Le CIRES, le centre de recherche de quelque 900 personnes dirigé par Waleed Abdalati sur le campus de l'université du Colorado, a été directement touché. De février à mi-avril, le financement par l'État fédéral du GML, laboratoire de référence pour la collecte de données sur l'atmosphère, a été gelé. Quarante-deux personnes étaient sur le point d'être licenciées, avant que les fonds ne soient finalement débloqués, sans doute après l'intervention de parlementaires.
Comment comprendre ce gel dans les subventions ?
« On m'a dit que cette décision venait du Bureau du budget (de la Maison Blanche), dont le directeur a été très clair dans le passé sur ce qu'il estime être sa responsabilité de s'assurer que l'argent dépensé corresponde aux priorités du président. Mais le problème, c'est que le Congrès avait affecté cet argent. Que le gouvernement, avec son propre avis, prenne le pas sur les décisions parlementaires, ce n'est pas comme ça que ça marche ! »
En quoi ce genre de décision perturbe-t-il la recherche ?
« Les gens ne mènent plus leurs recherches. Ils ne peuvent plus recruter des doctorants. Ils doivent licencier les techniciens qui font tourner les laboratoires. La Fondation nationale pour la science (principale agence de financement fédéral, NDLR) n'étudie pas les demandes de financements aussi rapidement qu'avant. […] Tout cela ralentit la recherche. L'histoire a montré que notre compétitivité nationale était liée à notre force dans les sciences, l'ingénierie, la recherche. Mettre tout cela en danger, c'est menacer nos intérêts nationaux. À un moment où la Chine, par exemple, accroît ses dépenses de recherche. Cela m'inquiète. »
Est-ce qu'on peut parler d'un risque de fuite des cerveaux ?
« Il y a un risque, à Boulder mais aussi au niveau national. Ce que les gens voient, c'est un gouvernement qui dit (vos recherches) “ça ne compte pas, c'est une supercherieâ€. […] Donc même si le Congrès a voté les fonds, ce n'est pas certain que l'État puisse les dépenser d'ici la fin de l'année budgétaire en raison des retards. Si l'on était cynique, on dirait que c'est bien là l'objectif. »
Selon des documents internes révélés dans une procédure judiciaire destinée à bloquer le démantèlement du NCAR, la Maison Blanche envisageait en décembre de séparer la recherche sur la météo de celle sur le climat, pour supprimer la seconde. Peut-on dissocier les deux ?


