Concrètement, comment les Américains peuvent-ils imposer un blocus aux ports iraniens ?
«On ne va pas assister à un blocage des ports comme au XVIIIe siècle, ni à des navires militaires tirant sur des bateaux de commerce. À mon avis, les Américains vont fermer le golfe d’Oman, au moins entre le port de Mascate, au sultanat d’Oman, et le port de Gwadar, dans le sud-ouest du Pakistan et vont mettre en place un dispositif de filtrage similaire à ce qu’ils avaient fait au large du Venezuela il y a quelques mois. Des navires américains étaient disposés dans toute la mer des Caraïbes et même dans l’Atlantique et arraisonnaient ou envoyaient des forces spéciales par hélicoptère sur tous les bateaux qui avaient pour destination, ou qui quittaient le Venezuela. Évidemment, cela suppose un gros travail de renseignements pour identifier les navires, puisque les États-Unis ont très clairement dit qu’ils ne bloqueraient que les bateaux en provenance ou à destination des ports iraniens.»
L’Iran dénonce un acte de «piraterie». Le blocus décidé par les États-Unis est-il légal ?
«Non, c’est totalement illégal, comme le blocage initial par les Iraniens et le barrage payant qu’ils ont mis en place. On est dans une guerre, et dans la guerre, il n’y a plus de droit qui vaille. En tout cas, la réaction des Iraniens, qui ont tout de suite annoncé qu’ils allaient attaquer les ports du Golfe, montre bien que les Américains ont tapé là où ça fait mal.»
Est-ce que ce blocus américain pourrait faire capituler l’Iran ou au moins la ramener à la table des négociations ?
«Dans cette affaire, l’important est la réaction de la Chine, qui est l’un des rares États ayant de l’influence sur le régime iranien. Cela tient au fait que la Chine achète entre 80% et 90% du pétrole iranien. Les Chinois, ce sont des commerçants. Ils aiment la stabilité et la prédictibilité. En appelant “toutes les parties à faire preuve de retenue”, le Chine montre bien que le barrage filtrant mis en place par les Iraniens la dérange. Je ne serai d’ailleurs pas surpris que la Chine se réjouisse en silence que les Américains fassent comprendre aux Iraniens que la libre circulation des marchandises sur les océans est un principe auquel il ne faut pas toucher. Les Iraniens vont être pris à la gorge par cette décision.»
«On va doucement arriver à une sortie de crise»
Peut-on alors s’attendre à une résolution rapide du conflit ?
«Du côté des Américains, le principal ennemi est le temps. Ils ne veulent pas que le conflit s’éternise, parce qu’il est incompris et impopulaire aux États-Unis, parce que les élections de mi-mandat approchent, parce qu’il bouleverse le commerce mondial et met en difficulté ses alliés dans la région. Tout cela déstabilise l’ordre mondial, ce qui profite à la Chine. De leur côté, les Iraniens vont probablement frapper les ports du Golfe, comme ils l’ont annoncé. Si les monarchies du Golfe répliquent et procèdent à leur tour à des frappes, l’Iran ne tiendra pas très longtemps. Je pense qu’on va doucement arriver à une sortie de crise dans les semaines qui viennent. Mais la question à laquelle personne n’est capable de répondre, c’est quelle forme prendra celle-ci.»
Qu’est-ce que cette «mission multinationale pacifique» que la France et la Grande-Bretagne veulent monter dans le détroit d’Ormuz ?
«Ce n’est pas une mission opérationnelle, dans le sens où elle ne débloquera pas le trafic dans le détroit d’Ormuz. Elle ne tirera sur personne et n’arraisonnera aucun navire. La France et la Grande-Bretagne sont en train de se positionner sur l’après. Elles proposent aux protagonistes une porte de sortie. C’est assez malin, parce qu’il faudra une force d’observation dans le Golfe.»



