucoup de plaisir aussi.
Pas mal de joueurs, avec la pression que nécessite une Coupe du monde au niveau émotionnel et des résultats, n’arrivent pas à profiter. Cela vient avec l’expérience. Je sais que j’ai de la qualité, maintenant il faut le démontrer sur la plus grande des scènes. Je ne pense pas qu’un doublé en phase de groupes soit suffisant pour montrer l’étendue de mon talent.
Ousmane Dembélé a été moins en vue que le reste des offensifs contre le Sénégal, comment le sentez-vous ? Se sent-il à l’aise sur un côté en équipe de France ?
Je ne sais pas, s’il est moins en vue. J’ai revu le match deux fois : une fois tout seul, une fois avec des personnes du staff. La première mi-temps, c’est le meilleur offensif des quatre, c’est celui qui arrive le plus à fluidifier le jeu. En deuxième mi-temps, Michael et moi avons été décisifs, mais il a aussi contribué. Quand on voit le premier but, la passe de Michael existe parce qu’Ousmane attire Niakhaté et libère l’espace pour que je puisse m’y engouffrer. Ce sont des choses qui ne comptent pas sur la ligne de statistiques, mais c’est tout aussi important. Sans ça, il n’y a pas de passe, pas d’appel et pas de but, et on est toujours à 0-0.
Ousmane est très tranquille. C’est le Ballon d’or. Il sait qu’il a la confiance de tout le groupe. C’est un joueur très important pour nous. Cela fait des années qu’il est là . Il connaît parfaitement comment fonctionne l’équipe de France et son paysage médiatique. On n’a pas de problème avec ça. Je suis sûr que dès demain, il va continuer sa marche en avant. Il ne faut pas oublier non plus qu’il a été blessé en fin de saison. Il va être un joueur primordial, c’est sûr.
Votre relation avec Ousmane Dembélé reste à parfaire. Comment retrouver la complicité que vous avez en dehors des terrains ?
Il ne faut pas, que ce soit vous les journalistes ou les amateurs de foot, uniquement parler des connexions directes entre deux joueurs : lui me donne le ballon, moi je lui donne le ballon. Dans une animation, tu peux avoir une très bonne connexion avec un joueur qui ne te fait pas beaucoup de passes mais qui te libère des espaces, qui te permet d’avoir plus de temps pour jouer par son positionnement. Bien sûr que la relation directe que j’ai avec Ousmane sur le terrain, on va la peaufiner.
Mais, quand je regarde les mouvements que j’ai vus, je ne vois pas des joueurs déconnectés les uns des autres. Je ne dis pas qu’on était parfaits. En termes émotionnels, pas mal de joueurs disputaient leur première Coupe du monde. Il y a eu de la crispation. C’est un mélange de pas mal de choses. Maintenant, la deuxième mi-temps est un avant-goût de ce qu’on peut faire quand on a de bonnes dispositions techniques. En termes d’intensité, on était là .
Quel effet ça vous fait d’atteindre la barre des 100 sélections en pleine Coupe du monde ? Et comment vivez-vous la course au record de buts dans la compétition ?
C’est un chiffre historique, encore plus en pleine Coupe du monde. Cela va être spécial pour moi, mais c’est l’enjeu du match qui prime. On doit gagner pour se qualifier, c’est clair dans mon esprit. Je suis là pour aider l’équipe et l’amener le plus loin possible pour gagner la Coupe du monde.
Pour le record, je savais que Leo allait marquer des buts. C’est plus une question pour lui. Lui, il l’a [le record]. Moi, je suis derrière. Je vais bien sûr essayer de continuer à marquer des buts pour aider mon équipe à aller le plus loin possible et gagner la Coupe du monde.
Combien de Coupes du monde comptez-vous disputer ? Comme Cristiano Ronaldo et Lionel Messi, on vous verra sur les terrains à 40 ans si votre corps vous le permet ?
Je ne serai pas là à 40 ans, vous m’aurez chassé avant… (il plaisante). Je ne me projette pas. Je pense juste à cette Coupe du monde. Je ne pense qu’à l’instant présent, à profiter de la Coupe du monde, et à bien jouer.





