Longtemps dominant, le système français n'est plus l'unique horizon des familles marocaines en quête d'enseignement étranger. Sous l'effet conjugué de la hausse des frais de scolarité et d'une diversification de l'offre éducative, d'autres systèmes gagnent du terrain, portés par des établissements publics étrangers ou par des écoles privées internationales aux pédagogies alternatives.
À Casablanca comme dans d'autres grandes villes, les alternatives au système français séduisent un nombre croissant de familles. Espagnol, britannique, américain ou encore canadien : autant de choix qui attirent par leur coût, leurs approches pédagogiques et leur ouverture à l'international.
Parmi ces derniers, le système espagnol s'impose comme une option structurée et relativement accessible. Au Maroc, il repose sur un réseau d'établissements publics directement rattachés au ministère de l'Éducation espagnol, qui scolarisent aujourd'hui plus de 5 000 élèves encadrés par près de 400 enseignants.
À Casablanca, l'Institut espagnol, fondé en 1967, illustre cette présence historique. L'établissement propose un cursus complet, de la maternelle au baccalauréat, conforme au système éducatif espagnol, avec une forte emphase sur le multilinguisme et l'ouverture culturelle.
L'espagnol s'impose comme un choix stratégique
C'est précisément ce qui a convaincu Lamia, dont le fils y est scolarisé depuis cette année. “La première raison était la qualité du système, dont nous avions eu des retours positifs de la part de notre entourage et d'autres familles dont les enfants y sont scolarisés. La deuxième raison était d'ordre financier : comparé à d'autres écoles étrangères, le système espagnol nous a semblé le plus raisonnable en termes de coût : ni excessif ni particulièrement contraignant. La troisième raison était la proximité. L'école est bien située, proche de notre domicile dans le quartier du Maarif, et ne nécessite pas de longs trajets au quotidien.â€
Au-delà de ces critères, la question linguistique a également pesé.
“On voulait exposer notre fils au maximum de langues possible, en l'occurrence l'espagnol, le français, l'anglais et l'arabe.â€
Un choix stratégique à l'heure où l'espagnol, parlé par plus de 500 millions de personnes dans le monde, s'impose comme une langue internationale majeure. Le système espagnol séduit aussi par sa stabilité institutionnelle. Contrairement à certaines écoles privées internationales, il s'agit d'établissements publics, dont les programmes et les frais sont encadrés par les autorités espagnoles.
Un point qui a pesé dans la balance : “Nous avons envisagé d'autres systèmes éducatifs, principalement le système britannique, mais nous avons été dissuadés par des frais très élevés et par une certaine incertitude quant au statut de ces établissements.â€
Si le système français a été écarté, c'est autant pour des raisons financières que pour une expérience familiale mitigée. “Le système français n'était pas non plus une option, en raison à la fois de son coût élevé et de l'expérience négative de mon mari, qui a fait toute sa scolarité primaire et secondaire dans une école françaiseâ€, confie Lamia.
Aujourd'hui, le premier bilan est positif. “Nous constatons que notre fils s'épanouit. À seulement 4 ans, il est déjà à l'aise dans deux langues étrangères. C'est un véritable atout pour son développement.â€
Une satisfaction qui n'efface pas une attente plus large. “Nous aurions préféré pouvoir compter sur un système d'enseignement public plus solideâ€, regrette-t-elle.
Des offres “holistiquesâ€
Parallèlement, le système anglo-saxon gagne du terrain ces dernières années, porté par une demande croissante pour des pédagogies plus souples et une ouverture accrue vers l'international. Des établissements historiques comme la Casablanca American School, fondée en 1973, incarnent cette présence de longue date. L'école propose un curriculum américain enrichi par l'International Baccalaureate, reconnu pour faciliter l'accès aux universités à l'étranger.
Ce modèle mise sur l'autonomie, l'esprit critique et les activités extra-académiques, en rupture avec des approches classiques, plus académiques. Le segment se développe rapidement.
De plus en plus d'écoles internationales privées, souvent anglophones ou hybrides, inspirées des modèles britannique, américain ou canadien, sortent de terre. C'est le cas de la Victoria International School, située à Bouskoura, qui propose un programme canadien avec double diplôme, marocain et international.
L'établissement met en avant une approche pédagogique dite “holistiqueâ€, promettant “exigence académique et développement personnel, dans un environnement bilingue ou trilingueâ€.
Pour Sara, dont la fille y est inscrite, le choix s'est d'abord fait sur un critère très concret. “Il s'est imposé naturellement en raison de la proximité de l'école avec notre domicile. C'était vraiment notre critère principalâ€, confie-t-elle.
Avec le recul, elle se dit satisfaite :
“Je trouve que le système offre un bon équilibre entre les apprentissages et le développement de l'enfant. Ils encouragent la participation, l'autonomie.â€
Un paysage éducatif en totale recomposition
Elle souligne également “des méthodes plus modernes, centrées davantage sur l'enfantâ€, même si, nuance-t-elle, “cela dépend aussi beaucoup de chaque enfantâ€. Reste la question du coût, souvent plus élevé dans ces établissements privés.
“Cela reste assez important, mais à partir du moment où l'on recherche un certain cadre et une certaine qualité, il faut en assumer le prixâ€, estime-t-elle.
Un pragmatisme qui se retrouve dans sa vision à plus long terme.
“Si demain je devais changer de domicile, je privilégierais encore une fois la proximité, quitte à m'imposer un autre système, comme le système français.â€
Ces trajectoires illustrent une évolution plus large. Si le système français conserve une forte attractivité, il est désormais confronté à une concurrence plus structurée. Le modèle espagnol apparaît comme une alternative publique crédible, tandis que les écoles internationales privées misent sur l'innovation pédagogique et l'ouverture globale.
Au-delà des préférences pédagogiques, les choix des parents traduisent surtout des arbitrages de plus en plus complexes, mêlant coût, localisation, langues et perspectives d'avenir. Mais une constante demeure : la recherche du meilleur équilibre possible pour l'enfant. Quitte à sortir des sentiers historiquement dominés par le modèle français.

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