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Accord États-Unis-Iran : qui y gagne vraiment ?

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L’accord-cadre américano-iranien visant à rouvrir le détroit d’Ormuz et à ramener les deux adversaires à la table des négociations sur le programme nucléaire de Téhéran a été signé mercredi, sur fond de versions contradictoires et de confusion croissante sur son contenu.

Accord États-Unis-Iran : qui y gagne vraiment ?
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Accord États-Unis-Iran : qui y gagne vraiment ?
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Alors qu’il avait été annoncé qu’il serait signé vendredi lors d’une cérémonie en Suisse, le président américain Donald Trump a paraphé mercredi un exemplaire physique de l’accord au cours d’un dîner avec le président français Emmanuel Macron au château de Versailles.

À Téhéran, le président Masoud Pezeshkian a lui aussi signé le document mercredi, selon l’agence de presse officielle IRNA, qui a diffusé une photo le montrant brandissant l’accord, sa signature figurant à côté de celle de Trump.

Hormis les nouvelles recettes pétrolières pour l’Iran, les deux parties semblent revenir à la situation qui prévalait au début de l’année, avant l’intervention lancée par Israël et les États-Unis, qui a déclenché des attaques iraniennes contre les pays voisins, fait des milliers de morts dans toute la région, provoqué une crise énergétique mondiale et ébranlé l’économie mondiale.

L’Iran et les États-Unis vont désormais entamer une période de négociations de soixante jours, avec une question en suspens : Trump peut-il arracher pour les États-Unis un meilleur accord que le compromis nucléaire de 2015 qu’il a torpillé il y a huit ans ?

Entre-temps, Téhéran a déjà obtenu des concessions importantes, la République islamique ayant, selon la presse, décroché une nouvelle manne sous la forme d’un fonds de reconstruction de 300 milliards de dollars.

Voici ce qu’il faut retenir à partir des éléments rendus publics par des responsables américains, les médias d’État iraniens et des analyses indépendantes comparant les documents disponibles et les déclarations des deux parties.

Qui a le plus à y gagner ?

Le texte de l’accord ayant fuité, s’il est exact, laisse penser que Téhéran sort du conflit dans une position stratégique plus forte que ne le laisse entendre la présentation officielle de l’accord, selon la dernière analyse de l’Institute for the Study of War (ISW), un cercle de réflexion américain.

L’ISW affirme que les dispositions rapportées accorderaient à l’Iran un allègement économique substantiel, dont il se servirait probablement pour tenter de reconstituer ses programmes de missiles, de drones et nucléaire, ainsi que son réseau régional de groupes armés alliés.

Le think tank dit n’avoir observé aucun signe montrant que les décideurs iraniens seraient prêts à faire des concessions sur les questions nucléaires qui devront être réglées dans tout accord final, et ce malgré la perspective de nouveaux allègements économiques conditionnés à sa conclusion.

Les responsables iraniens et les médias d’État présentent largement l’accord comme une victoire entérinant les gains militaires de l’Iran.

Mardi, la chaîne anglophone Press TV soutenait que le mémorandum signé représente « la codification politique d’une réalité née sur le champ de bataille », selon l’ISW.

Ni Washington ni Téhéran n’ont officiellement publié le texte de l’accord. Plusieurs médias ont diffusé ce qui semble être des versions ayant fuité, et l’ISW souligne que son analyse repose sur ces copies non officielles.

Relancer les flux de pétrole

Aux termes de l’accord, le détroit d’Ormuz sera rouvert et les États-Unis lèveront leur blocus des ports iraniens, ce qui devrait faire baisser les prix de l’essence.

Le passage par cette voie maritime sera gratuit pendant soixante jours, et l’accord n’exclut pas l’instauration de redevances ensuite, selon des responsables américains qui se sont exprimés sous couvert d’anonymat pour détailler un projet encore non publié officiellement par Washington.

La fermeture du détroit par l’Iran, par où transitait avant la guerre environ un cinquième du pétrole échangé dans le monde, s’est révélée être sans doute son arme la plus efficace.

Elle a fait grimper les prix mondiaux de l’essence, renchéri les denrées alimentaires et d’autres produits comme les engrais, et suscité des craintes de crise du transport aérien à l’approche de la saison des vacances d’été.

L’ISW estime que l’Iran cherchera probablement à exploiter les ambiguïtés du texte pour conserver un contrôle effectif sur le trafic maritime dans le détroit.

Selon le groupe d’experts, le texte rapporté n’interdit pas explicitement à l’Iran de « gérer » la voie maritime, ce qui signifie que Téhéran pourrait continuer d’exiger que les navires empruntent son dispositif de séparation du trafic dans les eaux territoriales iraniennes et versent des droits à la marine des Gardiens de la révolution (CGRI) – un dispositif que Washington a déjà sanctionné par le passé en le jugeant illégal.

Avec cet accord, la République islamique a survécu à la tentative la plus sérieuse jamais menée par Israël et les États-Unis pour renverser son régime, en dépit des frappes initiales massives de la guerre qui ont coûté la vie au guide Ali Khamenei et à d’autres hauts responsables.

L’Iran pourra vendre librement son pétrole et « diluer » son uranium

L’accord suspend immédiatement – mais ne supprime pas – les sanctions imposées par Trump sur les exportations de pétrole iranien, ce qui permet à l’Iran de revendre son brut sur le marché mondial et de rétablir une source de revenus de plusieurs milliards de dollars.

L’an dernier, Téhéran a engrangé quelque 45 milliards de dollars grâce à ses ventes de pétrole. Mais il ne comptait qu’un seul gros client, la Chine, et devait acheminer son brut via une flotte fantôme de pétroliers pour contourner les sanctions, ce qui rognait ses profits. Sous blocus depuis avril, ses exportations ont quasiment été réduites à néant.

Grâce à cette dérogation, l’Iran devrait pouvoir trouver davantage de clients et vendre son pétrole plus cher.

Le projet d’accord prévoit que l’uranium hautement enrichi de l’Iran soit « dilué » sous la supervision de l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA), sans plus de précisions. D’éventuelles autres restrictions sur le programme nucléaire de Téhéran feront l’objet de négociations ultérieures.

Trump s’est retiré de l’accord nucléaire précédent conclu avec les grandes puissances, estimant qu’il offrait une manne considérable à l’Iran. L’accord intérimaire actuel prévoit des incitations encore plus lucratives si l’Iran conclut un nouveau compromis nucléaire.

L’une d’elles est la levée à terme de toutes les sanctions internationales, ce qui irait plus loin que l’accord de 2015. Celui-ci avait supprimé les embargos liés au programme nucléaire iranien mais maintenu d’autres mesures en raison, selon Washington, du soutien de Téhéran au terrorisme et de violations des droits humains.

Le pacte intérimaire promet également un fonds de 300 milliards de dollars pour la reconstruction d’après-guerre. On ignore d’où proviendra cet argent, mais Trump a indiqué que, pour l’heure, les États-Unis n’y contribueraient pas.

Pour donner une idée de l’ampleur exceptionnelle de ce fonds, la Banque mondiale estime que la Syrie, après treize ans de guerre civile, a besoin de 215 milliards de dollars pour sa reconstruction. La bande de Gaza, en grande partie dévastée par deux ans de guerre entre Israël et le Hamas, aurait besoin de 53 milliards.

L’accord prévoit aussi de débloquer des dizaines de milliards de dollars d’avoirs iraniens gelés à l’étranger, selon une procédure que les deux parties doivent encore définir, d’après le texte fourni par des responsables américains.

L’ISW considère également que l’Iran a structuré l’accord de manière à limiter spécifiquement la capacité de Washington à réimposer des pressions pendant la période de négociations de soixante jours, ce qui compliquerait la tâche des États-Unis s’ils voulaient obtenir de nouvelles concessions avant un accord final.

Les missiles iraniens et le soutien aux alliés armés restent hors du champ des discussions

L’administration Trump a répété que ses objectifs de guerre étaient de « pulvériser » l’arsenal de missiles iranien, de « couper » son soutien aux groupes armés alliés dans la région, « d’anéantir » sa marine et de s’assurer que l’Iran ne se dote jamais de l’arme nucléaire.

Les sept semaines de bombardements américano-israéliens auraient gravement endommagé l’arsenal de missiles iranien et ses installations de production, ainsi que d’autres composantes de son armée.

On ignore toutefois l’ampleur exacte ces dégâts, l’Iran ayant continué à tirer sur Israël encore la semaine dernière. Dans le même temps, ses liens avec ses alliés armés – le Hezbollah au Liban, les Houthis au Yémen, le Hamas à Gaza et les milices chiites en Irak – semblent aussi forts que jamais.

Ni l’arsenal de missiles ni le soutien de l’Iran à ses alliés ne semblent figurer à l’ordre du jour des prochaines négociations.

Les relations entre les États-Unis et Israël se tendent

L’accord prévoit la fin de la guerre au Liban, où Israël affronte le Hezbollah.

Israël et le Hezbollah ne sont toutefois pas parties prenantes à l’accord. L’Iran insiste pour qu’Israël se retire de la vaste portion du sud du Liban qu’il occupe, mais le texte intérimaire ne l’exige pas explicitement et se contente de garantir « l’intégrité territoriale » du Liban.

Selon l’ISW, Téhéran interprète la clause imposant un cessez-le-feu « sur tous les fronts » comme obligeant Israël à cesser ses opérations contre le Hezbollah et à se retirer totalement du Liban – une composante d’une stratégie plus large visant à préserver le Hezbollah en obtenant ce que le think tank décrit comme une capitulation israélienne au Liban.

Israël a juré de maintenir des troupes au Liban, tandis que le Hezbollah affirme qu’il continuera de résister à Israël « jusqu’au retrait complet ». Les combats entre les deux pourraient faire dérailler l’accord, à moins que Washington et Téhéran ne parviennent à contenir leurs alliés respectifs.

Israël a été tenu à l’écart des négociations avec l’Iran, et des Israéliens de tout l’éventail politique qualifient l’accord de catastrophe, concentrant leur colère sur le Premier ministre Benyamin Netanyahou.

Les tensions entre Trump et Netanyahou ont par ailleurs éclaté au grand jour à plusieurs reprises, le président américain ayant notamment qualifié le dirigeant israélien de « fou ».

Au sommet du G7 en France cette semaine, Trump a déclaré que Netanyahou « doit faire preuve de davantage de responsabilité à l’égard du Liban ».

Netanyahou se retrouve dans une position précaire à l’approche des élections législatives prévues plus tard dans l’année. Sa relation avec Trump pourrait l’obliger à réduire l’ampleur de la campagne militaire au Liban, pourtant largement populaire en Israël.

Beaucoup dépendra de l’accord final

L’accord conclu en 2015 sous l’administration Obama avait fortement limité le programme nucléaire iranien pour une durée de quinze ans.

Pendant cette période, l’Iran ne pouvait enrichir l’uranium qu’à un faible niveau, bien inférieur à celui nécessaire pour fabriquer une arme.

L’Iran ne pouvait constituer un stock que de 300 kilos de ce matériau et devait réduire drastiquement le nombre de centrifugeuses en fonctionnement. Il était également soumis à des inspections renforcées de l’AIEA.

L’une des principales critiques visait la limite de quinze ans, au terme de laquelle, selon les opposants, l’Iran pourrait rapidement accroître sa capacité à produire une bombe. Téhéran assure pour sa part que son programme nucléaire est exclusivement civil.

La grande inconnue est désormais de savoir si les États-Unis parviendront à imposer des restrictions plus strictes et durables.