Le 29 mars, Disneyland Paris inaugure Disney Adventure World, son second parc entièrement réimaginé. Derrière la magie, plusieurs entreprises françaises ont joué un rôle clé. De la charpente navale girondine à la ferronnerie d’art alsacienne, en passant par la robotique des drones bordelais, portrait d’un savoir-faire tricolore au service de la première destination touristique d’Europe.
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Deux milliards d’euros pour un site métamorphosé : le parc Walt Disney Studios achève sa mue et devient officiellement ce 29 mars Disney Adventure World. Principaux éléments de cette transformation : un lac de 3 hectares baptisé Adventure Bay, une nouvelle avenue principale, une attraction inédite inspirée de Raiponce, le Monde de la Reine des Neiges avec son château, et en point d’orgue, un spectacle nocturne mêlant drones, flammes et fontaines. Selon Disneyland Paris, près de 400 artisans et partenaires européens ont contribué à cette transformation. Parmi eux, ces quatre entreprises françaises qui ont embarqué leurs équipes, leurs techniques et leurs savoir-faire dans l’aventure.
Couach Construction Navale : les navires de l'imaginaire
Fondé il y a plus de 120 ans sur le bassin d’Arcachon, Couach Construction Navale est un acteur incontournable de la construction navale française. Pour Disney Adventure World, le chantier a conçu et fabriqué les bases flottantes des trois bateaux du spectacle nocturne Célébration à Arendelle, qui évoluent sur le lac Adventure Bay. Première collaboration avec Disneyland Paris, ce projet a mobilisé une soixantaine de collaborateurs (sur un effectif de 250 artisans). Architecture navale, calcul, conception, production. L’ensemble des expertises est intégré en interne. « Cette organisation nous apporte une réelle agilité, en limitant les interfaces et les temps de transition entre les phases. Elle permet également d’effectuer rapidement des ajustements lorsque des optimisations sont nécessaires », explique Yann Huort, responsable du Développement Commercial Europe.
Sur le plan technique, les navires développés se révèlent particulièrement complexes : propulsion électrique, système de positionnement à haute précision, nombreux équipements dédiés aux effets spéciaux, suivi rigoureux de la masse tout au long du développement. Ce projet a constitué un accélérateur d’innovation, Couach ayant pu réutiliser et adapter des systèmes initialement développés pour son drone naval. « Ce retour d’expérience a contribué à l'améliorer et nous a permis d’acquérir de nouvelles compétences, directement transposables à de futurs développements », précise Yann Huort. Une boucle vertueuse entre innovation de défense et divertissement grand public.
Schaffner : la forge au service de la féérie
Depuis sept générations, les ateliers Schaffner façonnent le métal dans la tradition de la ferronnerie d’art alsacienne. Fondée au début du 19e siècle, cette entreprise familiale strasbourgeoise a été chargée de la marquise monumentale qui surplombe l’entrée du Regal View Restaurant & Lounge, le restaurant d’Adventure Way avec vue sur le lac.
Pour cela, les équipes ont mené une étude technique approfondie rendue délicate par l’absence de références comparables sur ce type d’ouvrage, comme l'explique Vincent Schaffner, directeur général : « La modélisation 3D d’un modèle géométrique aussi complexe a constitué un véritable défi de conception, d’autant plus que la précision attendue sur un ouvrage de cette ampleur reste de l’ordre du millimètre. » La fabrication a ensuite mobilisé plusieurs centaines d’heures de travail, impliquant des ouvriers hautement qualifiés – dont un Meilleur Ouvrier de France -, alliant savoir-faire traditionnels de ferronnerie et techniques plus innovantes, notamment la soudure laser. Le travail de l’inox dans un registre de ferronnerie d’art a encore renforcé l’exigence d’exécution.
Au-delà du défi technique, c’est la dimension humaine qui retient l’attention du dirigeant : « Travailler sur un ouvrage aussi singulier, dans un environnement aussi exigeant, a été une expérience stimulante. Le fait de pouvoir contribuer, à notre échelle, à une aventure humaine aussi forte que celle portée par Disneyland Paris a été fortement apprécié. »Â
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Dronisos : la magie vue du ciel
Partenaire technologique officiel de Disneyland Paris depuis 2022, Dronisos est la start-up bordelaise à l’origine du ballet de drones qui constitue l’un des temps forts du spectacle nocturne Disney Cascade of Lights. Pour ce nouveau show, l’entreprise a développé deux innovations exclusives : de nouveaux drones aériens de dernière génération et des drones aquatiques baptisés « ducks ». Plus de 350 appareils évoluent simultanément dans le ciel et sur le lac.
Ce résultat est le fruit de cinq années de travail, mobilisant l’ensemble des corps de métiers de l’entreprise : ingénieurs en robotique, experts juridiques pour les autorisations de vol, équipes artistiques et opérationnelles. Disney a accordé une carte blanche créative : si une idée sert l’émotion du spectacle, l’autorisation est donnée de l’inventer, même si elle n’existe pas encore. C’est ainsi que sont nés les ducks et le système de décollage depuis des barges mobiles. « La vraie prouesse, c’est la synchronisation : nous faisons danser ensemble des drones volants, des drones flottants, de la pyrotechnie et des fontaines dans un ballet réglé à la milliseconde et au centimètre près », résume Jean-Dominique Lauwereins, co-fondateur.
Prelud : le décor fait main
La magie d’un parc Disney repose en grande partie sur le réalisme des décors : chaque détail visible par le visiteur doit faire écho aux images du film. Pour le bateau de Kristoff, personnage emblématique de La Reine des Neiges, l’enjeu était de restituer fidèlement l’univers visuel tout en intégrant les contraintes d’un spectacle aquatique en conditions réelles. Défi relevé par Prelud. Installé près de Dijon depuis 1985 et partenaire de longue date de Disneyland Paris, l’atelier a réalisé la décoration extérieure de l'embarcation. Sculpteurs, peintres et menuisiers ont travaillé de concert pendant plus de six mois – de la réception de la base flottante livrée par Couach jusqu’à la mise à l’eau du bateau – pour habiller la coque de décors artisanaux entièrement réalisés à la main et restituer l’esprit du film. « Ce type de projet implique d’anticiper en amont – recherches visuelles, choix des matériaux, faisabilité technique – avec une attention constante aux contraintes techniques et aux délais », explique Sébastien Lallemand, président de SAS Prelud. Au-delà de l’aspect opérationnel, le dirigeant y voit aussi un accélérateur de compétences : explorer de nouveaux matériaux, repousser les limites du savoir-faire habituel, gagner en précision et en sens du détail.
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