Le président américain et son gouvernement se sont évertués à défendre les mérites du texte, Donald Trump traitant ses détracteurs d'”idiots”. Après la fin de la guerre, les négociateurs disposent d’au moins 60 jours pour évoquer les sujets sensibles, comme le programme nucléaire de Téhéran.
Soixante jours: c’est le délai imparti à Donald Trump pour mener des négociations sur le nucléaire iranien et faire taire ceux qui critiquent sa stratégie mais, selon des experts, le président américain n’est plus en position de force. Une certaine confusion entoure en tout cas le début du processus.
Il a d’abord régné une évidente cacophonie autour de la signature du protocole d’accord avec l’Iran, finalement paraphé en deux temps, dimanche par voie électronique et mercredi au château de Versailles, en France, au stylo à distance.
Initialement, le texte devait être signé ce vendredi 19 juin en Suisse, et on ignore désormais ce qu’il va ou non se passer dans ce pays. Le vice-président américain JD Vance, qui devait y lancer les négociations nucléaires avec l’Iran, a reporté jeudi soir son départ.
Et le plus dur reste à faire: les discussions autour du programme nucléaire iranien, au cÅ“ur de la discorde entre les deux pays ennemis depuis des décennies. Ces négociations s’annoncent complexes et très techniques.
“Nous allons commencer les 60 jours, lancer le chrono aujourd’hui (jeudi)”, a déclaré JD Vance lors d’une conférence de presse.
“Pas le temps de tout régler en 60 jours”
Le protocole d’accord avec Téhéran met fin au conflit mais renvoie à ces discussions un accord définitif sur le démantèlement du programme nucléaire iranien.
Ce document prévoit déjà que la période de 60 jours pourra être prolongée si nécessaire d’un commun accord et le président américain a laissé entrevoir qu’il n’était pas pressé.
Mais depuis le fragile cessez-le-feu entre les États-Unis et l’Iran le 8 avril, il aura fallu plus de deux mois et demi de négociations pour arriver à ce texte permettant notamment de rouvrir le détroit d’Ormuz, la fin du blocus naval américain, ainsi que la perspective d’une levée des sanctions contre l’Iran.
“Je peux vous assurer que (les parties) n’auront pas le temps de tout régler en 60 jours”, a déclaré cette semaine Wendy Sherman. L’ex-numéro deux du département d’État avait été l’un des principaux négociateurs de l’accord sur le nucléaire iranien conclu en 2015 sous Barack Obama, à l’issue de 18 mois de discussions.
Rien sur les missiles: un accord qui ne règle rien?
Le président américain et son gouvernement se sont évertués à défendre les mérites du texte, Donald Trump traitant ses détracteurs d'”idiots”, JD Vance parlant d’un accord “gagnant-gagnant”.
Mais des experts jugent qu’il n’a rien réglé et que Téhéran sort renforcé du conflit, malgré la campagne massive de bombardements menée par les États-Unis et Israël. D’autant que l’Iran était déjà à la table des négociations -indirectes- avant les frappes américano-israéliennes et qu’il se retrouve désormais en quasi-maître du détroit d’Ormuz.
Le protocole réaffirme que l’Iran “ne se procurera ni ne développera d’armes nucléaires”, une terminologie en deçà de l’accord de 2015 qui stipulait “en aucune circonstance”.
Le sort de l’uranium enrichi à 60% accumulé sur son sol sera réglé “selon un mécanisme qui sera convenu mutuellement (…), la méthodologie a minima consistant en une méthode de dilution sur place sous la supervision de l’AIEA” (Agence internationale de l’énergie atomique).
Pour Washington, le programme nucléaire iranien “a été entièrement détruit” dans les bombardements de juin 2025 et il ne reste qu’à s’assurer que Téhéran ne soit pas en mesure de le relancer. Le document ne fait cependant aucune mention des missiles ni du soutien de l’Iran à des groupes armés dans la région. Et les experts soulignent que Téhéran ne lâchera rien.
“Avec quoi allons-nous les menacer?”
“Il est certain que l’Iran continuera d’être actif dans ce domaine (nucléaire), d’autant plus que cette guerre a donné au régime un moyen de pression. Les inspections seront aussi cruciales que difficiles à mener”, écrit jeudi l’ancien président du Council on Foreign Relations, Richard Haass.
Alan Eyre, du Middle East Institute, qui a également participé aux négociations en 2015, juge lui “très peu probable” qu’un futur accord impose au programme nucléaire iranien “les restrictions et les contraintes nécessaires pour fermer toutes les voies menant à l’arme nucléaire”.
Et de souligner qu’en attaquant l’Iran, Washington a déjà joué ce qui aurait été son atout majeur dans les nouvelles négociations: la menace d’une intervention militaire. “Nous y avons eu recours, et ils sont toujours debout. Alors, avec quoi allons-nous les menacer?”
L’Iran, en revanche, “a atteint son objectif dans cette guerre, qui était de survivre”, dit-il à l’AFP.





