À Mexico, où le premier match du Mondial de foot a lieu jeudi, une section féministe s’est créée dans les stades. Chaque week-end, jusqu’à une centaine de supportrices se déplace, peu importe qui joue.
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On les repère facilement dans les tribunes, elles ne portent pas les couleurs du club, mais leurs maillots violets, la couleur du féminisme. On les entend de loin, aussi, avec des reprises de chants traditionnels des ultras masculins. La Coupe du monde de foot, partagée entre Mexique, Etats-Unis et Canada, débute jeudi 11 juin avec un premier match à Mexico. Des trois pays hôtes, le Mexique est celui qui “respire” le plus le football, mais pas de façon homogène. Car dans ce pays à la culture latine, les femmes sont encore tenues éloignées des stades.
Certaines supportrices tentent de se faire une petite place alors que se profile le plus grand évènement planétaire du ballon rond. “Dans les matchs des hommes, ils chantent : ‘Regardez-les, regardez-les, ce n’est pas une équipe, ce sont des putains d’un cabaret.’ Nous, on a transformé en : ‘Regardez-les, regardez-les, ce sont les femmes qui jouent le football dont je rêvais.'”, explique Luz Rodriguez, 41 ans, l’une des fondatrices de la section féministe.
Chaque week-end, elles sont entre 30 et 100 supportrices à se déplacer dans les stades, peu importe qui joue. “C’est un espace pour les femmes, pour toutes celles qui veulent aller dans les stades dont on nous avait chassées pour des questions de genre et des stéréotypes”, poursuit-elle. Ces stéréotypes, Luz en a été victime quand, à l’âge de 15 ans, dans son école, elle voulait elle aussi jouer au football. “Les filles n’avaient pas le droit de jouer. On a dû se battre avec les garçons pour jouer, un jour chacun à la récréation”, se souvient-elle.
Pourtant, le Mexique a accueilli en 1971 le deuxième Mondial féminin de l’histoire. “Cette finale Mexique-Danemark détient toujours le record de fréquentation pour un match au Stade Aztèque. Pourtant, après ce Mondial, le foot féminin disparaît complètement ici.”
D’autant que la compétition n’a jamais été reconnue par la FIFA, qui n’organisera que vingt ans plus tard le premier mondial féminin officiel. Ces prochaines semaines, ce sont les hommes qui vont jouer. Luz, première passionnée, s’inquiète pourtant déjà du rôle des femmes mexicaines. “Les femmes vont s’occuper des enfants, préparer les repas pour ceux qui viennent voir les matchs, pour que les hommes profitent, eux, de l’événement. Le fameux : ‘Je te demande une semaine tous les quatre ans, tu peux quand même m’accorder ça.'”
Depuis un an et demi et pour la première fois, le Mexique a une présidente. Il y a quelques jours, Claudia Sheinbaum a présenté un hymne de la Coupe du monde de football. “C’est l’histoire d’une petite fille qui n’avait pas le droit de jouer et qui, finalement, a réussi, commente Luz Rodriguez. J’ai entendu que c’était forcé, qu’on imposait les femmes dans un événement masculin. Non, le Mondial est joué par des hommes, mais femmes et hommes profitent.”
La maire de Mexico, une femme elle aussi, a par ailleurs rénové plus de 300 terrains de foot, notamment à destination des jeunes filles et des femmes d’aujourd’hui.
Avant la Coupe du monde, la difficile intégration des femmes dans le football au Mexique. Reportage d’Emma Sarango




