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Coup Fatal : les sapeurs de Kinshasa mélangent musique, danse, fringues et arias baroques

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À la Scène nationale d'Orléans, la compagnie Coup Fatal s'est installée pour trois soirs. Un spectacle incroyable, musical mais aussi dansé et mis en scène. Les acteurs-chanteurs-musiciens donnent une énergie communicative qui a ravi la salle lors de la première ce mercredi 25 mars.

Coup Fatal : les sapeurs de Kinshasa mélangent musique, danse, fringues et arias baroques

Chaque acteur-musicien apporte sa chaise ! Photo Zoé Aubry

Par Bernard Cassat.

Ils sont treize et c'est un vrai bonheur. Avec un chef d'orchestre guitariste, Rodriguez Vangama, qui a aussi composé tout le déroulé avec Fabrizio Cassol. Trois joueurs de likembe, ces petites plaques de bois sur lesquelles sont fixées des lames métalliques qu'on touche et qui produisent une note avec un son de boite à musique. Tout l'art de ce jeu est dans les doigts. Au début du spectacle, ils dialoguent avec la guitare à deux manches de Rodriguez pour installer cette musique africaine typique, du rythme répété à l'infini et des variations qui font mélodie. Et puis derrière, il y a aussi les percussions africaines, la redoutable calebasse qui fait trembler le béton, les tambours et de la batterie. Du balafon bien sûr, au son mat et profond. Et pour rendre cette ambiance encore plus prégnante, deux danseurs absolument incroyables matérialisent la musique. Un petit coiffé iroquois et un grand, qui ondulent ensemble, qui esquissent des pas à droite, à gauche, qui parlent vraiment avec leur corps. Et qui chantent, aussi.

Et surtout de la voix

Il y a les chants africains de plusieurs chanteurs/musiciens ou chanteurs/danseurs. Le joueur de balafon se lance dans des airs d'une émotion incroyable. Sa voix ample, pleine, nous emmène loin. Les deux danseurs chantent aussi, avec leur sœur qui parfois les rejoint, seule femme de la compagnie. Et puis soudain, alors que l'ambiance africaine est bien installée, un contre-ténor, le seul blanc de la troupe, chante des airs baroques, Haendel, Monteverdi ou Bach. Et ça va de soi. Tout est à sa place. Les Africains reprennent la main, ou le chanteur lyrique continue, avec une fluidité incroyable. Il y a de la voix pendant tout le spectacle.

Un moment chorégraphique. Photo Zoe Aubry.

On ne comprend malheureusement pas ce qu'ils disent, ni dans leur langue d'origine, ni les arias baroques. Sur les rythmes bien marqués, avec d'incessantes reprises, la magie sonore africaine fonctionne, tout en nous laissant demandeurs : le spectacle doit raconter quelque chose, mais quoi ? Les rideaux de fond et de côté de scène sont tissés avec des balles récupérées, puisque Coup Fatal, la compagnie présente sur scène, vient de Kinshasa, et que le Congo est un pays de violence. C'est peut-être ça le sujet. Pourtant, leur énergie est joyeuse. Mais quelques gestes militaires sont présents, des saluts, des pas marchés par toute la troupe.

Ensemble. Photo Zoe Aubry.

Et puis ils quittent la scène, tous, les uns après les autres. Mais ce n'est pas fini. Ils laissent la place à une sorte de deuxième partie, celle des sapeurs de Kinshasa, ces élégants habillés de sapes très colorées. Ils ont tous des costumes insensés, recherchés, inventés, des robes en cravates, des grandes bottes roses, des kilts qu'ils portent magnifiquement, des chapeaux sortis de vieilles malles, des couleurs inassumables qui leur vont comme des gants. D'une élégance poussée, ils sont beaux, et ils chantent Young, Gifted and Black, jeunes, noirs et bien faits, mots qu'ils empruntent à Nina Simone. Ils chantent ça dans le public, avec le public.

Les tambours en action. Photo Zoe Aubry.

La mise en scène d'Alain Platel est sobre mais efficace. Et pendant presque deux heures, Coup Fatal nous fait vivre un étrange voyage à travers les genres, les arts et les pays. Ce mélange d'opéra, de danse, de mime, d'Afrique et de baroque lyrique est époustouflant. D'une énergie irrésistible (les nombreux jeunes dans la salle ne cessaient de frapper des mains) ils ont conquis le public. Et ce qui se voyait ou s'entendait moins, ils ont ému. Certains chants touchaient très profondément par leur timbre et leur puissance. Coup Fatal a fait un triomphe, salle debout.

Spectacle « Coup Fatal », prochaines représentations :

  • Jeudi 26 mars, 20h30
  • Vendredi 27 mars, 19h

Renseignements et billetterie ici

Plus d'infos autrement :

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