Considérée comme l’une des femmes les plus puissantes du monde, Ursula von der Leyen influence directement la vie des Européens par ses décisions. Sa personnalité et son parcours restent pourtant méconnus. Qui est vraiment Ursula von der Leyen ? Retour sur le parcours et les zones d’ombre d’une figure aussi influente que controversée de la politique européenne.
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Vous souvenez-vous de Jacques Santer, de Romano Prodi, de José Manuel Barroso ou de Jean-Claude Juncker ? Si c’est le cas : Bravo, vous connaissez bien l’histoire européenne ! Car on ne peut pas dire que les présidents de la Commission européenne ont vraiment marqué les esprits. Aucun n’est parvenu à faire ce qu’Ursula von der Leyen a réussi : se faire un nom !
Sa méthode : ne pas se contenter des dossiers barbants de bureaucrates, multiplier les coups d’éclat et prendre toujours plus de place. Cela commence par ces 25m2 supplémentaires, récupérés au début de son premier mandat, à côté de son bureau, au 13e étage du Berlaymont, le siège de la Commission européenne. Dans ces 25m2, elle fait installer un lit et une douche, c’est un petit studio où elle dort la semaine, jamais bien loin de son bureau où tous les dossiers, sans exception, doivent passer. Ce qui agace beaucoup dans les couloirs où on l’accuse de ne rien déléguer.
C’est sans doute dans ce studio qu’elle apprend un événement au petit matin du 24 février 2022 qui va la faire changer d’envergure. Alors que la Russie lance une opération militaire en Ukraine, Ursula von der Leyen déclare : “Vladimir Poutine ramène la guerre en Europe”. Elle annonce, dans les heures qui suivent, des mesures inédites au micro d’Euronews. “Pour la première fois de son histoire, dit-elle, l’Union européenne va fournir du matériel militaire à l’Ukraine attaquée.”
Un mois plus tard, avant même Emmanuel Macron ou le chancelier allemand Olaf Scholz, c’est elle qui se rend en Ukraine. Elle enfile un gilet pare-balles et visite Boutcha, ville martyre libérée des troupes russes, où des civils ont été massacrés. “L’impensable s’est produit ici, déclare-t-elle. Nous avons vu le visage cruel de l’armée de Poutine. Ici à Boutcha, nous avons vu notre humanité voler en éclats”. Elle est photographiée devant des dizaines de sacs mortuaires entassés. L’image fait le tour du monde. Cette année-là , elle bondit à la première place du classement Forbes des femmes les plus puissantes de la planète. Depuis, elle n’a jamais été détrônée. C’est la première fois de son histoire que la Commission européenne s’implique à ce point sur le plan international.
Ursula von der Leyen compte aussi s’affirmer face aux pays européens. En 2025, elle lance un bras de fer dans le dossier Mercosur, ce projet d’accord de libre-échange avec les pays d’Amérique du Sud, qui attise la colère du monde agricole. Les manifestants, sous ses fenêtres, l’accusent de tout décider toute seule. “On est là pour dire non au Mercosur, explique un agriculteur. On a l’impression qu’Ursula veut passer en force. On a l’impression que l’Europe est devenue une dictature et que les grands dirigeants n’ont plus de poids.”
Dans ces grands dirigeants, il y a Emmanuel Macron, le chef de l’État, confronté à la mobilisation des agriculteurs français. Il tente de s’opposer, mais la France est court-circuitée, le traité est validé, le Parlement de Strasbourg in extremis saisit la justice européenne pour suspendre la ratification. Mais la présidente ne compte pas dévier de son cap et, en plein salon de l’agriculture, à Paris, elle annonce l’application provisoire du traité. Elle provoque une colère froide des syndicats dans les allées. “Madame von der Leyen s’assoit sur le Parlement de manière très claire, sans même avoir concerté, s’agace Arnaud Rousseau, le président de la FNSEA. J’étais avec la ministre de l’Agriculture au moment où les faits se sont passés et visiblement, elle n’avait pas été avertie.”
Contre Donald Trump, le bras de fer sera plus difficile. Alors que le président américain décide d’imposer des droits de douane au monde entier, c’est elle qui va négocier. Donald Trump choisit le lieu : un de ses golfs, en Écosse. Alors qu’il voulait surtaxer les produits européens à 30%, elle obtient 15%, sans véritable contrepartie. “C’est un accord énorme, assure-t-elle. Les négociations ont été rudes, très rudes, mais nous avons un accord, donc félicitations”. Certains diront qu’elle a sauvé les meubles, d’autres qu’elle a vendu l’Europe. Ils posent tous les deux pour la photo, le pouce en l’air. Lui affiche un grand sourire, celui d’Ursula von der Leyen est bien plus crispé.





