Home Culture “Clair-obcsur” and the Pinault Collection

“Clair-obcsur” and the Pinault Collection

7
0
Clair-obscur, c’est un parcours nouveau dans la collection de François Pinault. Parcours sensible, sensoriel – on pourrait même dire, autour d'une notion célèbre de la peinture, parcours intelligent – qui permet de voir ou de revoir des Å“uvres formidables, notamment les tableaux du Roumain Victor Man et qui excède – ce n'est pas toujours le cas – cette impression un peu désagréable parfois qu'on est invités à respectueusement admirer un lieu personnel, la maison d'un ultra-riche qui peut se payer, davantage qu'une institution publique, les grandes Å“uvres de son temps. Disons là que l'exposition, au-delà de l'agacement, crée une tension, à l'instar de son titre.Au départ, il y a une citation du philosophe italien Giorgio Agamben, disant en substance que le contemporain est celui qui scrute non pas les lumières de son époque mais ses obscurités. Mettre la lumière sur le sombre, voici un programme que l'exposition propose sous l'égide du et de , qui hantent comme des fantômes les salles. Le peintre espagnol notamment fait l'objet d'une installation vidéo signée Philippe Parreno, qui filme les personnages de ses tableaux comme des cauchemars plus noirs que jamais. On parcourt de haut en bas les espaces de la Bourse, censément de l'ombre jusqu'à la lumière, mais évidemment ce qui frappe c'est combien parfois le crépuscule est lumineux et à l'inverse les flammes noires. Témoin cette vidéo de Bill Viola qui conclut l'exposition, dans laquelle brûlent éternellement de grandes flammes dans un espace totalement sombre.Pour l'occasion, on a panaché les Å“uvres contemporaines de quelques ouvrages modernes : du notamment, du , dont je ne suis pas certaine de la nécessité tant le corpus est riche. Grande découverte pour moi, notamment de ce peintre roumain, Victor Man, né en 1974 à Cluj et dont apparemment personne ne sait grand-chose. Il peint plutôt de petits formats figuratifs qui représentent des visages collés à des crânes, des Christs étranges, un groupe de jeunes gens aux visages rassemblés comme en secret autour d'une cigarette et d'un briquet. Des tableaux aux sujets souvent macabres et dont émane une lumière qu'on pourrait précisément dire crépusculaire. Les salles qui lui sont consacrées sont très impressionnantes, tirées de noir, tableaux très espacés, même les fenêtres qui donnent sur l'extérieur ont été teintées, et on a l'impression que la seule lumière provient précisément des tableaux.

La Bourse du Commerce, c'est ce grand bâtiment circulaire qui jouxte les Halles dans le centre de Paris. Un lieu qui servit longtemps de halle aux grains, avant d'accueillir au 19ᵉ siècle les négociations sur le prix des matières premières, vocation marchande donc ; au moins les choses sont claires et assumées. Quand on y entre, on se retrouve vite, et malgré le parcours de l'exposition qui nous propose d'emblée de descendre au sous-sol, en dessous de cette grande verrière en coupole, sur du béton ciré blanc, vaste salle circulaire au milieu de laquelle un écran géant attire notre attention. Y est diffusé un film de Pierre Huyghe, autogénéré et auto monté, qui représente un squelette dans une grande étendue désertique du Chili, que manipule doucement un système robotique noir.Lorsque j'ai visité l'exposition, le soleil tapait fort au-dessus de nous et la vidéo elle-même était d'autant plus éblouissante, créant, au vu de son sujet, un premier contraste de clair-obscur assez saisissant et cette réflexion qui ne m'a plus quittée : c'est difficile – dans cette collection Pinault si luxueuse, si blanche, si grande, dont la beauté impose un silence naturel et je dirais même respectueux chez les visiteurs si nombreux pourtant – de découvrir réellement cette obscurité dont parle Agamben : car c'est un lieu sans recoin, peut-être un lieu trop propre pour le clair-obscur.