Les Etats-Unis se font tacler avant même l’ouverture du Mondial. Une série de polémiques a émaillé la préparation de la compétition, qui débute jeudi 11 juin avec le match d’ouverture entre le Mexique et l’Afrique du Sud. Aux frontières américaines, plusieurs joueurs, arbitres, membres de délégation et journalistes rencontrent des problèmes avec les autorités.
“Tout le monde sera le bienvenu au Canada, au Mexique et aux Etats-Unis pour la Coupe du monde de la Fifa l’année prochaine”, avait pourtant assuré le président de la Fifa, Gianni Infantino, en août 2025. Mais en décembre, les autorités américaines ont annoncé des restrictions d’entrée sur leur territoire visant de nombreux pays, “afin de protéger” les Etats-Unis “contre les menaces pour la sécurité nationale et la sécurité publique”, selon la fiche d’information de la Maison Blanche. Parmi les pays concernés, certains, comme l’Iran, Haïti, le Sénégal ou la Côte d’Ivoire, sont qualifiés pour la Coupe du monde.
Un arbitre somalien refoulé à la frontière
Omar Artan a obtenu en 2025 le titre de meilleur arbitre africain, selon la Confédération africaine de football (CAF). Mais cela n’a pas permis à l’arbitre somalien de pénétrer sur le territoire américain. Titulaire du statut Fifa depuis 2018, l’arbitre a été refoulé samedi par les autorités américaines à son arrivée à l’aéroport international de Miami (Floride). Il a été interrogé pendant onze heures, détenu plusieurs heures dans une cellule de rétention, puis mis à bord d’un vol retour direction Istanbul, en Turquie. Loin de prendre la défense de son arbitre, la Fifa a ensuite annoncé que le Somalien ne participerait pas au Mondial. “La Fifa n’intervient pas dans les procédures d’immigration du pays hôte, y compris dans l’octroi des visas”, précise le communiqué.
La décision provoque l’indignation en Somalie. Le ministère de la Jeunesse et des Sports somalien a défendu “l’intégrité” de son concitoyen. L’homme au sifflet “était titulaire d’un passeport diplomatique”, fait aussi savoir à franceinfo l’ambassade de Somalie au Kenya, qui a aidé Omar Artan a obtenir le précieux sésame. “L’ambassade des Etats-Unis lui a délivré un visa à entrées multiples valide”, insiste l’ambassade, “après vérification et après une enquête approfondie”. “J’avais les bons documents, j’avais tout, j’avais le bon visa”, a également réagi l’arbitre de 34 ans auprès du New York Times.
“Je ne suis qu’un arbitre qui tentait de vivre son rêve, le plus grand rêve de ma vie : participer à la Coupe du monde.”
Omar Artanau “New York Times”
Un responsable du Département d’Etat américain a déclaré à l’AFP que l’arbitre était “lié à des personnes soupçonnées d’appartenir à des organisations terroristes”, ce qui “rendait le voyageur inéligible à l’entrée” sur le sol américain. Mais il faut aussi se souvenir que, fin novembre, Donald Trump avait qualifié la Somalie de “pays pourri” et fait part de son intention de mettre fin au statut spécial protégeant les ressortissants somaliens d’une expulsion.
Le contrôle des joueurs sénégalais à l’aéroport fait réagir
Des vidéos, largement diffusées sur les réseaux sociaux ces derniers jours, montrent les joueurs sénégalais, ainsi que le staff technique, en train de se faire contrôler sur le tarmac d’un aéroport américain. Chaque membre de l’équipe sénégalaise passe, un à un, par un détecteur de métaux.
Des internautes, notamment sénégalais, se sont indignés en dénonçant les conditions dans lesquelles certaines équipes arrivent sur le sol américain. “J’aimerais bien savoir si les équipes d’Angleterre ou de France ont été contrôlées de la même manière”, se demande un TikTokeur.
“Cette Coupe du monde est faite pour humilier les Africains.”
Un supporter sénégalaissur TikTok
Face à l’ampleur de la polémique, la Fédération sénégalaise a précisé, mardi dans un communiqué, le contexte de cette opération. Elle affirme que la scène s’est déroulée lors d’un transfert pour un vol intérieur à l’aéroport de Raleigh, en Caroline du Nord, au moment de l’embarquement, dimanche.
Pour une question de logistique, le bus qui transportait la délégation a été autorisé à se rendre directement sur le tarmac de l’aéroport. “Cette procédure a permis aux joueurs et aux membres du staff d’effectuer l’ensemble des contrôles de sécurité et de police directement au pied de l’avion, sans avoir à transiter par les zones habituelles de l’aérogare et les salles d’embarquement”, explique le communiqué. La fédération assure que la procédure s’est déroulée dans le respect des règles de sûreté et qu’aucun incident particulier n’a été signalé.
L’arrivée chaotique des Irakiens
D’autres pays en lice ont connu des problèmes administratifs à leur arrivée aux Etats-Unis. Aymen Hussein, l’attaquant vedette de la sélection irakienne, a été retenu près de sept heures samedi à l’aéroport de Chicago, rapporte The Guardian. Le joueur d’Al-Karma a vu son téléphone inspecter par les douanes américaines, confie au quotidien un responsable irakien.
Aymen Hussein a finalement pu entrer sur le sol américain avec ses coéquipiers, mais le photographe officiel de la sélection n’a pas eu cette chance, malgré un visa valide. Talal Salah “a été retenu pendant plus de dix heures, a subi des contrôles téléphoniques similaires et s’est finalement vu refuser l’entrée aux Etats-Unis”, ajoute le responsable irakien au journal britannique. Les autorités américaines n’ont pas donné d’explications, mais cela ne va pas aider la sélection irakienne, future adversaire de la France, a bien préparé son Mondial.
Les joueurs iraniens dans le flou
Les frappes entre les Etats-Unis et l’Iran ont repris depuis mardi et ce contexte international ne va pas contribuer à la sérénité de la sélection iranienne. Après une période d’incertitude sur leur participation, les joueurs iraniens se sont préparés dans leur camp de base mexicain de Tijuana. Les joueurs et l’encadrement iraniens ont reçu leurs visas pour les Etats-Unis, où ils doivent disputer leurs trois premiers matchs, mais plusieurs accompagnants ont, eux, vu leur demande refusée, dont le président de la fédération, Mehdi Taj. La sélection va donc se rendre à Los Angeles le 14 juin, par vol charter, à la veille de son entrée en lice contre la Nouvelle-Zélande prévu le lendemain, selon le porte-parole de la fédération iranienne.
Ce rendez-vous est très attendu par la massive communauté iranienne présente dans la cité des Anges. Pourtant, les supporters pourraient faire les frais des tensions géopolitiques avec les Etats-Unis. La fédération iranienne accuse les Etats-Unis de lui avoir retiré son quota de tickets pour le Mondial. “Les Etats-Unis empêchent une nouvelle fois les supporters iraniens d’assister aux matchs de poule de l’équipe nationale”, dénonce la fédération dans un communiqué, avant de rappeler le règlement de la Fifa, qui attribue des places à chaque pays pour ses matchs. Ni la Fifa ni la fédération ou les autorités américaines n’ont réagi.
Des journalistes africains privés de Mondial ?
Patrick Guitey, journaliste ivoirien, couvrira la Coupe du monde depuis son bureau d’Abidjan. “On ne comprend rien”, confie à L’Equipe le reporter qui travaille pour la chaîne de télé NCI et pour son site sport-ivoire.ci. “Avant, pour les Coupes du monde, on était super bien reçus. En 2014, au Brésil, en Afrique du Sud [en 2010] ou en Allemagne [en 2006], c’était magnifique. Les gens sont aujourd’hui découragés, les cautions demandées sont folles.”
“Visiblement, on ne veut pas nous voir aux Etats-Unis.”
Patrick Guitey, journaliste ivoirienà L’Equipe
Ce journaliste est loin d’être un cas isolé. Après un travail de recensement des difficultés rencontrées à l’échelle du continent africain, Abdoulaye Thiam, président de la section Afrique de l’Association internationale de la presse sportive (AIPS)rapporte qu’une grande majorité des journalistes accrédités disposent d’un visa américain, mais avec une seule possibilité d’entrée sur le territoire.
Cette situation semble incompatible avec le calendrier de la compétition. Par exemple, après son match contre la Norvège à New York, l’équipe sénégalaise devra se rendre à Toronto, au Canada. Les journalistes sénégalais ne pourront donc plus entrer aux Etats-Unis après le match au Canada sans avoir un nouveau visa.
L’AIPS juge cette organisation inacceptable. “Dûment accrédités par la Fifa pour couvrir le tournoi, des collègues se heurtent à des difficultés plus ou moins importantes pour obtenir un visa américain”, réagit l’association. Elle demande dans une lettre adressée à la Fifa d’intervenir. En attendant une possible amélioration, certaines rédactions marocaines, sénégalaises, égyptiennes ou encore ivoiriennes redoutent de ne pas pouvoir couvrir les premiers matchs de leur équipe. L’AIPS considère que ces restrictions menacent le principe de couverture libre et équitable d’un événement international.

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